Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016)

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Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Jeu 26 Mai - 2:39 )

Raëlle
J’guérirai pas de cet amour. T’m'as pris ma lumière, ma sève, ma confiance. Mes jours sont vides, ma vie est morte. J’fais juste semblant. D’sourire, d'écouter, d’répondre aux questions. Tous les jours, j'attends un signe, un geste. Qu’tu m’délivres d’ce trou noir dans lequel t’m'as laissé et qu’tu m’dises pourquoi. Pourquoi m'as-tu abandonné ? (Citation remaniée de G. Musso, pour coller mieux à Raph).


Samedi 16 avril, milieu d’après-midi :

En c’samedi, j’ai pris une nouvelle résolution : celle d’arrêter d’me lamenter à cause d’une nana qu’a plus qu’tourner la page sur l’semblant d’amitié qu’on a bien pu retrouver. Non, vous n’rêvez pas, j’ai bien décidé d’essayer d’me blinder. Contre Elle. Contre c’qu’Elle m’fait endurer. Contre c’qu’Son silence non justifié m’fait faire. J’L’ai déjà perdu, deux fois. J’suis pas à une 3ème fois prêt ! Et puis bon, là, on va dire qu’ça a été – officiellement – plus soft qu’les fois précédentes. Car la 1ère fois, nous étions un couple contraint d’se séparer à cause d’Son connard d’paternel. La 2nde fois, j’ai été contraint d’agir comme un connard pour La laisser vivre Sa nouvelle vie, une fois sortie d’Son coma, et éprise d’un autre. D’un mec en bonne santé, et qui pouvait visiblement Lui offrir tout c’qu’Elle est en droit d’attendre. J’L’ai laissé tomber, pire qu’si Elle n’était qu’un vieux torchon qui encombrait mon armoire, en Lui faisant croire qu’notre histoire avait cessé d’compter à mes yeux, depuis un p’tit bout d’temps maintenant…. Alors, si la 1ère fois, clairement, nous avions été 2 à souffrir d’la séparation, cette fois-là, Elle était la seule sensée en souffrir, car on aime rarement s’faire lâcher d’la sorte. Et ce, qu’notre cœur ait déjà été pris par une autre personne ou non. Encore moins quand on s’fait balancé comme j’L’ai quitté...Tandis qu’cette fois… cette fois, nous n’étions sensés n’être qu’des ex. En passe d’redevenir…. d’lointaines connaissances ? des semblants d’amis ? Bref, quoi qu’il en soit, là, normalement, personne n’doit souffrir d’Son éloignement inexplicable. Oui, mais voilà, un truc qu’Elle n’sait pas, c’que moi, j’L’aime toujours. P’têtre trop, sans doute pas comme Elle l’mérite, mais j’L’aime. Et Son mutisme m’tue. Contribue à l’tuer l’peu d’forces qu’j’avais réussis à rassembler, depuis quelques mois. Depuis un peu après mon arrivée ici. Depuis qu’j’ai appris qu’Loan attendait notre enfant. Depuis qu’j’ai pris la décision d’assumer c’gosse, fruit d’une relation qui pourrait être une jolie histoire, si mon cœur n’était pas entre les mains d’une femme qui ignore qu’Elle le détient… Depuis qu’j’ai réussis à m’dire qu’ce gosse n’pouvait décemment pas grandir sans père, qu’celui-ci s’soit juste tiré, ait juste décidé n’pas l’assumer, ou s’soit fait bouffer par Tumy car il n’voulait plus lutter contre elle. J’serais pas l’père du siècle. J’vais pas demander sa mère en mariage. On n’va pas vivre tous ensemble, comme une jolie p’tite famille. J’serais un père. L’sien. Et j’serais là pour lui. C’déjà pas mal. Bien plus qu’ne font certains pères. Bien plus qu’n’a fait l’père biologique d’Gab, quand la vérité a été découverte. Sauf qu’là, sans explications, Elle m’fait replonger dans l’Enfer duquel j’ai eu du mal à m’extirper, quand j’ai séjourné en Irlande. Après L’avoir quitté en endossant l’rôle d’gros connard qu’j’avais réservé à toutes mes autres conquêtes. Mais qu’j’n’avais jamais joué devant Elle. Jamais pour Elle. Il m’a fallu des semaines pour sortir la tête de l’eau. Des mois pour réussir à garder l’cap. Des jours et des jours pour n’pas perdre pied quand Elle a fait son arrivée à CH, et Son retour dans ma vie. Et juste un regard et un refus d’répondre à mes SMS pour tout faire voler en éclats. Sauf qu’j’peux pas. J’peux pas m’permettre d’continuer comme ça. Non pas qu’ça m’dérangerait vraiment. Mais j’peux pas faire ça à Loan et à notre gosse, pas après qu’j’lui ai assuré qu’j’serai à ses côtés pour l’marmot. J’peux pas faire ça alors qu’Gwen est dans la même ville qu’moi, j’veux pas lui infliger la vision d’son frère qui sombre et qui s’en fout. J’peux pas faire ça alors qu’Erin vient d’s’installer ici, avec Flavien. Ca lui – leur, mais surtout à elle – ferait mal. Et si y’a bien une chose qu’j’ai toujours évité d’faire depuis qu’Erin et moi, on est amis, c’est d’la blesser. J’sais qu’elle serait épaulée par Flavien, mais les deux seraient bien amochés si Tumy m’embarquait avec elle. Et Erin serait encore plus brisée qu’elle n’l’est déjà, grâce à sa famille d’cinglés. J’veux pas lui faire, j’peux pas lui faire ça. Pas alors qu’elle sera à proximité, à m’voir sombrer, à remarquer l’obscurité lentement s’immiscer dans mon regard, à constater à quel point j’m’abandonne d’plus en plus à mes démons intérieurs, à prendre conscience qu’j’ai cessé d’lutter. Alors j’ai décidé d’me remettre sur les rails. ‘fin, d’essayer, plutôt. Ca n’sera pas facile, j’en ai conscience. Ca sera un travail d’longue haleine, en réalité, et d’chaque instant. Y’aura encore des moments où j’aurais l’sentiment d’étouffer. Mais si j’m’y prends bien, ça devrait aller. Disons qu’j’vais juste m’arranger pour penser encore moins qu’avant. J’avais prévu d’lever l’pied, niveau boulot, pour accumuler d’l’énergie nécessaire à ma lutte contre ma tumeur, mais si j’fais ça, mon cerveau va être trop sollicité. Une princesse blonde va trop s’y imposer, en reine, incontestée et incontestable des lieux. Et ça, j’peux pas l’permettre. Alors j’vais bosser. Plus que je n’l’ai même jamais fait. Accepter encore plus d’heures dans le domaine scolaire. Chercher d’nouveaux élèves pour des cours particuliers. Faire encore plus d’bénévolats à l’hosto. M’occuper l’esprit jusqu’à oublier à quel point celui-ci s’écroule d’plus en plus. Puis m’détendre aussi. Profiter d’la présence d’Erin et d’Flavien dans l’voisinage pour aller les voir. Sortir un peu la frangine d’ses bouquins pour qu’elle s’amuse un peu, elle aussi. Aller voir les Devitto, parce qu’outre l’fait qu’j’vais avoir un gosse avec Loan, j’apprécie l’ensemble d’la fratrie. Rendre visite à Gab et à Isis. Proposer un paquet d’sorties sportives, à Gab et/ou à Flavien. Faire du sport, autant qu’possible, même si j’risque d’être moins endurant qu’en règle générale. Courir avec Placebo jusqu’à en avoir mal dans l’moindre d’mes muscles. Aller à la rencontre d’autres artistes pour échanger avec eux, découvrir d’autres choses. Visiter l’plus d’musées possibles. N’pas avoir une seule seconde d’répit. Pour n’pas laisser la moindre faille fissurer la carapace visant à L’éloigner d’mes pensées. Elle a fait Son choix. Celui d’me tourner l’dos. Pour Dieu seul sait quoi. J’ai essayé d’comprendre, Elle m’a refusé l’droit à une explication. J’lâche l’affaire. J’ai espéré, au cours des jours passés, qu’Elle finirait par m’recontacter. C’bien pour ça qu’j’ai gardé mon numéro d’téléphone portable, alors qu’j’ai pourtant changé d’mobile, après avoir explosé l’ancien. Après tout, ça n’aurait pas été la 1ère fois qu’j’mettais tout en œuvre pour m’éloigner d’Elle. Dois-je rappeler qu’j’ai été jusqu’à quitter mon pays natal ? Et changer d’téléphone mais aussi d’numéro, alors qu’j’aurai pu garder l’ancien ? Là, j’aurai pu, j’aurai du. J’ai juste pas voulu, pas réussi. Tant pis. Si jamais l’univers arrête d’tourner correctement et qu’Elle m’recontacte, j’ignorerais Son message ou Son appel. Et j’supprimerais son éventuel SMS, ou message sur mon répondeur. Mais ça m’étonnerait qu’Elle s’risque à une telle chose. Elle a certes perdu la mémoire d’pas mal d’années passées ensemble, mais Elle doit au moins s’souvenir d’ma rancune. Du fait qu’celle-ci soit tenace. Du moins, j’espère qu’Elle l’a pas oublié (car ma rancune, contrairement à Elle, a bonne mémoire !). Sinon, ça voudrait dire qu’Elle a p’têtre oublié bien trop d’choses m’concernant. Bien plus qu’j’ne pourrais – d’toute façon – l’supporter. Alors, qu’on cesse de s’voir et s’parler, c’p’têtre pas un mal, tout compte fait… Mouais, même moi, j’arrive pas à m’duper, alors vous, vous seriez gentils d’faire semblant d’croire qu’j’pense vraiment c’que j’dis. Ca m’aidera p’têtre à avoir plus d’convictions, la prochaine fois, et d’finir par croire en mes propres mensonges…. Une chose est sûre : j’ai réellement plus l’intention d’chercher à La voir, à La joindre. Elle a choisi. Et Son choix n’s’est pas porté sur moi, ni sur la tentative d’renouer dans laquelle on s’était visiblement engagé. Qu’Elle vive sa vie. Moi, j’vais tenter d’vivre la mienne, du mieux possible. Qu’Elle S’marie avec Chris. Ou avec un autre. Pourquoi pas avec Tim, tiens, d’ailleurs ? Son meilleur ami n’en serait qu’trop heureux, nan ? Ou avec Son voisin, si ça Lui fait envie ! Qu’Elle fonde une famille ou pas, avec la personne d’Son choix. Qu’Elle porte l’nom d’famille du chanceux (ou, d’mon point d’vue, d’l’enfoiré d’fils de pute : j’suis grossier, et j’vous emmerde !), qui partagera Sa vie. Qu’Elle passe l’restant d’Sa vie ici, ou qu’Elle aille vieillir ailleurs. J’m’en cogne ! Elle peut même, si Elle l’veut, s’foutre en couple avec une autre femme, tiens ! D’toute façon, peu importe c’qu’Elle décide, l’issue est la même, en c’qui m’concerne : j’L’ai définitivement perdue ! L’fait qu’Elle estime visiblement qu’j’mérite même plus d’continuer à figurer dans Sa vie, même au simple rang d’ami lointain, est un indicateur assez précis sur l’fait qu’Elle n’veuille plus d’moi du tout, qu’Elle m’supporte plus. Ainsi va la vie, ainsi les cœurs s’brisent, ainsi l'mien tombe définitivement en ruines ! Voici donc ce à quoi j’ai finis par m’résoudre, après avoir connu une semaine des plus chaotique, allant même jusqu’à boire plus que d’raison avec Eliott, et prenant un malin plaisir à provoquer – une fois d’plus – Andrew. D’où la gueule qu’j’ai en c’moment…

C’pas parce qu’j’ai failli atteindre – une fois d’plus – l’fond (réel, l’fond du fond du fond, pas l’fond basique et facile à atteindre) du gouffre, qu’j’ai cessé d’me rendre à l’hôpital. Aussi bien pour emmerder Tumy, qu’pour assurer mes cours d’Arts, en tant qu’bénévole. Surtout pour mes cours, en fait. Mon traitement, j’le prends, j’le suis avec autant d’sérieux qu’possible. J’sais bien qu’j’risque d’être bien plus sérieux, dans les jours à venir. La présence d’Erin va changer pas mal d’choses, dans ma vie. Que j’le veuille ou pas. Même pas besoin qu’elle m’dise d’prendre Tumy plus au sérieux. L’simple fait d’la voir, d’la savoir pas loin d’moi, ça sera suffisant. Suffisant pour m’rappeler ce contre quoi on a lutté, plus jeune. Ce face à quoi sont morts certains d’nos amis. Ce qui continue à hanter, nos regards et nos nuits, à tous, qu’on soit tiré d’affaire pour de bon ou pas. On pourrait s’dire qu’le fait d’côtoyer c’genre d’combattants brisés, quand j’fais du bénévolat ici, m’aide pourtant à m’souvenir d’tout ça. C’l’cas. C’juste pas pareil. Les gosses qu’j’vois ici, c’d’adorables gamins. J’dis pas l’contraire. C’juste pas mes frères et sœurs d’armes. J’les côtoies pas tous les jours, j’ai pas partagé leurs rires et leurs larmes. ‘fin, pas d’la même façon qu’j’ai pu partager tout ça, avec mon p’tit groupe. Erin est p’têtre la seule qu’j’continue à voir (j’suis encore en contact avec les autres, mais on s’voient plus vraiment, sauf Andreas, à l’occasion), et, de ce fait, elle les représente tous, à mes yeux. Alors, la voir au jour le jour, m’amène à les voir au jour le jour (Andreas l’fait aussi, dans une moindre mesure, mais notre complicité n’égale pas celle qu’j’ai avec Erin. D’toute façon, rien n’peut l’égaler !). Et j’peux juste pas m’permettre d’baisser les bras, devant elle, devant eux. Ca reviendra à trahir tous nos rêves de gosses, tout ce pour quoi on s’est battu, tout ce qui a aussi réussi à faire plier certains de nos amis. M’voici donc obligé d’prendre sur moi, pour Tumy aussi, après avoir décidé d’tourner la page concernant une certaine blonde. Trop d’choses à faire qui m’bottent pas vraiment, mais pas l’choix non plus. J’pousse un soupir en rassemblant mes affaires. L’cours vient d’se finir, et, comme cela m’arrive parfois, j’ai amené certaines d’mes propres affaires. Du moins, une pochette à dessins, afin d’ramener, sans les abîmer, les quelques œuvres qu’certains gosses finissent par m’donner. Qu’ils les aient faits lors du cours, ou en dehors. Et ça m’permet aussi d’leur amener certains d’mes dessins, ou des photos/esquisses dont j’aimerais qu’ils s’inspirent pour la séance. « Raph…. J’peux avoir le dessin qu’t’as fait de Pando, Placebo, Paradoxe et Pathétique ? ». La voix d’la p’tite Lexie, l’une des plus jeunes d’mes p’tites élèves, ma chouchoute (faudrait pas en avoir, mais j’y peux rien : vous verriez sa p’tite bouille canaille, vous craqueriez aussi), m’sort d’mes pensées. L’thème d’la journée était d’dessiner un animal d’compagnie. Pour qu’ils aient des modèles à reproduire, j’avais donc amené quelques photos d’mes divers animaux d’compagnie. Mais aussi d’autres, d’anciens compagnons qu’j’ai pu avoir, au cours d’mon enfance et d’mon adolescence. Et j’vous prie d’me croire qu’les chiens et les chats, ça a défilé, chez les Edgecombe ! Et encore, j’me suis limité aux animaux d’compagnie, car j’aurais pu sortir les photos des autres bestioles qu’j’ai pu côtoyer, à la ferme familiale, et là, on n’serait pas sorti (d’la ferme ?), d’l’auberge ! J’ai même pas besoin d’me retourner pour savoir qu’la gosse est en train d’m’adresser un sourire suppliant, capable d’donner envie au Chat Potté d’aller s’cacher sous sa cape, tant il n’fait pas l’poids. Et quand j’me retourne enfin pour la voir, j’comprends qu’j’ai vu juste : « Bien sûr ! ». Comment refuser, avec la tête qu’elle m’fait ? Si j’peux la rendre heureuse, et lui faire oublier, encore un peu plus longtemps, sa maladie, rien qu’en lui offrant l’dessin qu’j’ai fais aujourd’hui, bah…. J’le fais… « Meuh… C’est pas juste : moi aussi je veux un dessin de Raph ! », ronchonne alors Jay, un autre p’tit malade. Plus vieux qu’Lexie, c’gamin fait indubitablement parti d’ceux qu’j’comprends l’plus. Tout simplement car j’sais exactement c’qu’il vit, c’qu’il redoute, vu qu’il a aussi à combattre la même maladie qu’moi… Sauf qu’lui est plus jeune qu’moi, quand Tumy a débarqué dans ma vie… « Mais t’es bête : quand on aide Raph à ranger la salle, on a le droit à un dessin qu’il a fait. Faut juste qu’il soit d’accord pour le donner ! », s’offusque Lexie, habituée à m’filer un coup d’main après mes cours. Jay fronce les sourcils, visiblement vexé d’avoir été rappelé à l’ordre par une gosse plus jeune qu’lui, mais s’reprend quand il m’voit lui adresser un sourire taquin. « Dis-moi lequel tu veux. », fini-je par l’encourager. J’le vois s’mordiller la lèvre, peu sûr d’lui. J’termine d’rassembler mes crayons, sans l’perdre du regard. Du doigt, il finit par désigner l’un des dessins qu’j’ai toujours pas rassembler, un d’ceux qui a été éparpillé depuis ma pochette, quand les gosses sont venus voir mes dernières nouveautés. « Tu peux pas le demander, lui, c’est pas un des dessins que Raph a fait aujourd’hui, ni avec nous. La règle, c’est un dessin que Raph a fait ici, pas un autre ! Et c’est même pas un dessin, d’abord ! ». Lexy, ou la policière des règles établies. J’secoue la tête, franchement amusé par la scène. « Nan, la règle, c’est que j’accepte ou non de donner le dessin, qu’j’en n’ai pas besoin pour mon boulot. Et j’ai pas besoin d’ça, alors t’peux l’prendre ! ». Faut dire qu’c’est un truc qu’j’ai fais comme ça. Sans vraiment l’vouloir. Sans même y réfléchir. Une œuvre liée à Elle, bien entendu. C’pas comme si, bien qu’j’ai lutté contre, Elle n’avait pas hanté la moindre d’mes pensées, durant cette putain d’semaine. Et faut croire qu’la seule solution qu’j’ai eu d’extérioriser tout ça, ça a été d’faire un truc sur Alice. Parce qu’c’est Son dessin animé préféré. Et parce qu’j’aime à m’compliquer la vie, ça m’aide à m’focaliser sur autre chose, c’pas un dessin qu’j’ai fais. Non, j’ai choisis d’faire un « paper cutting ». Ouais, j’suis retourné en primaire, vous pouvez l’dire. J’me suis amusé à découpé une feuille. M’enfin, d’manière bien plus complexe qu’on n’le fait en primaire… J’ai donc collé l’fruit d’mon labeur sur une feuille blanche, pour qu’ça ait plus d’gueule. Et j’ai emporté ça aujourd’hui, histoire d’montrer aux gosses c’qu’on peut faire, en Arts Plastiques. J’en ai fait d’autres, par forcément sur l’même thème, mais c’le seul qu’j’ai amené. Comme si une partie d’moi refusait d’me séparer d’ce vulgaire bout d’papier, juste parce qu’il m’fait penser à Elle. Alors, qu’j’parvienne à m’en détacher en l’donnant à Jay, c’un moyen pour moi d’entamer plus clairement c’que j’ai décidé d’entreprendre y’a peu : m’libérer d’Elle, et d’nous. J’ai pas décidé d’L’oublier, j’sais qu’j’peux pas l’faire d’toute façon. J’veux juste essayer d’me détacher un peu d’Son emprise, sans quoi, j’arriverais clairement pas à vivre ma vie. Plus encore depuis que…. J’ai fait l’erreur, la stupide et suprême erreur, d’me prendre à rêver qu’Elle puisse m’revenir. J’sais pas quand cette idée, profondément débile, s’est implantée dans mon cerveau, tristement malade. J’en ai cependant pris conscience qu’dans la semaine écoulée. Quand j’ai réalisé qu’Elle m’manquait trop, qu’nos conversations par SMS m’manquaient trop, et qu’tout ça, plus Ses p’tits bisous, l’câlin et les cadeaux, ça m’avait juste retourné l’esprit. Complètement. Voire même irrémédiablement. Et l’pire, c’qu’j’ai même pas perçu en Elle l’moindre signe m’indiquant qu’des trucs Lui revenaient, à notre propos. Voilage de face, douce protection. Et c’encore heureux, d’ailleurs, sans quoi, si vraiment j’avais estimé avoir d’réelles chances d’La reconquérir, j’crois qu’j’serai plus qu’brisé, à l’heure actuelle, d’Son désir manifeste d’plus m’voir. Cela dit, j’me connais : il vaut mieux que j’quitte CH. Si j’reste là, une partie d’moi n’aura d’cesse d’espérer. Sans compter qu’toute façon, Son mariage risque d’m’achever. Clairement, faut qu’j’ai quitté cette ville avant qu’Elle ne S’lie à Chris pour la vie. Car là, par contre, j’me relèverais pas. La voir fiancée et promise à un autre, j’peux encore l’supporter. Mais La voir en tant qu’épouse épanouie, juste… non quoi…. J’sais pas trop quand j’partirai. L’installation d’Erin et d’Flav dans les parages change pas mal la donne, mine de rien, mais ça m’fera quand même pas rester ici. Et ce, qu’Elle m’parle à nouveau (c’dont j’doute, d’toute façon, faut déjà qu’j’daigne Lui pardonner), ou pas. C’juste qu’la perspective d’vivre dans la même ville qu’Elle, La sachant mariée, m’est intolérable. Risquer d’La voir enceinte – pour de bon, cette fois – d’Son mec, ou avec leurs gosses…. ça m’donne juste envie d’affronter une armée d’mygales, tiens. C’sur ces pensées réjouissantes qu’j’finis d’ranger la salle, aidé d’mes deux p’tits assistants, mais aussi d’une infirmière, qui m’aide, depuis peu, avec l’groupe d’gosses, vu qu’parmi les personnes qui m’épaulent en générale, une infirmière est en congé maternité. Le hasard fait bien les choses, car il s’trouve qu’l’infirmière en question, j’la connais déjà. ‘fin, j’l’ai rencontré durant cette étrange entrevue, avec Elle, mi-janvier, à la pâtisserie. Vous vous souvenez, d’la jolie brune qui s’était invité à Sa place, quand Elle s’était momentanément éclipsée ? Bah, il s’trouve qu’elle bosse à l’hosto, mais qu’j’ai jamais eu à faire à elle, du fait qu’j’vois qu’une p’tite partie du personnel durant mes séances d’bénévolat, et qu’il y a pas mal d’employés, tout d’même. On s’est donc retrouvé, par l’plus grand des hasards, à gérer une d’mes interventions auprès des p’tits malades, Héléna et moi, y’a un p’tit mois d’ça. Et, de fil en aiguille… Non, j’déconne…. C’est surtout durant cette semaine qu’on s’est rapproché. Pourtant, j’avais pas spécialement envie d’lui laisser sa chance. Non pas qu’elle soit laide, ça serait mentir qu’dire ça. J’suis p’têtre con, mais pas aveugle, j’vous en prie ! Si j’ai finis par accepter d’la voir en dehors des couloirs aseptisés d’l’hosto, c’parce que, stupidement, y’a une partie d’moi qu’espère qu’Elle l’apprendra. Qu’ça L’emmerdera. Parce qu’une partie d’moi, infime et ridicule partie d’moi, a fini par interpréter Son intervention, mouvementée, auprès d’l’autre femme, comme d’la jalousie. Comme autrefois. Encore un truc débile qu’a fait naître un début d’espoir stupide en moi, dont j’n’ai pris conscience qu’avec Son silence. Et voici comment ça m’fait réagir. J’ai quand même été jusqu’à provoquer Andrew à cause d’Héléna. Car c’con tournait autour d’la brune (j’vais finir par croire qu’on a les mêmes goûts), qu’elle avait pas envie d’aller avec lui mais qu’il insistait, et qu’j’avais juste envie d’trouver un punching-ball… Elle m’a soigné, on a été chez elle, et la nuit qu’j’ai passé avec elle m’L’a momentanément faite oublier. On s’est même retrouvé, quelques minutes avant d’aller rejoindre les gosses, profitant du fait qu’une salles était vides (ça aurait été con d’la laisser inoccupée, j’trouve !). J’sais qu’c’loin d’être la solution parfaite pour tourner la page, mais c’la seule qu’j’ai. Pis, par-dessus tout, j’me dis qu’comme ça, j’détruis bien correctement l’incohérent début d’espoir qui a commencé à s’répandre en moi, La concernant. Tout ça parce qu’j’sais qu’si j’m’étais amusé à ça, durant nos retrouvailles à Londres, ça L’aurait rendue folle, d’me voir avec une nana comme Héléna, qu’est l’type-même d’nana qui m’plaît. Et y’a p’têtre aussi certainement l’fait qu’j’ai besoin d’me prouver qu’j’peux L’oublier, essayer d’m’intéresser à une autre femme, réellement, mais aussi j’veux juste Lui prouver, et m’prouver par la même occasion, qu’les étranges instants qu’on a partagé n’signifiaient rien à mes yeux. Envie stupide d’La faire aussi souffrir, en jouant sur une ancienne jalousie qu’j’espère encore partiellement présente en Elle. Pas envie d’La revoir, toutefois, mais sait-on jamais, CH n’est pas une si grande ville qu’ça….

Nous n’mettons pas trop longtemps à tout remettre en ordre. Et c’est donc tous les quatre qu’on sort d’la salle. Héléna va accompagner  Jay à un examen qui angoisse le gosse, et auquel ses parents n’peuvent l’accompagner, du fait d’leurs boulots… Lexy, quant à elle, va rejoindre ses parents, pour rentrer chez elle quelques jours. Mais, avant ça, l’trio m’accompagne vers l’ascenseur. Les deux gosses, car ils veulent rester encore un peu vers mois, Héléna… parce qu’elle veut juste profiter d’un p’tit peu d’temps libre en ma compagnie. On papote un peu, tout en marchant dans les couloirs, s’pressant pas vraiment. Mon attention n’est pas entièrement focalisé sur la conversation, mais les trois autres parlent assez pour qu’ça reste discret. Y’a qu’lorsqu’on arrive à l’abord d’une p’tite terrasse, qui fait office d’lieux d’rassemblements pour les visiteurs et employés fumeurs, qu’j’me fige véritablement. Et ce, pour la simple et bonne raison qu’j’aperçois, du coin d’l’œil, une crinière blonde. Une p’tite silhouette, excessivement familière, affublée d’une queue d’cheval. Il n’en faut pas plus pour qu’mon cœur rate un battement. « Raph ? Ca va ? », m’demande Héléna, remarquant qu’j’me suis arrêté, sans raison apparente. J’fronce les sourcils : ça n’peut être Elle, Elle n’fume plus, Elle n’a donc pas sa place ici. J’secoue la tête pour m’remettre les idées en place. « Ca… ». Sauf qu’j’termine pas ma phrase. J’en suis incapable. Elle a légèrement bougé. D’quelques millimètres seulement. Suffisant pour qu’j’La vois, du coin d’l’œil, quelque peu d’profil. Il n’m’en faut pas plus pour réaliser qu’c’est bien Elle. Une clope à la main… « …va…. ». J’termine ma phrase, une infime poignée d’secondes en retard, dans un profond soupir, alors qu’ma tête s’détourne entièrement d’cette maudit terrasse. On reprend notre route, et notre conversation, les deux p’tits malades ayant toujours mes œuvres entre leurs mains. On fait un p’tit arrêt vers la chambre de Jay, pour qu’il aille récupérer un d’ses jouets, car il refuse d’aller à son exam’ sans lui, et les parents d’Lexy, qui doivent la retrouver vers l’distributeur à café qu’est pas loin d’là, n’sont toujours pas présent. Devant sa chambre, non loin d’l’ascenseur, on traîne un peu, sentant, Héléna comme moi, qu’Jay a besoin d’se changer un peu les idées. Jay et Héléna sont adossés contre l’mur, non loin d’la porte d’la chambre du p’tit malade, alors qu’Lexy et moi, on leur fait face. Ainsi donc, j’ignore qu’Elle finit par débarquer dans les parages, à portée d’oreilles de la conversation qui rassemble mon p’tit groupe. « Héléna et toi, vous êtes amoureux ? », demande Lexy, après qu’Jay ait évoqué l’fait qu’nous soyons arrivés ensemble pour la séance. « C’est trop tô… », commence à répondre Héléna, mais j’lui coupe la parole : « Non. ». Clair, net, et précis. Ca n’plait guère à Héléna, mais j’m’en cogne. On a pourtant déjà parlé d’ça. Elle sait qu’j’ai rien contre l’fait d’la revoir. Mais qu’on n’est pas en couple. Et qu’c’est pas dans mes projets. Ni avec elle, ni avec aucune autre. « Tiens, tu la connais, il me semble, Raph ? C’est qui ? », m’demande Héléna, quelques secondes plus tard, essayant d’changer d’sujet d’conversation, car les p’tits s’sont mis en tête d’savoir si j’avais quelqu’un, vu qu’ça n’était visiblement pas elle. D’un signe d’tête, Héléna m’indique d’regard derrière moi, sur ma droite. C’que j’fins par faire, intrigué. Et là, j’La vois. Nos regard s’croisent brièvement. Mes sourcils s’froncent, mon regard s’teinte d’indifférence alors qu’mon cœur sursaute. Etre doué pour camoufler ses émotions, c’cool. J’détourne l’regard, rapidement, affichant un flagrant mépris à l’adresse d’la blonde. « J’l’ai connu. C’est personne… d’intéressant…. ». Un indéniable dédain réside dans ma voix, qu’j’ai volontairement haussé, d’façon à c’qu’Elle m’entende. Mesquin ? J’assume. Un éclat d’amusement luit dans l’regard d’Héléna, à croire qu’elle s’doute qu’j’suis pas tout à fait franc, mais qu’ça lui plait, qu’j’La traite ainsi. « Très joli dessin, c’est toi qui l’a fait, ma puce ? » demande alors une femme, penchée au-dessus d’l’épaule d’Lexy et qui doit être sa mère, vu la ressemblance, et l’sourire qui illumine son visage. J’vous passe les effusions d’joie qui suivent, Lexy n’ayant pas vu ses parents d’la semaine. La p’tite, super bavarde, évoque la séance d’Arts qui vient d’se terminer, et fait même l’étalage d’mes talents en montrant à ses parents les récompenses qu’elle et Jay ont eu, en acceptant d’m’aider à ranger la salle. Ca n’dure pas plus d’deux minutes, car les parents d’la p’tite sont pressés, aussi nous saluent-ils. Mais avant d’pouvoir partir, Lexy rend ma représentation d’Alice à son nouveau propriétaire, et exige d’squatter momentanément dans mes bras. « A la prochaine, Raph ! », déclare la p’tite, accrochée à mon cou, alors qu’j’me suis baissé pour être à son niveau. « J’espère que tu seras pas blessé, cette fois ! ». Et paf, un p’tit sermon, glissé, l’air de rien, dans l’discours d’une gamine d’même pas 7 ans… « J’essayerai ! ». Et j’insuffle autant d’convictions qu’possible dans c’que j’viens d’dire. Parce qu’j’ai pas envie qu’elle m’fasse la morale. Et aussi parce qu’j’sais qu’il faudrait qu’j’arrête mes conneries. Avant, j’avais que Papa (alias Andreas) pour m’sermonner, quand on parvenait à s’voir, maintenant, j’ai aussi Maman (alias Erin), sur l’dos. Et disons qu’les deux, j’le sens bien, vont reprendre leurs vieilles habitudes, celles qu’ils avaient quand on étaient tous 3 hospitalisés : m’remonter les bretelles dès qu’ils estiment qu’j’dérive. Ils l’faisaient avec tous les gosses. Et les réconfortaient également. Bref, d’vrais parents quoi !

La p’tite part enfin, non sans m’avoir fait un p’tit bisou, et avoir obtenu à c’que j’lui en fasse un. M’redressant, j’vois qu’Elle est encore là. Ca m’est presque physiquement douloureux d’pas aller La voir, pour Lui parler, savoir comment Elle va, si ça s’est arrangé à Son boulot. Mais j’prends sur moi. Tout comme j’prends sur moi pour oublier l’mal de chien qu’ça m’fait d’détourner l’regard d’Elle alors qu’clairement, j’pourrais passer des heures à La regarder sans m’lasser. Vous privez pas d’le dire : j’fais pitié, à être aussi raide dingue d’une nana qui s’en fout d’moi, au point même qu’Elle m’laisse sans nouvelles, du jour au lendemain. Dehors, l’temps commence à dériver. Quand j’L’ai vu, sur la terrasse, Elle profitait, avec les autres, des dernières minutes de « beau temps ». L’ciel est devenu gris peu d’temps après, et il a commencé à pleuvoir dès qu’on est sorti d’la chambre de Jay. « On dirait qu’on va y avoir droit, finalement, à l’orage annoncé…. », peste Héléna. Un p’tit sourire apparaît sur mes lèvres. Elle croit qu’elle m’amuse, alors qu’elle m’consterne juste, à énoncer un fait tristement prévisible, vu la tournure qu’prend la météo. Fallait s’y attendre, vu l’temps qu’on a eu ces derniers jours…. Sauf qu’personne n’a visiblement anticipé les dégâts qu’l’orage qui s’apprête à nous tomber dessus, pourraient bien engendrer ! « S’il tonne beaucoup, mon examen va être annulé ? », demande Jay, plein d’espoir. J’secoue la tête, à la négative. « Ca ira bien, t’verras ! ». Mais ma phrase est étouffée par l’orage, qui démarre enfin, et qui fait sursauter Héléna. Alors qu’moi, ça m’fait plutôt marrer. J’ai toujours aimé c’genre d’temps, bien plus qu’le soleil. Plus encore quand la météo, comme en c’moment, est au diapason d’mon état d’esprit, mêlant la pluie à l’orage. J’regardais souvent les éclairs zébrer l’ciel, depuis les fenêtres d’notre ancienne maison, alors qu’Elle s’blottissait contre moi, ayant toujours eu peur d’un tel déferlement météorologique. Repensant à ça, j’peux pas m’empêcher d’pousser un soupir. Parce que ça m’manque. Parce qu’Elle me manque. Parce qu’quand l’orage éclate et qu’Elle est à proximité, j’ai toujours l’réflexe qui m’pousse à aller vers elle. Et c’est bien pour lutter contre ma connerie qu’j’ressers mon emprise autour d’ma pochette à dessins. « Va falloir qu’on y aille, mon bonhomme ! », déclare Héléna, d’une voix douce, à l’intention de Jay, sa main posée sur son épaule pour le réconforter. L’gosse pousse un soupir résigné. « Ca va aller ! », lui dis-je, évoluant en marche arrière, d’façon à l’avoir dans ma ligne de mire, alors qu’on s’déplace, eux s’dirigeant vers l’service où le p’tit est attendu, moi prenant la direction d’l’ascenseur. C’certainement à cause d’ça qu’j’vois pas qu’Elle s’y dirige aussi, et qu’Elle l’a même déjà appelé. D’mon mieux, j’tente d’rassurer l’gamin, lui faisant savoir qu’j’ai déjà fait l’examen qui l’attend. Il sait, comme tous les autres gosses, qu’j’ai été malade. C’pas une info qu’j’ai balancé dès ma 1ère séance, mais j’l’ai avoué assez naturellement, au gré des conversations avec eux. J’tente d’leur donner d’l’espoir, en leur faisant savoir qu’ils peuvent traverser l’horreur, qui leur demande d’puiser au plus profond d’leur force, et parvenir à s’en sortir. Bref, j’offre un p’tit discours réconfortant à Jay, discours bien à mon image, car j’y mêle pas mal d’conneries, pour détendre l’gosse. « On se revoit ce soir ? », me demande Héléna, une fois mon p’tit speech terminé. J’hausse les épaules. « P’têtre. J’te tiens au courant. ». Ca pourrait m’L’ôter d’l’esprit, d’voir Héléna, c’vrai. Maintenant qu’j’L’ai vu, Sa présence s’est réimposé dans mon crâne…. La merde… « A la prochaine ! ». Un p’tit clin d’œil à Héléna, une p’tite tape bourrue à Jay, et j’m’engouffre dans l’ascenseur. Jay tend l’papier qu’j’lui ai offert, et m’remercie, une fois encore, d’lui avoir donné. J’esquisse un sourire en lui disant qu’c’est rien. Et j’perds mon sourire en réalisant qu’j’suis pas seul dans l’espace réduit d’l’ascenseur. Elle est là… Et… Comment dire qu’j’ai pas envie qu’Elle ait vu l’paper cutting de Jay, pour éviter qu’une part d’Son esprit réalise qu’Elle hante toujours mes pensées. Car à chaque fois qu’j’fais un truc sur Alice, c’était clairement pour Elle. J’Lui ai confié cela, à maintes et maintes reprises, à l’époque….

Sans Lui adresser un mot, j’appuie sur l’bouton du rez-de-chaussée, puis vais m’adosser contre la paroi du fond. Du coin d’l’œil, j’L’observe, ‘fin, m’contentant d’Son profil, car Elle n’a guère l’air plus heureux qu’moi d’la perspective d’un trajet en ascenseur ensemble… Vu Sa tenue, Elle a privilégiée l’aspect confort à l’esthétique, pour Sa journée d’boulot, c’qui n’m’étonne pas d’Elle. Mais, même simplement revêtue d’un jean noir et d’un haut turquoise à manches longues, Elle est magnifique. J’secoue la tête alors qu’ce constat s’impose à mon esprit, m’forçant à devoir mettre de l’ordre dans ma pochette, pour n’plus L’avoir dans mon champ d’vision. Pour n’plus m’demander pourquoi Diable n’a-t-Elle pas d’veste, alors qu’il a été dit partout qu’il ferait un temps d’chien, à partir du milieu d’l’après-midi. Pour n’plus avoir la tentation d’Lui adresser la parole. Pour n’plus souffrir d’devoir détourner l’regard d’Elle. Pour essayer d’oublier qu’Elle est là, à quelques pas d’moi, et qu’j’peux même pas L’approcher. Pour n’pas penser au fait qu’l’orage gronde, qu’Elle a toujours détesté ça, qu’même si Elle tente de n’pas l’montrer, Elle doit être angoissée, et qu’j’ai l’réflexe stupide qui m’pousse à aller vers Elle pour La prendre dans mes bras… Ne surtout pas penser à la blonde dans mes bras. J’me mords la lèvre, pour garder mes pensées sur terre. Et c’est pile à c’moment qu’se produit l’genre de trucs de dingue… L’orage éclate violemment, une secousse agite l’ascenseur qui s’fige, la lumière s’éteint, laissant place à la p’tite lumière de secours. Et j’peste. Car durant la secousse, mon carnet m’a glissé entre les mains, répandant mes dessins au sol. Avant d’lâcher un rire railleur, en comprenant c’qu’il s’passe. « Manquait plus qu’ça….. ». J’cache pas qu’j’suis agacé d’être pris dans une panne d’ascenseur. Avec Elle pour seule compagnie. « Karma d’merde ! », qu’j’bougonne tout en m’dirigeant vers l’bouton d’secours. Car il est juste hors de question qu’j’reste enfermé dans cet espace atrocement minuscule, seul avec Elle, pendant j’sais pas combien d’temps ! Mes nerfs n’ont pas déjà été mis à rude épreuve, au cours d’nos dernières entrevues, et durant la semaine écoulée ? On veut tester ma capacité à m’retenir d’Lui crier dessus. Ou d’La secouer comme un prunier pour qu’Elle ouvre enfin Ses yeux sur l’calvaire qu’Elle m’fait involontairement endurer ? J’appuie sur l’bouton, et patiente quelques secondes avant d’avoir quelqu’un qui répond. « Vous êtes tout seul ? », m’demande la voix. « A peu d’choses prêt, c’le cas ! ». Et parce qu’ça manque d’humour à l’autre bout du fil, j’fais savoir qu’y’a une autre personne avec moi. On m’dit alors d’patienter, qu’c’est l’bordel un peu partout, qu’puisque qu’aucun d’nous n’est malade ou blessé, on n’sera pas prioritaire sur les situations à régler dans l’hosto bloqué par l’orage. « Fuck…. », voici c’que j’balance quand la conversation s’termine… J’retourne vers mes dessins, toujours éparpillés au sol. Chemin faisant, et p’têtre parce qu’Son parfum parvient jusqu’à mes narines, toujours sensibles à Son odeur quand Elle est à proximité, j’finis par lâcher mon venin, celui qu’j’retiens depuis bien trop longtemps maintenant. J’prends même pas la peine d’La regarder, en Lui parlant, pour bien appuyer l’mépris qu’j’ai à Son encontre. « J’dirais bien qu’j’suis content d’voir qu’t’es pas morte, mais vu qu’tu m’traites comme un connard qui mérite pas d'savoir c'qu'on lui reproche, j’vais agir comme l’connard qu’tout l’monde semble voir en moi et dire qu’j’espère qu’on sera vite libéré d’ici, qu’j’ai plus à t’voir. Une fois pour toute. » Y’a d’l’amertume, dans ma voix. Car jamais Elle ne m’avait traité d’la sorte, m’méprisant par Son silence hautain, comme tant d’autres ont pu l’faire. Y’avait toujours eu un accord tacite entre nous. Moi, j’devais La protéger, et Elle devait m’aider à m’faire croire qu’j’méritais pas l’étiquette qu’on m’colle si facilement sur l’dos. J’ai rompu l’contrat l’premier, il est p’têtre légitime qu’Elle ait fini par en faire de même… Un soupir et ma mâchoire s’crispe, alors qu’me voilà revenu vers ma pochette, bien décidé à rassembler mon fatras. Et à L’ignorer. Royalement Les Princesses déchues qu’ont brisés, à maintes reprises, sans vraiment l’savoir, l’cœur d’ceux qui pensaient être leur Prince méritent au moins ça, n’est-ce pas ? Quand bien même on peut s’demander si la jolie noble n’a pas choisit d’se détourner d’Son vil ancien amoureux fou pour éviter d’voir Ses noces annulés, avec Son nouveau Prince. Car ouais, c’est une des raisons qui m’est venu à l’esprit, quant à Son attitude. Une des raisons qui fait qu’j’ai pas cherché à La recontacter. Elle veut m’virer d’Sa vie. Elle veut vivre leur vie. Et c’bien pour qu’Elle puisse l’avoir, cette vie, c’mariage, cette famille, qu’j’suis parti. Revenir dans Sa vie, même en tant qu’simple ami… C’fut une erreur. Qu’j’ai pas l’intention d’reproduire. Pis, d’toute façon, j’Lui en veux trop. On n’est blessé qu’par les gens qu’on aime. On n’en veut qu’à ceux qui compte pour nous. J’L’aime autant qu’j’Lui en veux…. Et même ça, ça n'vous indique pas à quel point j'peux L'aimer et Lui en vouloir. D'toute façon, quand il est question d'Elle, c'tout d'suite démesuré, dans mon esprit, j'crois qu'même Elle n'l'a jamais compris, ça.... Elle ne l'comprendra jamais... Ainsi va la vie...

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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WHAT IS A FAMILY ?

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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Mar 7 Juin - 0:14 )

Raëlle
Under the surface, wires are crossed. At any moment, I could go off. And I can't hold much longer keeps getting stronger. It's only a matter of time. I've living like a landmine waiting to explode, I'm ticking like a time bomb ready to go. I'm a danger to myself and everybody else. Under the pressure, I'm not okay. I live in denial, I bottle the rage. I'm ready to go. And I'm hurt. I'm alone. I'm depressed. And I hate myself. All because of you. And I hate you. I don't know why but I think I still love you. You are the only man I'll ever need but I just need some time for me to breathe. There's one thing that I hope that you can't see.


Il n'est pas rare que je travaille même les samedis, par choix et de loin pas par obligation. Avant que je n'arrive à Cap Harbor, l'endroit était fermé le vendredi soir pour n'ouvrir à nouveau que le lundi au petit matin. Mon cher collègue n'est que rarement présent, ce qui m'accorde un charmant tête à tête avec sa fille chérie. Si j'ai décidé de bosser certains de ces jours, c'est aussi pour pouvoir m'aménager des journées un peu plus tranquille le reste de la semaine, sans pour autant me forcer à rester à la maison bien plus qu'il ne le faut. Et puis comme ça, en plus, cette ouverture laisse une chance à ceux qui bossent toute la semaine avec des horaires de malades d'avoir un jour de plus pour caler leurs séances. Etre avec ces patients me permet, bien souvent, de faire abstraction de tous les petits soucis du quotidien qui peuvent grignoter mon capital patience et bonne humeur de la journée. Oui, je me force à bosser pour éviter de trop réfléchir à tout et à rien à la fois. Surtout à tout. A lui. A cet Edgecombe qui s'accapare un peu trop mes pensées pour que ce soit réellement innocent. Et ça m'évite, aussi, de passer du temps avec Christopher. Dit comme ça, on pourrait presque croire que je le fuis. Ce qui, dans les faits, n'est sans doute pas si éloigné de la vérité que ce que je me force à penser. Il devient très chiant en ce moment, sans doute à cause de son boulot si prenant à l'hôpital. Et en ce samedi, je dois reconnaître que ça ne me déplaît pas tant que ça d'être au cabinet. Du moins, il n'est ouvert que le matin, mais c'est déjà ça de pris. La matinée est calme, si bien que le temps passe tranquillement et agréablement. Le dernier patient vient de terminer sa séance. Je l'accompagne donc vers Jenny pour qu'elle fasse un peu son boulot plutôt que de se limer les ongles et je retourne dans ma p'tite salle. J'ai quelques petites choses à régler sur mon ordinateur avant de rentrer chez moi. Profitant du calme, je me mets en tête de me préparer un bon thé. A la menthe. Un classique. C'est donc en compagnie de mon mug avec une belle licorne dessus rempli, posé à côté de moi, que je me mets à tapoter sur mon clavier. Et là, étrangement, je reçois un mail. De Jenny. Mes lèvres se pincent alors que mes sourcils se froncent. Elle sait qu'il n'y a plus personne à part elle et moi. Pourquoi elle ne vient pas me parler en face à face, préférant ce message tapé ? Lis, ça devrait t'intéresser. Je secoue la tête tout en ouvrant ce fameux mail. Une pièce jointe ? Curieuse, je clique dessus. Une capture d'un mail, que Jenny elle-même a reçu de l'une de ses amies, apparemment. L'objet m'intrigue. Je sais qui est le père !!. Sur le coup, je me dis que Jenny a trop bu et s'est tout simplement plantée dans le choix de la pièce jointe, m'envoyant un truc qui ne me concernait pas. Je soupire alors, jusqu'à ce que mes yeux se posent sur un morceau de phrase. [...] tu sais, le sculpteur Anglais, dont tu m'as parlé l'autre coup et qui vient à ton cabinet. Raphaël [...]. Mes lèvres s'entrouvrent alors que je prends doucement conscience que Jenny est à nouveau passée à l'attaque. Et que là, si ce mail est vrai.. Je m'adosse sur mon fauteuil de bureau, laissant ma tête s'y reposer alors que cette foutue nouvelle m'a bien assommé. Il ne m'a rien dit. Il ne m'a même pas dit qu'il était avec quelqu'un d'autre, ni qu'il allait être.. père. L'une de mes mains se pose par réflexe en collant cette fonction à l'Edgecombe sur mon ventre. Difficilement, j'accuse le coup. Il est si plat, sans la moindre rondeur. Cet accident, en plus de me voler la mémoire, a fini par emporter avec lui ce petit qui grandissait dans mon ventre alors qu'il allait être son père. Raphaël m'a dit qu'il ne le voulait pas. Qu'il n'était pas prêt à être père aussi vite, aussi tôt. Sans doute pas avec moi comme mère de ses gamins. Qu'est-ce que j'ai donc mal fait ou dit de mal pour ne pas avoir été à la hauteur ? Qu'est-ce que cette nana a donc bien en plus que je n'avais pas ? Ca ne m'étonne même pas, finalement, lorsqu'il me dit qu'il va mieux et surtout lorsqu'il m'a directement annoncé la couleur, à peine arrivée dans cette foutue ville, qu'il n'a pas besoin de moi. Je comprends mieux. Il aurait pu me le dire, non ? Plutôt que de me laisser.. dériver alors que je tente de me retrouver. Même s'il n'y a rien entre nous -du moins, c'est ce que j'essaie de me mettre en tête en court-circuitant tout élan de mon p'tit coeur-, je me sens presque trahie. Il n'a même pas confiance en moi, au point de me cacher sa propre vie. Une chance que mon mug rempli de thé encore bien brûlant n'était pas dans ma main lorsque j'ai lu ces lignes qui, clairement, me propulsent à grande vitesse dans un sentiment des plus étranges, mêlant tristesse et colère, avec une pointe de jalousie que je ne considère pourtant pas comme telle. Après tout, ça prouve bien que mon p'tit coeur était dans le faux. Qu'il se laissait à rêver, restant ancré dans un passé révolu. L'arrivée d'un autre mail attire à nouveau mon attention vers l'écran. Encore un de Jenny. Mon pauvre palpitant bien trop malmené a, alors, le terrible désir de lire que c'était une grosse blague de très mauvais goût. Au fait, le futur papa est là. Je crois qu'il veut te voir . Là, très clairement, je suis mal. Je vais mal, je me sens mal. Cette Gaëlle d'avant l'accident, que j'essaie de faire revivre, se retrouve blessée. Littéralement, d'ailleurs, tellement cette nouvelle, balancée par Jenny et non par le sculpteur m'écorche. Non, elle ne fait pas que ça en fait. Elle tue les moindres souvenirs que j'ai pu rassembler de ce nous qui m'intrigue et qui me laissaient penser qu'il ne me disait peut-être pas tout. Effectivement, il ne m'a pas tout dit. Mais moi qui pensais que ça ne concernait que notre relation passée.. Non. Il ne me dit rien, tout simplement. Rien de sa vie. S'il a accepté de venir à la pâtisserie ainsi que ces échanges de messages, ça ne devait très certainement n'être que  pour une sorte de pseudo-respect. Bref. Moi, je suis loin, très loin d'aller mieux. Et le pire, c'est qu'il ose encore venir ici. Comme si de rien était. Je ne sais pas quoi faire. Le confronter ? A quoi bon. Le fuir ? Pourquoi pas. Je n'ai tout simplement pas envie qu'il pose son regard sur moi, alors qu'il en aime une autre et qu'il s'apprête à vivre, avec elle, ce qui nous était destiné. Et ce qui représente, plus que jamais, un échec pour moi. Un gros échec dont je n'avais que très peu conscience il y a encore une dizaine de minutes. Enfin, pas à ce point. Mon portable me sort de mon égarement. Un message de Chris, que je n'ai aucune envie de lire. Je ne peux plus rester ainsi sur place. Même ma pièce me parait soudainement si étroite que j'étouffe. Peut-être parce que je sais qu'il n'est pas loin d'ici ? Toujours est-il que je secoue la tête, tâchant de me reconnecter un peu à la réalité, tout en éteignant mon ordinateur. Par chance, je ne reviens pas ici avant mardi et demain, je suis censée voir Charlie et Sunny. Est-ce que j'en aurai le courage et l'envie ? Là est toute la question. Pourtant, ça pourrait me faire énormément de bien. Penser à autre chose.. Je finis alors par mettre mon téléphone au fond du sac, tout en ayant bien pris soin de l'éteindre. Pas la peine de rajouter à toute cette histoire des messages de Chris. J'inspire longuement avant de me décider à me lever, non sans faire tomber mon pot à stylos de toutes les couleurs en faisant un geste du bras bien trop fougueux. « Bordel.. » que je râle tout en ramassant mes stylos éparpillés. Mais quelle poisse sérieusement. Bon, point positif.. Ca m'accorde encore quelques minutes de répit. Je ne sais toujours pas quoi faire, mais jouer à la nana qui n'est au courant de rien, ce n'est juste pas possible. Une fois toutes mes affaires sous le bras, j'en viens à me tapoter la joue pour me redonner un peu de couleur. J'ai décidé de le saluer. Au moins ça. Oui.. J'espère simplement y arriver. Même s'il ne veut plus de moi dans sa vie et si je n'y ai plus de place, cette bombe qui m'a explosé en pleine face a brisé ce que je tentais de reconstruire.

Prenant une grosse revue pour préparer les travaux dans mon futur cabinet, je m'en sers à nouveau comme d'un bouclier l'entourant de mes deux bras. La même attitude que j'ai eu lorsqu'il est venu, le lendemain de la pâtisserie, ici-même, pour me déposer les dessins des p'tits Edgecombe. Sauf que ce n'était pas pour la même raison.. Je venais, après tout, quelques heures auparavant, de voir ce qui se cache dans son portefeuilles. Cette fameuse photo accompagnant cette écho. Qui n'est pas celle de la brune -comme par hasard-, mais bien celle de.. Bref. Peu importe ce qu'il a dans son portefeuilles. Je me décide enfin à sortir de ma pièce, claquant la porte sans doute un peu trop fort derrière moi. Mais je n'y peux rien, j'ai les nerfs à vif. Marchant dans le petit couloir, j'essaie de prendre sur moi. Sincèrement, j'essaie. Ne pas craquer. Surtout pas devant Jenny. Je n'ai pas envie de lui faire ce petit plaisir-là. « Au fait, félicitations. » que je l'entends alors dire. Pas de doute, elle sait que je ne suis pas loin et a lancé l'attaque suprême. Celle qui met à mal le peu de force que je m'étais imposée de retrouver avant de sortir de ma pièce. Juste pour ne pas avoir à le fuir. Encore un échec. Je le vois enfin. Qu'est-ce qu'il est beau.. Qu'est-ce qu'il me tue à m'avoir ainsi caché tout ça. Manquait plus que ça. Mon regard croise le sien alors qu'il vient de tourner la tête vers moi. Loin d'être souriante, je m'empresse de détourner le regard. La menace de ces larmes sur mes joues est bien trop grande.. Baissant la tête, je me lance. A grandes enjambées. Sans même leur prêter le moindre regard ni la moindre parole. Pas une once d'attention ne leur est accordée. Enfin, ça, c'est dans ma tête seulement. Mes yeux ne peuvent s'empêcher de se relever à nouveau vers lui. Ce mélange désarmant de toutes ces émotions qui me prennent doit y être visible. Pourtant, c'est l'incompréhension qui s'impose le plus. Et sans le moindre mot, je sors de cet endroit.

Les jours qui suivent, je suis tout simplement d'une humeur exécrable. Dès ma sortie du cabinet, j'ai d'ailleurs repris une vilaine et ancienne habitude qui m'a gagné lorsque j'ai quitté notre village pour rejoindre Londres, en sachant très bien que la distance que je nous imposais allait avoi raison de nous. Des cartouches carrément, plutôt que de simples paquets. Il me fallait faire le stock. Une vraie ruine financière. Quelque chose que je déteste en temps normal, mais qui a su me détendre lorsque je fuyais le regard de Sharon pour m'en griller quelques unes. Moi qui ne supporte pas les fumeurs, me voilà de nouveau tombée dans le piège et à rejoindre leur rang. Comme par hasard, elle revient lorsque je me sens seule, terriblement seule. Juste parce que Raphaël s'éloigne ou que je l'éloigne véritablement de moi. Je ne le sais pas, mais il est une part de moi-même. Et face à ce qui s'est passé au cabinet, cette blessure en moi -et qui est plus que réciproque, mais je ne le sais même pas-, il me faut trouver une autre addiction si je peux dire ainsi pour me forcer à m'ôter ce nom de la tête. Heureusement, j'ai pu compter sur la visite de Kattie pour me rendre un léger sourire et rendre mon p'tit coeur éclaté en innombrables morceaux un peu plus léger. Toujours détruit par contre. Je me suis même forcée à me rendre aux écuries pour y retrouver Charlie et son beau Sunny. On a pu faire une magnifique balade, qui m'a fait du bien. Une grande bouffée d'air pour lutter contre cette impression qui ne me quitte plus de suffoquer, de m'asphyxier à chaque nouvelle -et douloureuse- respiration prise. Malheureusement, une fois de retour chez moi, tout est redevenu aussi sombre. Voire même bien plus encore vu la connerie subite de Chris. « Gaëlle, ma chérie. » qu'il me dit de son ton mielleux à souhait, surjoué : tout ce dont j'ai horreur. Seule réponse de ma part ? Un regard noir alors que je suis tranquillement entrain de lire un livre sur le canapé, les jambes repliées et le livre reposant sur mon genou relevé. Ne désirant pas perdre plus de temps que ça n'a déjà été le cas en détournant simplement mon regard de ma lecture, je ne tarde pas à m'y remettre. Sauf que je sens Chris venir s'installer à côté de moi. Je soupire alors, repoussant un peu ce livre entre mes mains pour qu'il s'équilibre un peu plus, mais aussi histoire de lui montrer que ce qu'il a à me dire est loin de m'intéresser. Bien entendu, il ne sait pas. Il ne sait rien de ce qui a pu se passer entre Raphaël et moi ces derniers mois. Il avait raison, je n'aurai jamais dû espérer me retrouver grâce au sculpteur. Moi qui pensais me rapprocher de celle que j'étais avant l'accident, avant ces foutus mois de sommeil sans fin .. Finalement, j'en suis revenue au point de départ, avec un pilier sur lequel me soutenir en moins. Et pas n'importe lequel.. J'en reviens toujours pas. « T'es sérieuse ? Depuis quand tu fumes ? » Ma tête se tourne vers lui. Heureusement qu'il ne supporte pas Jenny non plus, du peu qu'il l'a vu et de ce que je lui en raconte. Au moins, je peux me couvrir derrière sa connerie au boulot pour justifier mon état. J'hausse les épaules, et finit par reprendre ma lecture. « Tu ne me connais pas si bien que ça. Ce n'est pas la première fois que je me promène avec un paquet dans le sac. » Je le regarde tout de même du coin de l’œil, et je le vois qui se mord la lèvre. « Si t'as peur que mon cerveau disjoncte, t'as qu'à changer tout ce merdier pour la centième fois depuis mon réveil. » Finalement, je ferme ce livre, le regard rivé sur ce dernier. « J'vais m'occuper du repas. » C'est trop pour moi, cette façon qu'il a de vouloir contrôler ma vie, de me dicter ce que je dois faire ou penser. Il est clair que je me plante parfois, rien qu'avec Raphaël. Mais quand même. Je ne supporte pas d'être étouffée comme il le fait pourtant. Ca me rend folle. Même s'il ne pense pas à mal en agissant de la sorte, il me pousse à bout. La preuve avec sa tentative de discussion qui se termine avec des poêles presque volantes dans la cuisine. Il sait aussi, très bien, que ce n'est pas le moment de me suivre. Je veux juste être tranquillement seule. Et pourtant, alors que je m'occupe des cuissons, je sens son torse venir contre mon dos, ses bras m'encercler puis ses lèvres sur mon épaule. Sauf que je suis tellement perdue .. et il le sait. « Je t'aime. » Voilà la seule chose qu'il me glisse à l'oreille et qui m'interrompt dans ma cuisine. Je sais ce qu'il attend. Il veut entendre que c'est tout aussi réciproque, mais mon cœur saigne trop pour que je me sente capable d'une telle réponse.

C'est finalement dans la soirée que je me décide, enfin, à rallumer mon téléphone après ce week-end prolongé. Et oui, c'est ça l'avantage de ne pas bosser ce lundi. Au moins, ça me permet d'être tranquillement chez moi. Encore en pyjama, devant la télé et avec mon morceau de fondant au chocolat à côté de moi. Chris est parti bosser, je suis toute seule chez-moi. Enfin, il était temps. Je me cale devant un reportage quelconque passant à la télé, disons que je la mets surtout pour avoir un fond sonore et quelques images par moments. J'en profite pour lancer le compteur à nicotine de la journée. En reprenant le chemin du cabinet dès demain, Jenny doit m'envoyer mon planning aujourd'hui encore histoire que je m'organise un peu. C'est pour elle que je compose mon code sur le clavier, surtout que je redoute d'avoir des messages du sculpteur. Quoique.. Qu'est-ce qu'il pourrait donc me dire ? « A défaut d'avoir une explication sur ton départ - sans un mot - du cabinet, je peux savoir si t'as aimé les dessins des gosses ? Que je puisse leur dire si t'as apprécié leurs œuvres ou non ? » Premier message, datant de samedi. Rapidement suivi par la réception d'un autre. « Dois-je dire aux gosses que t'as brûlé leurs dessins ?  Ou tu t'es juste contentée - pour je sais pas quelle raison vu que tu refuses de me répondre, de brûler une effigie à ma personne ? (Si tel est le cas, t'aurais au moins pu essayer le vaudou, ça aurait pu être une expérience visant à prouver que les croyances sont merdiques !) Bref, écoute : si jamais ils te demandent d'eux même, sur le net, j'espère que tu daigneras au moins leur répondre, à eux... » Je secoue la tête en lisant ses messages, alors que des larmes commencent déjà à vouloir faire le grand saut. Ils le savent. Je leur ai répondu depuis.. Encore un. « Tu sais quand même que si tu ne veux pas faire de l'escalade avec moi, t'es vraiment pas obligée d'aller jusqu'à me faire la gueule comme ça hein ? J'ai passé l'âge de m'énerver quand les gens ne veulent pas être vus avec moi : je sais, c'est dingue, mais j'ai mûri ! » Comme si c'était à cause de l'escalade que je suis dans cet état. Il se fout de moi ou quoi ? Je commence à devenir bien trop nerveuse, cigarette au bec, tirant de plus en plus dessus à mesure que mon palpitant agonise. « Encore un truc qui a changé depuis l'accident: c'est moi qui tente de parler, et toi qui feint ne plus savoir comment parler. Serait-ce une conséquence de l'amnésie, ou juste un truc que tu réserves au chieur que je suis et que t'as pas le cran d'envoyer chier ? » La première perle ne tarde plus à partir à l'assaut de ma joue. Puis une autre, alors que mon poing se referme alors que je lis ce foutu mot qui me pollue la vie. J'ai envie de l'envoyer chier comme il le dit si bien, mais.. Ca m'est impossible. Quelque chose de plus fort que cette colère qui me gagne, cette tristesse qui me submerge me retient près de lui. Tous ces messages sont ponctués par ceux de Tim et de Kattie, de Sharon puis de Sarah. Bien que silencieuses, elles ne cessent de rouler et d'humidifier mon visage. Toujours plus nombreuses et moins espacées. Elles redoublent d'intensité quelques minutes de calme plus tard, lorsqu'un nouveau message me parvient. « C'est vraiment sympa de te parler, je trouve. Je préfère parler à un mur, en fait, je crois bien. Lui, au moins, il me répond... » Un qui vient de m'écrire. Pourquoi est-ce qu'il s'acharne comme ça ? Il ne se rend pas compte que je sais ? Il doit savoir que j'ai entendu Jenny le féliciter pour sa prochaine paternité. Finalement, qu'est-ce qu'il attend donc de moi ? Que je fasse comme si de rien était alors qu'il ne me considère même pas comme une amie pour me cacher une pareille chose ? Mais la question que je n'ose même pas me poser, c'est : est-ce que je me contenterai seulement d'être l'une de ses amies ?

Aujourd'hui, on est samedi. Ca va donc faire une semaine. Une terrible et longue semaine que je tente de ne pas lui répondre et ce, malgré ses messages qui ont suivis et que je ne cesse de lire et de relire. « Venant de ta part, j'avoue que je m'étais attendu à mieux, comme manière de me faire comprendre que je te faisais chier, mais bon...  Je comprends juste pas l'intérêt d'avoir voulu renouer un minimum avec moi, si au final, c'est pour te comporter avec moi comme la plupart des gens le font. Si c'était une envie de prendre une revanche sur ce que je t'ai dis y'a des mois de ça : franchement, t'as perdue ton temps pour rien. Mais bon.... » S'il me fait chier ? Non. Je prends, doucement, conscience que cette folie de ne rien lui dire m'est dévastatrice. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même pour le coup. Ce n'est pas une revanche que je veux prendre face à ce qu'il a pu me dire. Non. Bien au contraire, j'aurai dû m'en contenter sans chercher davantage. Mais, je lui en veux. A cause de tout ça, ma progression dans ma chasse aux souvenirs est au point mort. Et je ne parle même pas de l'état dans lequel je suis depuis son dernier message.. « Puisque t'es toujours trop lisse pour me dire les choses en face, je vais le faire pour toi, à ta manière : ça serait préférable qu'on oublie qu'on se connait (pour toi, ça sera facile, remarque.). T'attends donc pas à un mot de ma part si on se recroise un jour, j'ai pas pour habitude de parler aux gens que je connais pas et qui m'indiffère. Contente-toi de faire comme maintenant : ignore moi, et ça sera parfait ! Sinon, disons que tu pouvoir te rafraîchir l'esprit sur le pourquoi du comment il y a autant de gens qui m'adorent, moi et ma grande gueule.... Au déplaisir de te revoir. » Depuis mercredi, je n'ai plus de nouvelles. Inutile de dire à quel point ces lignes m'ont mises à mal. Je les relis, d'ailleurs, en prenant ma pause. Mes patients du jour se trouvent être des copains d'infortune de mon cher Yan. Des jeunes et des moins jeunes qui ont besoin de moi et pour lesquels je me bats pour faire régner mon sourire et ma bonne humeur habituelle. Qu'est-ce que c'est difficile lorsqu'on est aussi en pièces que je ne le suis. Sauf qu'ils n'ont pas besoin de voir que leur kiné ne va pas bien. Pas eux. Et c'est pourquoi une fois la dernière manipulation faite sur mon dernier patient avant la pause, je me suis ruée hors des murs de l'hôpital sans même prendre le soin de chercher ma veste. Pourtant, ça se voit qu'il fait moche comme pas possible et que je risque de finir trempée avant la première cigarette de la série que j'ai en tête de me faire, là. Mais qu'importe. Je ne tiens plus. Il est important pour moi, pendant ce bon quart d'heure de tranquillité, de faire passer tout ce qui gronde en moi de non-accueillant. Une ne sera pas suffisante. Heureusement que j'ai le paquet sous la main. Il fait un peu froid, suffisamment pour que j'ai des frissons dans le dos. Un vent désagréable au possible me force à m'entourer le ventre de mon bras libre pour tenter de faire barrage. L'habitude nouvellement reprise n'admet pas le froid. Une deuxième. Mon regard se fixe au loin, sur un point des plus quelconques alors que je ne cesse de retourner toujours les mêmes questions dans ma pauvre tête qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Une troisième. Je bats des records. Mais je vais m'en tenir à celle-ci. Mon téléphone se met à vibrer dans ma poche. Un message de Sharon. « Salut ma belle. Essaie de m'appeler quand t'as le temps. Prends soin de toi. » Un sourire à peine ironique courbe les coins de mes lèvres. Prends soin de toi. Allons, Sharon. Je lui réponds alors, en vitesse, que ma pause touche à sa fin et que je vais donc la rappeler dès que je serai rentrée. Après tout, il ne me reste que deux ou trois personnes à voir avant de pouvoir filer d'ici, sans avoir croisé Chris. Une chance. Alors que je m'apprête à rentrer, j'entends déjà le tonnerre au loin qui gronde. Et rien que ça, ça me paralyserait presque. Je me dépêche un peu, histoire de ne pas trop traîner dans les couloirs. Sauf que je le vois un peu plus loin. Mes pas se figent d'un coup alors qu'on s'échange un regard. Très bref. Mais suffisant pour alimenter à nouveau cette bombe humaine que je suis devenue. Je continue d'avancer finalement, baissant la tête avant de partir dans un couloir perpendiculaire à celui-ci et qui aura le mérite de m'amener jusqu'à l'ascenseur. « J’l’ai connu. C’est personne… d’intéressant…. » que je l'entends tout de même dire. A cette connasse de la pâtisserie à qui il faudrait apprendre ce qu'est la politesse. Et d'ailleurs, que foutent-ils ensemble, dans ce couloir ? Mon p'tit cœur se met à jouer le chant de la jalousie aveugle que je tente de faire disparaître. En vain. Ainsi donc, je suis réellement personne d'intéressant. Je m'en doutais déjà, vu ce qu'il m'a caché. Mais tout de même.. Entendre ces mots, qu'il énonce à cette vipère m'arracherait presque un cri de rage. Un détail tout de même m'a inconsciemment percuté en voyant ce que tenait ce jeune l'accompagnant..

Clairement, j'ai fait un détour pour enfin me rendre devant cet ascenseur. Qu'importe. Pour rien au monde je ne serai passée devant eux. Rien ! Ma main ne cesse d'harceler l'ascenseur qui met un temps fou à venir, alors que ma mémoire s'amuse à me remettre en tête ce regard échangé. Il n'y a rien à y analyser. Rien ! Enfin il arrive. Je me jette dedans alors que l'orage semble s'abattre, finalement, au-dessus de ma tête. Un temps de chien qui rajoute à ma mauvaise humeur, une note d'angoisse et de peur. Et là, comble du hasard, le voilà qui fait immersion dans cette cabine. Son arrivée me coupe la respiration, alors que je reste dos à lui n'étant pas -encore- contre la parois comme lui peut l'être. Si je pouvais bouger, là, je m'en boufferai les doigts de cette folle situation alors que les portes se ferment. Mes dents retiennent ma lèvre captive, jusqu'à ce qu'une l'improbable se passe et que l'ascenseur stoppe sa descente. L'orage, violent, coupable de cette panne, m'a collé un frisson comme pas permis alors que je me suis tout simplement jeter dans un coin, plaquant ma tête derrière moi. « Manquait plus qu’ça….. » Ah ça, il l'a dit. Je prends soin de l'éviter, mais je ne peux pas ignorer ce carnet à présent au sol et tous ces dessins qui me compriment mon p'tit coeur tout en me nouant le ventre un peu plus encore. « Karma d’merde ! » Je reste toujours dans mon coin alors même que l'orage ne cesse de se jouer de ma peur. Il est clair que ce n'est pas cet épisode d'une Gaëlle coincée dans un ascenseur, avec lui, à cause de ce phénomène météo qui m'aidera à dépasser cette phobie. « A peu d’choses prêt, c’le cas ! » Ah ouais, il en est à ce point. Ma tête se tourne vers lui pour fusiller son dos du regard. Quelle veine. Je soupire en entendant ce que l'autre raconte, nous disant clairement qu'on va devoir prendre notre mal en patience. « Fuck…. » Quel talent fou pour résumer la situation. Alors qu'il ramasse ses dessins -bon sang, ce que j'ai envie de l'y aider..-, il s'adresse finalement à moi. « J’dirais bien qu’j’suis content d’voir qu’t’es pas morte, mais vu qu’tu m’traites comme un connard qui mérite pas d'savoir c'qu'on lui reproche, j’vais agir comme l’connard qu’tout l’monde semble voir en moi et dire qu’j’espère qu’on sera vite libéré d’ici, qu’j’ai plus à t’voir. Une fois pour toute. » Il va se calmer le p'tit là. Ce n'est pas moi qui cache un bout de sa vie à l'autre tout de même. Il est au courant pour Chris. J'ai même dû lui dire que non, je ne suis pas enceinte. Et lui.. Il ne me dit même pas qu'il s'est posé avec quelqu'un, au point d'avoir bientôt un gamin ? Mes yeux se ferment alors que j'accuse à nouveau le coup. Il n'est pas un connard. Un sombre crétin, sans doute. Mais que j'aime. Voilà ce que mon p'tit cœur me supplie de lui dire. Je secoue la tête tout en portant mon regard vers lui pour tenter de croiser le sien. « La personne qu'est pas intéressante te prie de croire qu'elle est toute aussi enchantée que toi à l'idée d'être bloquée dans ce fichu ascenseur. » Et encore, c'est même peu dire, hein. Pourtant, une petite part de moi risque d'en profiter, silencieusement, alors que la tempête que je contiens depuis une longue semaine risque de s'abattre par ici, sans doute avec la même force que ce fichu orage. Me rappelant alors de son dernier message, je n'hésite pas à lui dire, les lèvres pincées et bien loin de sourire comme d'habitude. « Faudrait peut-être savoir ce que tu veux. » Il ne m'a pas conseillé de l'ignorer si on devait se recroiser ? Et qu'il allait en faire de même ? Pourquoi donc se décide-t-il à m'adresser la parole ? « Y'a quelques jours encore, tu me dis de t'ignorer. Que je ne dois pas m'attendre à un mot de ta part. Pourtant, tu les as bien enchaîné, là. » que je lui fait remarquer alors, non sans cacher ce sarcasme dans la voix. L'une de mes mains se décide à rabattre les quelques petits mèches libres autour de mon visage derrière mes oreilles, avant de croiser mes bras. Mes yeux se plissent alors qu'ils doivent certainement prendre la teinte d'une mer en pleine tempête. « Je ne savais pas que t'étais devenu pote avec l'autre connasse de la pâtisserie. Ah puis aussi, j'oubliais.. Félicitations. » Ce dernier mot sort de ma bouche avec un tel mépris, presque une insolence qui est loin d'être cachée. Et non, vous ne rêvez pas. Cette rancœur que je voue à ces rivales autour de lui est des plus palpables. Sauf que pour moi, c'est juste une réplique comme une autre, visant à poser mes premières cartes sur la table et tenter de lui montrer vers quel sujet je compte bien me diriger. Après tout, s'il cherche des explications, il risque d'en avoir. Pas forcément celles auxquelles il s'attend par contre. Car non, je n'ai pas oublié cette échographie portant mon nom à côté du sien, représentant notre p'tit. Devrais-je seulement encore dire notre puisque l'idée d'en être père l'insupportait autant ? Celui-là même à qui je n'ai pas réussi à donner la vie. Celui qu'il semble considérer, selon ses dires d'il y a quelques mois, comme étant une erreur dans sa vie. Je me retiens. Je me retiens autant que possible de ne pas me mettre à frapper la parois de cet ascenseur tout en lui demandant pourquoi, s'il n'en voulait pas, il se plait à se balader n'importe où avec l'une des rares preuves de son existence. Pourquoi aussi il ne m'a rien dit.. Qu'est-ce que j'ai juste fait pour qu'il s'éclate à me rabaisser devant n'importe qui comme il l'a fait il y a juste quelques minutes de ça.

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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Jeu 9 Juin - 19:09 )

Raëlle
J’guérirai pas de cet amour. T’m'as pris ma lumière, ma sève, ma confiance. Mes jours sont vides, ma vie est morte. J’fais juste semblant. D’sourire, d'écouter, d’répondre aux questions. Tous les jours, j'attends un signe, un geste. Qu’tu m’délivres d’ce trou noir dans lequel t’m'as laissé et qu’tu m’dises pourquoi. Pourquoi m'as-tu abandonné ? (Citation remaniée de G. Musso, pour coller mieux à Raph).


Samedi 16 avril, milieu d’après-midi :

C’dans des cas comme ça qu’le « Rien n’arrive pas hasard ! », m’fait doucement rire. Là, franchement, j’vois pas l’intérêt d’me retrouver coincé dans un ascenseur avec Elle, alors qu’l’orage gronde et qu’Elle n’veut visiblement plus m’parler. Oh, si, attendez, j’oubliais : p’têtre bien qu’c’juste pour jouer avec mes nerfs. Avec l’délire du « Elle est pas loin d’toi, t’sais qu’Elle doit pas aller bien à cause d’l’orage, mais comme Elle t’fait la gueule… Montre-nous donc comment t’vas réagir ! ». C’dans des cas comme ça qu’j’me dis qu’si y’a vraiment une Entité quelconque qui régente nos vies, elle doit vraiment s’faire chier pour faire d’telles expériences. C’du niveau d’un gosse d’primaire, qui expérimente sa cruauté en jetant des caillasses à un chaton affamé sur l’bord d’la route. Et ça m’fait encore plus mépriser la religion, car j’vois pas pourquoi j’vénérerais un truc qui s’joue autant d’nous. Non parce qu’bon, là, c’était un peu prévisible, la réaction qu’j’aurais en une telle situation :  j’La repousse. Comme j’le ferais envers quiconque m’ayant blessé comme Elle l’a fait. C’pourtant habituel, chez moi, mais pas à Son encontre. Et c’ça qu’est l’plus douloureux. Mais pour n’pas céder à c’que m’souffle mon stupide instinct, j’garde en tête c’qui s’est passé récemment... Comme l’étrange regard qu’Elle ‘a lancé samedi dernier. J’ai pas vraiment compris d’quoi il était composé, j’ai pas cherché à comprendre, en fait. J’étais un peu trop fixé sur l’fait qu’Elle m’ait vu, qu’Elle savait très bien pourquoi j’étais là, qu’on était à peu près en de bons termes, et qu’Elle est partie… Sans un mot… Comme si j’valais même pas la peine qu’Elle m’dise ne serait-ce qu’un simple bonjour… Et ça m’a fait mal, parce que franchement, avant, peu importe dans quel état notre relation s’trouvait, jamais Elle m’aurait tourné l’dos d’la sorte. Pas en m’laissant sans nouvelles pendant une putain d’semaine. Parce qu’elle savait alors c’que ça m’ferait penser, l’image d’moi à laquelle ça m’renverrait, immanquablement… Elle savait qu’j’suis bien loin d’coller à l’image qu’tous ont d’moi, celle du mec sûr d’lui, qu’encaisse les critiques et gestes méprisants sans qu’ça l’atteigne jamais. Elle savait bien qu’y’avait un truc qui m’insupportait : qu’les gens n’jugent sans m’connaître, ou m’tournent l’dos sans m’expliquer c’qu’ils m’reprochaient. Elle savait qu’laisser les choses ainsi m’agacerait plus qu’tout, ferait immanquablement ressurgir le Mr Hyde sommeillant en moi, qu’plus la situation durerait et plus ma colère augmenterait, et qu’ma rancune atteindrait rapidement des sommets…. Tout ça, visiblement, c’parti en fumée avec pas mal d’Ses souvenirs, d’moments passés l’un avec l’autre, ou encore d’divers p’tits détails qui faisaient qu’Elle était celle qu’j’avais toujours connu. Par exemple, autrefois, Elle était incapable d’manger des poivrons, et S’est mise à apprécier cela après Son réveil, tout comme Elle avait étrangement commencé à apprécier les aliments piquants et plats épicés, ou encore tout comme Elle S’est retrouvée incapable d’porter une tenue dévoilant un peu trop Son dos, alors qu’Elle avait – avec difficulté certes – réussi à dépasser cette peur, avant l’accident. Des infimes détails, mais qui, mis bout-à-bout, prenaient une autre dimension, menaient peu à peu la femme que j’aimais à devenir une autre femme. Une que je ne connaissais plus vraiment, qui ne me connaissais plus réellement, avec laquelle on ne se comprenait plus véritablement, et qui, à cause d’tout ça, n’pourrait sans doute plus jamais m’aimer comme avant. Une hantise qu’avait d’ailleurs été un poids qui avait pesé lourd dans ma décision d’La laisser. En perdant Sa mémoire, Elle avait aussi perdue Sa capacité à m’comprendre, à savoir comment gérer l’chieur que j’suis, c’qui avait toujours été assez instinctif, chez Elle. Elle avait été la seule à parvenir à tempérer mon comportement parfois trop explosif, à savoir comment s’comporter avec moi pour calmer mes tourments, mais aussi à parvenir à décrypter l’moindre d’mes regards et déceler ainsi si j’allais bien ou non. J’avais tenté, des mois durant, non pas d’La retrouver, mais au moins d’voir si Elle pouvait à nouveau m’aimer et réapprendre à m’connaître comme autrefois. J’avais échoué. Je L’avais perdu. Et j’en étais venu à la conclusion qu’c’était sans espoir, parce qu’visiblement, tout c’qui faisait qu’Elle avait bien pu m’aimer avait disparu, avec Son amnésie. Elle était différente de celle qu’Elle avait été, sans vraiment l’être, mais vraisemblablement, cela était suffisant pour qu’Ses sentiments pour moi disparaissent pour laisser la place à des sentiments pour un autre… Chienne d’vie et chiennes d’pensées. Voici les pensées qu’j’me force à avoir, pour annihiler mon envie d’aller La prendre dans mes bras, tandis qu’j’me doute que l’temps doit Lui rappeler bien trop d’mauvais souvenirs. J’sais qu’trop bien qu’l’orage est resté synonyme de l’Enfer, pour Elle, Lui rappelant la violence d’Son père. Oscar était toujours plus déchaîné, quand l’tonnerre éclatait. J’ai jamais su pourquoi, p’têtre qu’la violence extérieure attisait celle qu’il abritait au sein d’son être pourri jusqu’à la moelle. Toujours est-il qu’à ces moments-là, il paraissait sans limite. J’compte même plus l’nombre d’fois, durant mon adolescence, où j’ai dû prendre sur moi pour n’pas aller chez Elle, quand il tonnait. Parce qu’j’savais c’qu’Elle devait forcément être en train d’endurer. Et qu’ça m’détruisait d’pas pouvoir empêcher Oscar d’La briser comme il l’faisait. J’savais qu’y’avait d’grandes chances que l’lendemain, Elle n’aille pas en classe. Prétendument malade. En réalité, bien trop affaiblie par les coups reçus par Son connard d’père pour pouvoir jouer la comédie d’la gosse qu’a aucun souci, en classe. J’parvenais, presqu’à chaque fois, à m’faufiler en douce dans Sa chambre. Soit une fois l’orage passé, soit l’lendemain. Dans les deux cas, j’Lui envoyais, dès les 1ers éclairs, une tonne de SMS. A défaut d’pouvoir être avec Elle, j’voulais qu’Elle sache qu’j’étais à Ses côtés, au moins par la pensée. Autant dire qu’il est logique qu’Elle déteste l’orage. D’où Son geste précédent, visant à S’jeter dans un coin d’l’ascenseur. D’où la nécessité qu’j’éprouve à m’focaliser sur Son récent comportement à mon encontre. Sur l’fait qu’j’ai compris, à Son cabinet, qu’il n’servirait à rien d’tenter d’Lui courir après. Parce qu’j’savais qu’Elle aurait besoin d’temps. J’imaginais juste pas qu’Elle préférerait n’plus m’parler, pas même pas SMS… Raviver ces blessures, passées comme récentes, m’aide à conserver l’sang-froid nécessaire pour La traiter comme Elle semblait l’souhaiter : une simple connaissance. Mais c’pas facile, c’douloureux, d’aller à l’encontre d’son instinct, surtout qu’si j’veux être honnête, Elle n’a jamais été qu’une simple connaissance à mes yeux. Par chance (ou pas), mon instinct souhaite aussi qu’j’sois ainsi avec Elle, après c’qu’Elle m’a fait, car c’comme ça qu’j’agirais avec n’importe qui d’autre. Paradoxe un peu déroutant qui m’donne l’impression d’pas savoir sur quel pied danser avec Elle. Caractère d’merde qui m’fait La tacler alors même qu’j’suis simplement en train d’parler avec l’technicien supposé venir nous libérer au plus tôt. C’donc un mélange d’rancœur, d’douleur et d’déception, qui m’fait Lui parler d’la sorte, une fois l’appel d’urgences passé. C’aussi c’même cocktail qui m’fait Lui lancer un regard aussi froid. C’également l’fait qu’j’m’oblige à m’focaliser sur mes dessins, éparpillés dans l’espace – bien trop réduit à mon goût – qui m’permet d’me focaliser sur autre chose. Autre chose qu’Elle. Autre chose qu’la peur qu’Elle tente d’dissimuler. Autre chose qu’la colère qui luit dans Son regard, et camoufle presque entièrement l’effroi. Autre chose qu’le semblant d’déception qu’j’ai cru voir briller, avant qu’j’ne Lui adresse la parole. Mais tout ça, j’le vois pas. Pas vraiment. Mon propre cocktail émotionnel m’embrouille bien l’esprit. J’La déteste d’m’avoir forcé à La détester. J’La déteste d’m’avoir autant rendu accro à Elle, si c’était pour finalement m’oublier d’la sorte, et m’détruire comme nul autre n’l’avait jamais fait.

Mon venin m’brûle les lèvres, mais j’lutte pas contre, j’en ai besoin, d’toute façon. J’en ai besoin parce qu’j’Lui en veux d’m’avoir obligé, y’a une semaine d’ça, à avoir sans doute un regard bien trop évocateur quant à c’que j’ressens pour Elle, après qu’Elle s’soit barré précipitamment d’Son cabinet. Et après qu’j’ai accompagné Son geste, quand Elle ouvrait la porte pour S’barrer, d’un : « Gaë… ? », qu’est mort à peine a-t-il eut l’temps d’m’échapper. Car avec l’p’tit «  Ca va Raph ? », inquiet qu’a lancé Jenny, m’faisant détourner l’regard d’la porte qu’Elle venait d’emprunter pour m’focaliser sur la brune, il était clair qu’elle avait quelques doutes. Sur c’que j’pouvais bien ressentir pour Elle. «  T’en fais pas, cette nana est cinglée ! », avait-elle ensuite ajouté, en voyant l’mépris illuminer mon regard, s’méprenant sans doute sur la destinataire d’cette lueur présente. « Vaut p’têtre mieux être cinglée qu’complètement conne… comme toi… nan ? », voici c’qu’j’lui avais rétorqué, en lui faisant savoir qu’il fallait qu’elle Lui transmette les documents qu’j’Lui avais amené (dessin et tract pour l’escalade), précisant qu’j’saurais si cela n’était pas transmis à sa légitime propriétaire, car les auteurs des dessins contacteraient prochainement la kiné pour avoir Son avis sur leurs œuvres. « Du coup, si Elle n’les a pas, j’saurais qu’c’juste parce qu’t’es trop débile pour au moins servir d’factrice ! C’qui pourrait m’énerver, vu qu’ça blesserait mes neveux. T’as pas envie d’m’énerver, crois-moi… », voici les dernières paroles qu’j’avais adressé à Jenny, souhaitant lui faire savoir à quel point il serait idiot d’sa part d’jouer à la connasse avec moi, parce qu’elle perdrait. Immanquablement. Alors j’me montre aussi infâme verbalement avec Elle qu’Elle s’est montré blessante d’par Son silence avec moi. Mon discours s’termine, ma tête s’baisse et mon envie d’me frapper la tête contre l’mur ressurgi. P’têtre bien la seule solution qui permettrait d’me faire penser à autre chose qu’à Elle, à c’que j’ressens pour Elle, et au fait qu’Elle m’méprise, visiblement. « La personne qu'est pas intéressante te prie de croire qu'elle est toute aussi enchantée que toi à l'idée d'être bloquée dans ce fichu ascenseur. » Ma mâchoire s’crispe sous Ses paroles, bien qu’Elle reprenne, en substance, l’un d’mes SMS. Au moins, Elle les a lus. J’serais pas juste énervé contre Elle qu’j’crois qu’j’pourrais éclater d’rire, qui serait simplement la manifestation d’toute la tension accumulée durant la semaine, qui paraît tellement futile, maintenant qu’Elle vient d’me prouver qu’oui, Elle a bien eu mes SMS, mais n’voulait vraisemblablement pas m’répondre, j’sais pas trop pourquoi. Mais j’suis énervé contre Elle. Et j’me doute bien qu’il faudra plus que quelques mots pour qu’ça cesse d’être l’cas. Rien qu’parce qu’c’Elle et qu’Elle est la seule à m’faire connaître un tel ascenseur émotionnel. Et qu’j’déteste dépendre d’la sorte à une autre personne pour mes émotions, pire encore quand cette personne m’dédaigne comme Elle semble l’faire. « Faudrait peut-être savoir ce que tu veux. », m’réprimande-t-Elle. « Parce que t’crois qu’on a toujours c’qu’on veut dans la vie ? J’te savais amnésique, pas stupide ! », qu’j’n’hésite pas à Lui balancer, avant même qu’Elle n’ait pu dire quoi qu’ce soit, m'amusant à insister sur le mot La qualifiant. J’attends même pas d’réponse d’Sa part, n’ayant qu’brièvement détourné l’regard d’mes dessins éparpillés au sol, juste pour Lui lancer un bref regard noir. J’me concentre à nouveau sur ma mission, qu’est autrement plus importante qu’cette blonde qui s’fout visiblement d’ma gueule. Et qui, d’toute façon, n’peut pas comprendre c’que j’viens d’Lui sous-entendre. C’qu’est p’têtre pas plus mal, tout compte fait ! « Y'a quelques jours encore, tu me dis de t'ignorer. Que je ne dois pas m'attendre à un mot de ta part. Pourtant, tu les as bien enchaîné, là. ». J’lève les yeux au ciel, marquant volontairement c’geste, comme pour bien lui faire comprendre qu’Elle dérive, qu’Elle comprend que dalle. C’vrai : si Elle avait daigné m’répondre, qu’ça soit pour m’expliquer c’qu’Elle m’reproche, ou juste pour m’dire d’Lui foutre la paix, j’Lui aurai jamais écrit d’telles choses. Encore une preuve qu’Elle n’est plus Elle, car ça, avant, Elle l’aurait compris toute seule. « J’aime ni parler à un mur ni à quelqu’un qui m’ prend pour un con… », qu’j’Lui renvoie, l’air de dire « Mais chacun ses goûts ! ». Encore un truc qu’Elle savait sur moi, autrefois, qu’si les gens semblaient vouloir m’rayer d’leur vie, j’cherchais pas à les retenir. J’ai jamais aimé « courir » après l’affection des gens, et encore moins les supplier d’pas m’laisser derrière eux. C’p’être pour ça qu’j’ai perdu l’contact avec tous mes anciens potes, non pas qu’j’ai pas fait d’efforts pour rester en lien avec, juste qu’au bout d’un moment, y’en a eu moins d’leur côté, et j’ai laissé les choses ainsi. J'estime qu'si les gens veulent qu'j'reste dans leur vie, ils feront des efforts - basiques - mais qu'ça doit venir des deux parties concernés. J’viens à peine d’finir d’parler qu’ma main s’serre sur un d’mes dessins. On pourrait croire qu’c’un geste d’énervement. En un sens, c’en est un. Mais énervement contre moi-même. Parmi tous les dessins qu’j’peux bien trimballer dans ma pochette, et parmi ceux qu’j’ai déjà rassembler, sans forcément les regarder, fallait bien qu’mon regard s’pose sur lui. Pas sur une représentation d’mes animaux d’compagnie présents à CH. Pas sur un paysage d’ce p’tit bled. Pas non plus sur un dessin d’un héros d’dessin-animé, d’comics ou d’film, qu’j’ai pu réaliser pour un d’mes neveux ou un gosse d’mes cours à l’hosto. Pas sur un portrait, d’un membre d’ma famille, d’un d’mes proches ou d’un élève (scolaire, hors-scolaire, ou à l’hôpital). Pas non plus sur…. Bref, j’vais pas énumérer tout c’qu’on peut trouver dans cette pochette à dessins, ça serait trop long. D’tout c’qui s’y trouve, il a fallu qu’celui qu’attire vraiment mon regard soit l’un des dessins qu’j’devrais pourtant cesser d’faire. Ou finir par brûler, une fois terminé. Non pas un dessin sur Elle, eux, j’les planque dans un carton qu’j’cache méticuleusement, chez moi. Pas envie qu’une p’tite fouine tombe dessus. Non, celui qui occupe mes pensées en c’moment, qui m’donne l’impression d’étouffer dans c’ridicule ascenseur, il représente, d’un noir et blanc plutôt sobre, un gosse. D’un peu plus d’un an. Qui tente, maladroitement, d’se mettre debout, pour s’risquer à faire ses 1ers pas. Un grand sourire illumine son visage alors qu’une lueur déterminée brille dans son regard. Quelques boucles blondes encadrent son visage rieur, parsemés d’quelques tâches d’rousseur. Contre lui, comme pour s’donner du courage, il tient serré contre lui son doudou, une peluche – visiblement toute douce – qu’a la forme d’un tigre blanc. Son autre main est tendue devant lui, cherchant à attraper une main d’adulte, dont on n’voit pas le/la propriétaire, mais qui lui promet une étreinte réconfortante s’il parvient à s’approcher. L’mioche porte un t-shirt sur lequel on aperçoit un texte, partiellement caché derrière la peluche, c’ainsi qu’il faut bien regarder l’dessin pour parvenir à lire « Nom de Zeus ! », référence, bien entendu, à Retour vers le Futur, l’un d’mes – d’nos anciens – films cultes. Eparpillé autour d’lui s’trouve divers jouets. Sur sa droite, on voit un confortable canapé, et entraperçoit un bout d’cheminée. Sur les quelques murs visibles, y’a quelques cadres, mais on n’distingue pas précisément c’qu’il y a, on suppose qu’il s’agit d’photos – d’voyages et d’proches. Derrière l’marmot, on voit une fenêtre, qui laisse à présager un jardin. Et si on regarde vraiment l’dessin pour faire gaffe aux détails, on voit un p’tit bout d’magnolia, mais on voit surtout un immense chêne. C’dessin représente, bien entendu, notre enfant, tel qu’j’me figure qu’il aurait pu – du – être. Faisant ses premiers pas, alors qu’Sa mère lui tendait les bras, et qu’j’l’encouragerais, comme l’crétin qu’j’serais. Dans c’qui aurait pu – du – être notre salon, au sein d’notre potentielle future maison. L’chêne présent, quant à lui, n’est qu’là pour faire mention d’l’arbre sous lequel l’gosse repose aujourd’hui, n’signifiant donc pas l’moins du monde qu’j’avais dans l’idée d’en avoir un chez nous. Ces dessins, sur lui, j’en ai pas fait tant qu’ça, même si j’en ai qui l’représente à divers « âges » d’son enfance, toujours celui qu’il devrait avoir, au moment où l’dessin voit l’jour. Ils m’sont encore plus douloureux à faire qu’ceux La représentant. Mais j’les réalise jamais chez moi, ni sur la terrasse d’un café. Non, ils sont toujours exécutés soit lorsqu’j’fais un arrêt au parc, avec Placebo, qui joue sa larve sous l’banc sur lequel j’suis assis, l’chiot étant bien trop claqué pour aller jouer avec les gosses pourtant présents et dynamiques. Soit quand j’fais un crochet, durant mes passages à l’hosto, avant ou après l’bénévolat, mais aussi avant ou après mes rendez-vous pour mon traitement, au service maternité. Assis par terre, l’dos contre l’mur séparant l’couloir d’la pouponnière, j’suis alors bercé par les pleurs des nouveau-nés, les murmures – admiratifs ou apeurés – des futurs parents qui les regardent d’l’autre côté d’la vitre, et par l’mélange d’jalousie et d’tristesse qui m’agite. C’d’ailleurs à cet endroit qu’j’ai fait c’dessin. Dessin qui disparaît bien rapidement sous d’autres dessins, en même pas un battement d’cœur, juste pour moi l’temps d’prendre conscience de c’qui s’y trouve et d’tout faire pour l’soustraire à Sa vue. M’enfin, encore faudrait-il qu’Elle soit attentive à c’qui s’trouve à Ses pieds (ou juste en face d’Elle, tout bien réfléchi), pour percuter quelque chose… Visiblement, Elle n’a pas vraiment réalisé c’que représentait c’dessin, car Elle continue sur Sa lancée : « Je ne savais pas que t'étais devenu pote avec l'autre connasse de la pâtisserie. ». Il n’m’en faut pas plus pour laisser échapper un p’tit rire, ironique. Pas vraiment une bonne idée, mon visage supporte pas encore trop d’telles manifestations d’émotions quelconques, et m’fait payer l’fait d’s’être pris des coups récemment. Mais j’m’en fous. Parce qu’j’vois foutrement pas pourquoi Elle parle d’Héléna, en c’moment précis, mais soit…. « Ah puis aussi, j'oubliais.. Félicitations. », enchaîne-t-Elle, ne m’laissant pas l’temps d’réagir. Y’a un tel mépris dans Ses mots qu’j’peux pas m’empêcher d’bondir, littéralement, alors même qu’un nouvel éclair vient d’gronder alentours.

J’crois qu’l’ensemble d’la situation, d’me retrouver bloqué avec Elle dans cet espace bien trop p’tit à cette colère qu’j’ai tenté – jusqu’à présent – d’juguler, a finalement raison d’moi. On l’voit à la tension qui m’habite et qu’j’cherche même pas à camoufler. D’ma mâchoire crispée à mon poing resserré autour d’un pauvre et innocent dessin (qu’j’étais en train d’ranger), en passant par l’regard assassin qu’j’Lui lance. Souffrir du silence qu’Elle m’a imposé cette semaine m’agace. M’retrouver seul avec Elle – une fois d’plus sans l’avoir souhaité – m’agace. C’temps d’merde m’agace. Devoir lutter contre moi pour n’pas La prendre dans mes bras à cause de c’putain d’orage m’agace. Sentir – au fond d’moi – qu’on va s’retrouver dans une conversation d’sourds, m’agace. Lui en vouloir m’agace. L’aimer m’agace. La bague qu’orne Son doigt à la place d’celle qu’j’lui avait offert m’agace. M’comporter comme ça devant Elle m’agace. M’retrouver face à Elle avec la gueule éclatée comme Elle n’l’a pas revu depuis notre adolescence m’agace. Qu’j’ai toujours autant besoin d’Elle m’agace. J’La hais. J’L’aime désespérément. « Félications d’quoi ? », finis-je par pester, n’voyant franchement pas c’qu’Elle veut dire. Ou si, mais, voyez par vous-même à quel point j’me trompe. Enfin, pas totalement, si on cherche bien, en analysant l’ensemble d’mon discours : « C’si compliqué d’parler clairement ? », Mon ton est ouvertement acide, comme j’l’ai déjà dit : j’cherche pas à La préserver, et j’Lui envoie donc ça à la tronche, tout en balançant mon dessin, sans ménagement pour mon œuvre. D’toute façon, c’pas comme si j’pouvais l’refaire. Ni comme si j’voulais l’refaire, en fait…. « C’toi qu’m’a envoyé un putain d’SMS à la base. Alors qu’j’t’avais dit qu’on n’avait plus rien à s’apporter l’un l’autre. C’moi qu’es été trop con pour t’répondre, mais c’est toi qu’a tenté d’nous faire redevenir des…. connaissances ». J’balance l’dernier mot après une hésitation, avec un mépris qui prend corps dans une grimace énervée. J’expose simplement les faits tels qu’j’les ai ressentis, et ressens toujours, bien qu’la partie « nous n’avions plus rien à apporter l’un à l’autre », j’l’ai jamais pensé. « C’toi qui m’appelle sans l’vouloir et m’invite à aller manger un bout, et c’moi qu’accepte, par respect pour c’qu’on a bien pu être un jour. J’tente d’me montrer sympa, et c’que j’en récolte, c’que t’agis avec moi comme une ado qui refuse d’me parler pour m’crier dessus aujourd’hui ? ». Non sans ironie, j’tape dans mes mains, faisant ainsi mine d’applaudir Son comportement, hautement mature, sans souligner qu’le mien n’est sans doute guère mieux. J’ai fait quelques pas, durant ma diatribe, en Sa direction, mais j’suis toujours à une distance prudente d’Elle. Bon, on va éviter d’me mettre dans la tronche qu’du coup, j’marche sur certains d’mes dessins…. « Alors félicitations d’quoi ? D’avoir été con ? D’avoir été pris pour un con par toi ? D’me taper une nana qui m’plaît et qui m’trouve pas trop stupide pour m’virer d’sa vie en un claquement d’doigt ? » J’ne suis qu’trop blessé par Sa récente attitude à mon encontre pour Lui parler avec des pincettes. Et l’pire, c’qu’j’suis fier d’moi. Fier d’mon allusion, flagrante, à Son silence, d’ces derniers jours. Mais aussi d’mon allusion, plus subtile, du fait qu’Sa mémoire ait effacée les dernières années ensemble. « Ou d’me sentir ouvertement mieux depuis qu’on est séparés ? ». C’sur cette jolie note qu’j’termine mon discours, qu’j’ai sorti, presque d’une traite, montant crescendo, alors qu’mon énervement augmentait, et qu’le tonnerre continuait d’gronder, à l’extérieur, d’plus en plus fort. J’espère Lui avoir bien fait comprendre qu’cette situation, c’pas moi qui l’ai engendré, mais Elle, en S’était visiblement mis en tête qu’ça serait une chouette idée qu’on s’reparle, alors même qu’j’Lui avais dit qu’ça serait pourtant à éviter. A moins d’y être contraint. Alors, si y’en a un qui doit en vouloir à l’autre, c’plutôt moi, pas Elle. Irrité au plus haut point, j’croise les bras sur l’torse, masquant ainsi encore un peu plus mon t-shirt, déjà partiellement caché par ma veste, sur lequel est écrit : « Si tu veux frôler la perfection, passe à côté de moi » p’tit cadeau d’un d’mes neveux pour Noël, qui m’a plutôt bien amusé, et qui, pour beaucoup, représente bien l’prétentieux que j’suis.

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Dim 26 Juin - 23:09 )

Raëlle
Under the surface, wires are crossed. At any moment, I could go off. And I can't hold much longer keeps getting stronger. It's only a matter of time. I've living like a landmine waiting to explode, I'm ticking like a time bomb ready to go. I'm a danger to myself and everybody else. Under the pressure, I'm not okay. I live in denial, I bottle the rage. I'm ready to go. And I'm hurt. I'm alone. I'm depressed. And I hate myself. All because of you. And I hate you. I don't know why but I think I still love you. You are the only man I'll ever need but I just need some time for me to breathe. There's one thing that I hope that you can't see.


Pour faire simple, je ne sais pas ce qui me prend ni quelle mouche a bien pu me piquer. Mais, elle ne m'a pas loupé cette morue. Celle-là même qui me laisse la terrible impression d'être une nana qui se perd et qui réagit exagérément et excessivement pour un problème qui devrait, pourtant, ne lui faire ni chaud ni froid. Il me l'a dit et redit : je n'ai plus la moindre place dans sa vie et, par dessus-tout, il ne veut pas m'aider en prétextant -sans doute à raison-, que ça ne lui apportera rien de bien concret, que sa changera rien dans son quotidien en fait. J'ai été égoïste de lui demander ça. Avec du recul, je n'aurai juste pas dû. Semblerait que je me suis faite avoir à mon propre jeu, tentant de me raccrocher à ce qu'on a été et qui parait me manquer. C'est bien tout le contraire.. Il a beau me dire tout ce qu'il veut, je sais qu'il me cache des choses. Comme toutes les personnes qui m'entourent au final. Pour tout ça, je leur en veux, à tous. Ils me laissent batailler en solo dans cette bataille qui me parait interminable tant je suis envoyée d'un point à un autre sans qu'ils ne se rejoignent jamais. Si les principaux discours se rejoignent doucement -comme celui de Chris et de Raphaël-, il y a forcément des détails qui boitillent d'une version à une autre. Sharon ne m'aide pas du tout à y voir plus clair. Concernant Sarah et James, je dois avouer que j'y vais un peu avec des réserves, prenant bien le soin de me détacher de ce qu'ils peuvent me dire. Ils sont de la même famille, Raphaël est leur frère. Donc à partir de là .. Délicat. Oui, voilà le bon mot. C'est très délicat. J'ai tellement peur de me laisser submerger par ces souvenirs de ce passé égaré qui me reviennent, allant jusqu'à me faire penser des choses en totale opposée avec ce qu'on me sert depuis mon réveil, que je doute. De tout, de tout le monde. Mais surtout de moi. Cette foutue sorte de jalousie que je nourris en sachant qu'une autre va réussir là où je me suis complètement vautrée est loin de me réjouir. Et je ne comprends pas. Ce serait tellement plus facile de fermer les yeux, mais je n'y arrive pas. Peut-être que je tiens bien plus à Raphaël que je n'ose le dire.. et que je n'ose me l'avouer. Une possibilité qui me glace le sang tellement elle parait folle, insensée, improbable. Mais possible. Je ne peux pas continuer sur cette lancée. Ne pas être en mesure de différencier le vrai du faux, risquant d'être ce pion qu'on déplace à sa guise pour illustrer sa propre vérité. Pas possible. Disons simplement que plus j'avance et moins ça va. L'idée qu'on formait l'un de ces couples qui ne cesse de se déchirer un peu plus à la moindre occasion me parle de moins en moins. Plus encore alors que je me suis efforcée de ne pas lui répondre. De laisser le moindre de ses messages sans signe de ma part. N'allez pas croire que ça a été facile pour moi. Là aussi, c'est tout le contraire. Cette semaine m'a paru interminable. Chaque jour qui passait était plus détestable que son précédent. Je suis plus détestable. Il est tout aussi en droit de me détester. Et ce regard si froid qu'il me lance me le rappel. Face à cette situation qui me parait tout bonnement incontrôlable et s'il n'y avait que mon propre ressentis en jeu, cela irait encore. Mais non. Il n'y a pas que ça, il n'y a pas que mon p'tit coeur qui agonise de ce silence imposé. Les paroles de Jean me restent en tête, surtout cette semaine qui s'est révélée être plus qu'éprouvante. « Je t’ai connue plus souriante que ça…. Et j’ai vu des regards bien plus amoureux se poser sur toi…. » Elle parlait bien évidemment de Raphaël. Elle ne m'a connu qu'avec lui. Pas avec les quelques rares autres que j'ai fréquenté en rejoignant Londres et Sharon après la connerie de mon père. Lorsqu'on était séparé, en fait. Une première fois. De simples mots qui me troublent énormément. « Si Chris t’aimait correctement, il devrait sentir de lui-même que tu n’es pas prête, pour l’instant, à l’épouser. Vous avez le temps, après tout, alors pourquoi vous presser ? » Là encore, cette nana à la crinière arc-en-ciel semble avoir misé juste. Est-ce que je suis seulement prête à m'engager pour de bon avec Chris ? La certitude qui était mienne à ce sujet semble s'évaporer un peu plus à mesure que j'y pense. Ca ne devrait pas se passer de cette façon. J'ai toujours voulu d'une vie plus agréable, d'un point de vue familiale bien entendu, que celle qui m'a vu grandir. Depuis toute petite, je rêve de me débarrasser de ce Gates qui me colle bien trop à la peau -il n'y a qu'à voir ces cicatrices sur mon corps pour s'en rendre compte-. Maintenant que je tends la main vers un autre nom, je ne suis même plus certaine de ce que je veux. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'aime Chris -enfin, je le crois-. Mais, il est évident -et ça, j'en ai la certitude-, que ce n'est rien comparé à ce que j'ai vécu avant. La question qui reste, cependant, c'est de savoir quand ça a bien pu s'arrêter ou du moins, se dégrader. Et ça, c'est un énorme point d'interrogation qui ne trouve pas de réponse, pour le moment. Des pistes sont soulevées, mais ce sont ces mêmes lignes qui m'amènent à cette jalousie presque folle. « Vous étiez comme le Ying et le Yang : lui faisait le con et t'entraînais à sa suite, toi, tu le canalisais et l'inspirais. » C'est peut-être sa douce folie qui me manque au quotidien. Sans doute. Mais, je ne peux pas me dire ça, je ne dois pas. Il faut croire que Jean a raison sur ce point, déjà. Sharon m'a clairement fait des allusions reprenant cette image de complémentarité. Je pourrai y croire, bien entendu. Sauf que ça remettrait énormément de choses en jeu, dont la parole du sculpteur.. Et si, l'espace d'un instant, j'ai considéré cette possibilité, elle a rapidement été mise de côté en me souvenant de Jenny et de cette foutue nouvelle. S'il n'y avait que Jean d'ailleurs.. C'est sans compter sur la conclusion de Kattie, criante de vérité, il n'y a pas si longtemps que ça lorsqu'elle est venue me voir. « Tu l'aimes encore... » Elle se trompe. Il est censé faire partie de mon passé, même si tout est un immense puzzle dans ma tête dont certaines pièces me manquent. Moi, en tout cas, je ne suis plus rien pour lui. Un fait qui est d'autant plus juste actuellement. Même si elle a raison, même s'il y a -potentiellement- encore quelque chose, il faut que ça cesse pour plusieurs raisons qui sont toutes plus logiques les unes que les autres. « Tu sais ce que tu veux, Gaëlle... Tu sais. Tu refuses juste de l'admettre, alors tu te voiles la face et tu préfères essayer de croire à une autre réalité. » Mon regard se pose sur Raphaël. Cette proximité entre nous, loin d'être voulue me met sacrément mal à l'aise. Non pas que je ne supporte pas être en sa présence, non. Juste que tout ce qui s'est passé, toute cette foutue tension qu'il y a entre nous risque d'électriser le moment. Là, Kattie s'est plantée. Je ne sais vraiment pas ce que je veux, et ce n'est pas faute de vouloir aller mieux. En quoi je me voile la face si je sais qu'il me faut, tout simplement, lâcher l'affaire ? Y'en a une qui risque de faire la gueule si elle sait que l'ex de son gars gravite autour de lui, non ? Même sans grande raison pour le coup, vu que je sais très bien -enfin, ça devient relatif, ça-, qu'il me tolère dans la même ville que lui. Sans plus. Constatation étrange, d'ailleurs : je porte nettement plus de mauvais intérêt à cette nana qu'à celles pouvant tourner autour de Chris. Ce serait, cependant, bien trop facile si j'en étais pleinement conscience. Dans ce cas-là, oui. Je me voile la face sans en avoir le choix. Et parler de réalité est une chose des plus abstraites pour moi. Bien plus que l'art d'ailleurs. Imaginez juste cette sensation d'être bloquée entre deux réalités sans savoir laquelle est un mensonge, sans être en mesure de vous y retrouver. Votre seule aide à cela vous refuse, en bloc, son aide. Qui mieux que l'Edgecombe pourrait remplir cette mission. Sauf que là encore, ça ne colle pas. Sa version de ce couple qu'on formait est, justement, l'une de ces deux réalités qui s'opposent dans ma tête. Et sincèrement, difficile de s'y retrouver. Est-ce que ma mémoire est aussi atteinte que ça ? Au point de m'imposer des souvenirs qui sont faux ? « Je penses que tu devrais t'éloigner de Chris quelqu'un temps Gaëlle, je penses pas que tu veux vraiment te marier avec lui, Gaëlle... » Kattie a la réponse à tout ça. Elle a raison, je devrai m'éloigner de mon fiancé. Malheureusement pour moi, je ne saisis pas, à ce moment-là, toute la véracité de ses propos. Dommage, d'ailleurs. Ca m'éviterait pourtant, à quelques semaines du mariage, de me confronter à un Chris partageant drôlement la connerie de mon père et qui, a son tour, décidera d'user de ses p'tits poings pour me garder avec lui, sous silence, profitant ainsi de la brèche laissée aimablement par mon géniteur. Une simple phrase de Kattie qui résonnera douloureusement dans ma p'tite tête de blonde lorsque ce déchaînement se fera. Et je ne pourrai même pas dire que personne ne m'a prévenu.. Même Sharon laisse entendre la même idée. « Gaëlle, écoute-moi bien. Cet état dans lequel tu te mets n'est vraiment pas sain. Fais-toi un peu confiance et ose te pencher sur certaines choses. » Elle ne veut que m'aider. Je le sais, ça. Il n'empêche que ça reste plus facile à dire qu'à faire. Sans la moindre ligne de vie pour se raccrocher à la réalité, il n'est pas raisonnable de s'autoriser à frôler des interdits et à repousser des limites qui ne cessent d'affaiblir plutôt que d'aider. Je ne dis pas que d'avec les quelques brides de souvenirs qui me reviennent progressivement, on vivait parmi les Bisounours dans un monde où tout allait toujours parfaitement bien. Il ne m'est pas si inconnu que cela, je sais très bien qu'il a son p'tit caractère d'Edgecombe -et pas forcément le plus tranquille, d'ailleurs-. Mais de là à croire sur parole tout ce qu'il m'a dit il y a quelques mois à peine.. Tout un tas d'éléments me plongent dans le doute le plus total. Ces regards échangés, ces quelques sourires lancés. Ce cadeau offert à Noël, ce regard des plus intenses lors de sa séance au cabinet. Ma respiration qui s'accélère dès lors que je sens sa présence. Mon p'tit coeur, vaillant, qui ne cesse de se battre sans abandonner son combat qui parait pourtant perdu, maintenant. Le mariage avec Chris s'approchant à grands pas et lui, de son côté, s'apprêtant à devenir père. Le gros bordel.

Ce regard froid qu'il me lance doit certainement être la copie conforme de celui que je lui adresse. Je ne peux pas faire autrement. D'autres personnes se seraient certainement mises à parler pour tenter de dialoguer et de comprendre l'autre. Mais lui comme moi, on semble camper sur nos positions respectives, résistant à l'appel de ce lien qui nous unit pourtant toujours. J'ai préféré faire comme il m'a suggéré de le faire dans ses messages. Ne pas lui porter la moindre attention. Du moins, en apparence. Dans le fond, je suis loin d'être aussi sereine que ça. Trop de sentiments contradictoires me font bien savoir que ce moment coincés ensemble dans cet ascenseur risque d'être interminable.. et si court à la fois. Mes yeux s'attardent sur son visage atteint à de nombreux endroits. Un vieux réflexe des plus instinctifs me pousse à vouloir m'occuper de lui. Je l'ai vu bien souvent dans cet état lorsqu'on vivait encore dans notre village. Pourtant, depuis mon arrivée à Cap Harbor, je ne l'ai pas vu dans un tel état. Ses traits sont si tirés, sa bouille -toujours aussi canon, par contre- me fait de la peine. Dans un autre contexte, je lui aurai demandé comment ça se fait qu'il est dans un tel état. Mais là, impossible. Fronçant les sourcils, je le regarde rassembler ses dessins. « Parce que t’crois qu’on a toujours c’qu’on veut dans la vie ? J’te savais amnésique, pas stupide ! » Un soupire m'échappe. Il est au courant que ce que je veux, moi, c'est retrouver ma vie d'avant ou ça ne parait juste pas logique ? Et que donc, je suis assez bien placée pour savoir qu'on n'a jamais ce qu'on veut ? Il ne m'en faut pas plus pour commencer à m'enflammer. Et je lutte. Je lutte contre ce foutu orage qui gronde autour de nous, aussi menaçant qu'il m'en colle la chair de poule. « Tu le fais exprès ma parole. Ca n'a rien à voir avec ce que tu veux dans ta vie. Tu me dis de t'éviter, de faire comme si je ne te connaissais pas et maintenant, tu lâches tes nerfs sur moi en me reprochant de faire ce que t'as voulu y'a pas si longtemps de ça ? » Autrement dit, il me met dans les dents l'idée de l'ignorer royalement ? Alors que c'est clairement ce qu'il désirait dans son dernier message ? Comme quoi, à se demander qui est le plus stupide entre nous. « J’aime ni parler à un mur ni à quelqu’un qui m’prend pour un con… » Pitié .. Ne mettez pas trois heures à nous sortir de cet ascenseur à la con ! Encore une raison pour que je me mette au sport. Si j'avais pris les escaliers ... Je serai déjà chez moi ! Alors qu'il s'occupe de ses dessins, l'un d'eux attire mon attention. Si bien que ma bouche ouverte, m'apprêtant à répliquer, se referme. Bien entendu, je suis très loin de le comprendre dans sa globalité, même si mon crétin de palpitant trouve marrant l'idée de s'y accrocher tel un radeau une fois en pleine mer. Lui, il a compris plusieurs choses. Il a décrypté certains détails. Une débilité que je m'empresse de balayer d'un simple geste de la main pour poursuivre ce jugement hâtif et déraisonné que je lui sers. Excuse-moi, Raph. Je me contente alors de me recroqueviller sur moi-même pour continuer cet acharnement ridicule et rempli d'une jalousie qui n'a pas lieu d'être. Une chose que je me justifie d'être une simple défense. Ce rire qui le gagne lorsque j'évoque cette connasse de la pâtisserie lui vaut un regard assassin. L'espèce de confiance en moi, que je m'efforce de maintenir pour ne pas me faire dévorer par l'Edgecombe, chancelle doucement avec cette nouvelle manifestation orageuse. Sérieusement, je ne vais juste pas faire le poids, encore moins avec un temps comme ça. J'en suis à me donner des baffes mentales pour me remettre sur les rails. « Félicitations d’quoi ? » Nouveau soupir. Il le fait exprès ? « C’si compliqué d’parler clairement ? » Exaspérée face à son manque soudain de compréhension, mes yeux partent faire une rapide excursion vers le plafond de cette cabine. « C'est pas compliqué, pourtant. » que je peste en marmonnant alors même qu'il enchaîne. « C’toi qu’m’a envoyé un putain d’SMS à la base. Alors qu’j’t’avais dit qu’on n’avait plus rien à s’apporter l’un l’autre. C’moi qu’es été trop con pour t’répondre, mais c’est toi qu’a tenté d’nous faire redevenir des…. connaissances. » Ça avait vachement l'air de le déranger, ou bien ? Mes yeux se baissent un bref instant vers ce dessin qu'il a littéralement balancé, avant de remonter pour croiser à nouveau les siens. Ça, c'est bien cruel face à ce qu'il m'envoie à la face. Il a raison. Chris avait tout aussi raison. Je n'aurais pas dû. La lueur qui brillait alors dans mon regard semble se fragiliser d'un coup. Il sait où taper et ne s'en gêne pas. Impossible de le soutenir plus longtemps, il se détourne de lui. Le pire, c'est qu'au fond, même s'il a raison, je ne regrette rien. Surtout pas ce passage à la pâtisserie.. Instant appréciable où mon p'tit coeur avait encore l'espoir de trouver un peu d'aide de sa part. Ce qu'il a trouvé. Mais qui s'est rapidement volatilisé, il y a une semaine, dans ce foutu cabinet qu'il me tarde de plus en plus de quitter. « C’toi qui m’appelle sans l’vouloir et m’invite à aller manger un bout, et c’moi qu’accepte, par respect pour c’qu’on a bien pu être un jour. J’tente d’me montrer sympa, et c’que j’en récolte, c’que t’agis avec moi comme une ado qui refuse d’me parler pour m’crier dessus aujourd’hui ? » Le voilà qui ponctue sa tirade en frappant dans ses mains. Chose qui me redonne quelques couleurs tellement c'est ridicule, d'autant plus qu'il s'est quelque peu rapproché de moi. Il me domine par la taille, au point que ma tête se retrouve légèrement relevée. Surtout que pour être bien précise, c'est lui qui a commencé à me charger, hein. Moi, je ne fais qu'essayer de lui répondre. Et face à ça, hors de question qu'il pense que je vais rester sagement à ne rien dire. « Alors félicitations d’quoi ? D’avoir été con ? D’avoir été pris pour un con par toi ? D’me taper une nana qui m’plaît et qui m’trouve pas trop stupide pour m’virer d’sa vie en un claquement d’doigt ? » Il n'est pas sérieux, là ? Je rêve où il prend vraiment du bon temps avec l'autre connasse ? J'arque un sourcil, tâchant de rester plus ou moins tranquille alors qu'il m’enchaîne sans me laisser le temps de comprendre tout ce qui me tombe sur le coin de la face et surtout de lui répondre. Et à se demander qui est-ce qui prend qui pour un con. « Ou d’me sentir ouvertement mieux depuis qu’on est séparés ? » Aie. Vous le sentez, là, le coup de poignard dans le p'tit coeur déjà bien trop faible ? Qui a déjà trop de mal à battre à un rythme décent ? Il saigne, alors que l'incompréhension et la colère commencent à menacer clairement ce qui se passe dans ce fichu ascenseur. « C'est vrai que t'es si parfait que ça ne t'arrive jamais d'te planter. » Pique gratuite pour son allusion à mon erreur d'appel ayant menée à ce moment à la pâtisserie, mais aussi à son t-shirt -qui lui va tellement bien.. Mais chut, je suis censée être énervée-. « D'après toi, pourquoi j'en suis à bien vouloir te féliciter ? J'te savais pas aussi naïf. » Et là, je reste assez sympa encore. Comme j'ai pris la parole, j'opte pour le même procédé que lui. Parler sans ménagement et sans traîner pour ne pas lui laisser la moindre opportunité de placer le moindre mot. Histoire de clarifier un peu les choses, j'ajoute. « Même Jenny t'a félicité pour ça. D'ailleurs.. Pourquoi t'as laissé quelqu'un d'autre que toi me faire part de cette.. » Comment dire. Horreur ? « .. grande nouvelle ? T'aurai pu m'en parler, non ? Sauf si je suis devenue si insignifiante à tes yeux, au point que t'oublies de me parler de ta p'tite vie ? » que j'ajoute, exagérant d'une manière démesurée sur les deux premiers mots. Tout en restant adossée, je ne cesse de le regarder, tâchant à mon tour de lui faire comprendre à quel point apprendre ce genre de choses de la part d'une autre personne -surtout Jenny !- est juste insupportable. Franchement, il pensait quoi. Qu'il allait pouvoir continuer à envahir mes pensées de plus en plus comme il le fait déjà, tout en étant peinard avec une nana dont il m'a tout simplement caché l'existence ? Je m'en fous qu'il refasse sa vie -faites l'effort d'y croire-, mais quand même. En plus, je commence à regretter de ne pas avoir pris ma veste.. « Pourquoi tu ne me l'as pas dis ? On a bien parlé de mon.. mariage avec Chris après tout ? » Oui, j'ai hésité à prononcer ce mot-là. Simplement parce qu'il commence à me repousser. Ce n'est vraiment pas comme ça que j'imaginais le fait de vivre heureuse. Pas avec ce sentiment de me faire balader dans tous les sens suivant les paroles de chacun alors que je ressors péniblement et lentement la tête hors de l'eau, de cette foutue amnésie. Le peu de calme que je possède alors s'envole, d'un coup. « Et toi, tu m'dis même pas qu't'es avec cette nana ? Enfin, laquelle au final ? Celle avec qui tu fais un gamin ou l'autre gourde qui ne mérite qu'un poing dans sa face pour lui faire ravaler son sourire à la con ? » Comment rester pondérée alors qu'une jalousie abjecte coule dans mes veines ? Et le pire, c'est que je ne peux rien faire contre elle. Pour me tirer de là, je n'ai même pas le réflexe de penser à Chris, non. Lui, il se retrouve reléguer à une place qu'il mériterait bien. « Au lieu d'te cacher derrière une excuse débile en me refilant la faute, t'aurai pas pu me dire que tu n'voulais plus entendre parler de moi parce que t'as enfin la vie dont je t'ai soit-disant privé ? Ca n'aurait pas été plus simple, non ? » Et oui, après tout, il doit être nettement plus inspiré vu la tonne de dessins qui gît sous ses pieds. Le tonnerre qui gronde dehors vient à bout de ce monologue ignoble que je viens de lui servir, mais qui avait besoin de sortir. C'est fou à dire, mais ça me fait cruellement du bien. Tout ce que j'ai retenu pendant toute cette semaine sort enfin. Mon regard est littéralement perdu. Je ne sais vraiment plus quoi penser ni quoi dire de plus. Et là, je commence doucement à prendre conscience que ce qui m'énerve le plus dans toute cette histoire, c'est que s'il m'a dit que je n'ai pas besoin de lui dans ma vie, je ne veux pas comprendre que la réciproque semble être vraie. Il n'a pas besoin de moi. Et ça, ça me tue. Je ferme alors brièvement mes yeux, me laissant glisser contre cette parois d'ascenseur sur quelques petits centimètres. Cette tension me ferait presque trembler des pieds à la tête si le temps de chien, dehors, ne me pétrifiait pas de la sorte.

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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Sam 2 Juil - 21:28 )

Raëlle
L'infime espace qui séparait ses lèvres des miennes m'obsédait, comme un interdit qui attendait d'être franchi. Elle était si proche... et son corps répondait au mien d'une façon qui me fascinait autant qu'elle m'effrayait.  (Citation Becca Fitzpatrick, parce que c'était le moment ou jamais de la placer, vu que c'est genre une des scènes Raëllesque clés   ).


Samedi 16 avril, milieu d’après-midi :

Ca va vite devenir oppressant, dans ce maudit ascenseur. J’en viens d’ailleurs à m’demander pourquoi, l’une des rares fois où j’n’ai pas pris les escaliers, il a bien fallu qu’on s’croise, et qu’il fasse un orage de merde au même moment. Quelles étaient les chances pour qu’on s’retrouve dans cet ascenseur, tous les deux, seuls, à ce moment précis d’la putain d’coupure d’électricité ? J’aurai dû partir plus tôt, si nous n’avions pas traînés à tout ranger et si j’n’avais pas échangé quelques mots avec Jenny, Jay et Héléna. J’aurai très bien pu prendre les escaliers, après tout, la plupart du temps, j’les prends. Par les baloches du Cornu, pourquoi diantre a-t-il fallu que c’jour-là, j’déroge à mes habitudes ? Outre l’fait qu’j’avais hâte d’sortir d’ces lieux, pour rentrer chez moi, j’veux dire. Prendre les escaliers aurait pourtant été un bon entraînement pour moi, qu’ait prévu d’aller faire d’escalade. Idéalement, en plein air, mais là, vu l’temps qu’il fait, j’crois qu’va falloir qu’j’change mes plans… Au lieu d’ça, j’ai pris l’ascenseur. Et même dans un film, j’croirais pas à une telle scène, tant elle paraît trop « tout » pour être réaliste. Voici comme j’me retrouve donc à tenter d’juguler l’accumulation d’ressentiment d’ces derniers jours. Voici comment j’en viens à espérer, d’tout mon être, parvenir à la détester réellement. Ca serait tellement plus facile pour moi. Moins douloureux. Plus l’impression d’dépérir à chaque respiration, parce qu’Elle n’est plus vers moi. Plus l’envie d’disparaître pour n’plus m’sentir si misérablement vide sans Elle. Mais quand j’entends Sa voix, qu’j’croise Ses grands yeux bleu, qu’j’observe Sa silhouette ou qu’j’me perds quelques douloureux instants à la contemplation d’Son visage, j’me dis qu’ça s’produira jamais. A mon grand désarroi. J’resterais l’idiot, à éternellement amoureux d’une nana qui l’a oublié. C’d’un pathétique, j’vous l’accorde, mais c’ainsi… Croyez-moi, si j’pouvais remédier ça… Nan, mais qui j’tente d’duper là ? Même si j’pouvais trouver un moyen pour mes sentiments pour Elle disparaître, ou s’tourner vers une autre (comme Héléna ?), j’voudrais pas l’faire. Jamais. J’préfère m’sentir vide et mort d’l’intérieur en L’aimant, qu’vivant mais incomplet en L’ayant oublié. Pis, d’toute façon même si j’le voulais, j’pourrais pas L’oublier, c’est largement au-dessus d’mes moyens. M’faudrait sans doute un paquet d’traumatismes crâniens pour y parvenir, j’le crains bien. Ca fait, après tout, un paquet d’années qu’j’suis tombé amoureux d’Elle, comme on peut s’prendre un ballon dans la gueule quand on fait une partie d’foot entre potes, et en être étourdit d’longues minutes encore, après l’choc. Sauf qu’moi, l’étourdissement n’s’est jamais dissipé, ni même atténué, bien qu’il ait eu lieu y’a des années d’ça. Pire même, il n’a pas bougé d’un pouce. C’p’têtre bien plus à cause d’ça qu’à cause d’Tumy qu’j’me tape parfois des sacrés maux d’crâne… on va dire qu’c’probable hein ! Car malheureusement pour moi, c’est là, c’est ancré en moi, sans doute bien trop profondément pour qu’ça puisse un jour s’évaporer. S’attendre à c’que j’parvienne à n’plus L’aimer, c’comme m’demander d’arrêter… d’aimer l’Art…. d’penser… d’m’inquiéter pour les miens… d’manger…. d’faire du sport…. d’respirer… C’juste pas possible. Et c’bien pour ça qu’ça m’demande d’puiser dans ma rancœur d’ces derniers temps pour conserver un visage aussi impassible et froid qu’ça. C’d’ailleurs dans des cas comme ça qu’j’me dis qu’j’ai franchement un caractère d’merde, parce qu’malgré l’fait qu’j’L’aime – bien trop pour n’pas en devenir fou - en c’moment précis, oui, j’avoue : j’Lui en veux. D’me faire m’sentir aussi mal. D’me mettre dans un tel état. D’me faire m’détester autant qu’ça. D’me pousser à Lui en vouloir. Et pourtant, si on prend la peine d’creuser, d’voir au-delà des apparences qu’j’présente, on peut facilement comprendre qu’ma colère, visible, cache tout autre chose. Si on m’connaît, du moins. J’n’en veux pas autant qu’ça sans raison. Sans qu’il n’y ait un attachement profond par derrière. Mais ça, bien entendu, Elle ne l’sait pas, Elle ne l’sait plus, Elle n’s’en souvient plus, Elle n’prendra pas la peine d’lire entre les lignes. Pas plus qu’moi j’tenterais d’décrypter c’qui va bien pouvoir s’dérouler ici. Pas facile d’fournir un tel effort quand on est dans un tel état, aussi. Et pourtant, dire qu’à une époque, on s’connaissait par cœur, à tel point qu’y’avait même pas besoin d’mots pour s’comprendre, et là, quand on voit l’résultat, quand on voit l’désastre qu’c’devenu, c’juste pathétique et consternant…. Alors qu’toutes mes paroles, si on prend la peine d’les analyser, seront autant d’appel à l’aide qu’Elle m’revienne. Qu’Elle m’sauve du monstre qu’j’suis devenu, après L’avoir – une fois d’plus – perdu… C’comme ça qu’on va avoir l’une d’nos pires disputes, s’hurlant des mots horribles, alors qu’dans l’fond, on attendra tous deux la même chose, qu’l’autre nous dise c’qu’il ressent, véritablement… C’tellement plus facile d’se laisser porter par l’aveuglement d’la colère, d’la déception, qu’chercher à comprendre c’qu’on attend réellement, individuellement, mais aussi d’l’autre.

Ca serait facile, tellement facile et libérateur, d’Lui dire tout c’que j’ressens. Mais j’peux pas, aveuglé par la rancune d’Son silence d’ces derniers temps. C’bien la 1ère fois qu’Elle m’a fait endurer un tel calvaire, car même lorsqu’on s’faisait la gueule, jamais nous n’sommes restés sans nous donner d’nouvelles. La seule fois où on l’a fait, ça a été décidé d’un commun accord, c’même plutôt venu naturellement, après l’incendie, parce qu’fallait qu’on s’éloigne l’un d’l’autre, pour tenter d’poursuivre nos vies. En dehors d’ça, pas même lorsqu’on s’prenait la tête et qu’on était loin l’un d’l’autre, on n’restait aussi longtemps qu’ça sans s’parler. D’toute façon, il était rare qu’on passe une journée entière en s’ignorant, tôt ou tard, survenait un moment où on décidait d’mettre les choses au clair, si nécessaire. Parce qu’on n’pouvait juste pas rester aussi longtemps qu’ça sans parler avec l’autre. Parce qu’Elle savait qu’j’flipperais, si j’restais trop longtemps sans nouvelles d’Elle. Parce qu’j’suis comme ça, depuis toujours, dans l’fond, p’têtre qu’le fait d’avoir grandi dans une famille nombreuse, dans laquelle des ennuis arrivaient bien rapidement, m’a rendu facilement anxieux. Et dépendant à mon téléphone… Rien qu’pour l’inquiétude qu’j’ai ressentis, et qu’j’ai la folle impression qui transparais derrière la moindre d’mes paroles, Elle devrait être en mesure d’réaliser qu’ma colère n’est pas innocente. Mais rien n’est normal, la situation est merdique, Elle est aussi agacée qu’moi, et troublée par c’méli-mélo d’grand n’importe quoi. Sans ça, Elle aurait su, rapidement, qu’me punir par Son silence était la pire des choses à m’faire subir. Pire encore en m’voyant dérailler comme j’l’ai fait, en Lui envoyant plein d’messages, loin d’être anodins, d’par l’inquiétude qui s’y dissimulait. Peu importe à quel point j’peux bien tenir à Elle, j’admets qu’j’aurai osé espéré qu’Elle ait un peu plus d’respect pour n’pas faire vivre ça, car c’au moins un truc dont Elle devrait S’souvenir. Elle n’peut quand même pas avoir oublié tant d’choses à mon sujet, nan ? Pas la base, sur c’que ça m’fait ressentir, une telle attitude, dès lors qu’j’tiens un tant soit peu à une personne… Non pas qu’j’exige des nouvelles régulières d’lointains amis, mais, pour eux comme pour les autres, j’avoue qu’j’ai tendance à m’inquiéter rapidement s’ils n’donnent aucun signe de vie pendant plusieurs jours, s’ils n’répondent pas, alors qu’j’tente d’prendre contact à maintes reprises. J’sais pas, c’comme si moi, j’L’avais enfermée dans un manège à sensations fortes (alors qu’Elle a peur du vide), entourée d’araignées (Elle les adore !), en plein orage, et toute seule. Bon, j’ai un peu accumulé certaines d’Ses peurs, mais vous avez compris l’idée… Et avoir conscience du fait qu’Elle m’ait confronté à un mur pendant des jours entiers, alors qu’Elle doit bien savoir qu’j’déteste ça, ça rend un peu plus réel la certitude qu’j’L’ai perdu, définitivement. Au point qu’Elle S’en fout, d’me blesser d’la sorte. Et ça m’tue. Et ça m’rend encore plus énervé. Et Sa colère, qu’Elle manifeste par bribe, accroît la mienne. « Tu le fais exprès ma parole. Ca n'a rien à voir avec ce que tu veux dans ta vie. Tu me dis de t'éviter, de faire comme si je ne te connaissais pas et maintenant, tu lâches tes nerfs sur moi en me reprochant de faire ce que t'as voulu y'a pas si longtemps de ça ? ». C’d’un rire moqueur qu’j’salue Son intervention, levant les yeux au ciel quand Elle met en exergue l’fait qu’cette conversation n’a rien à voir avec c’que j’veux dans ma vie. Qu’j’aimerais La détromper. Si une partie d’moi n’continuait pas à s’languir d’Elle, jamais une telle conversation n’aurait été possible. Car j’me serais barré d’cette p’tite ville dès lors qu’on s’y serait croisés ! J’n’aurais pas donné suite à Son 1er SMS. J’n’aurais jamais accepté qu’on s’revoit dans cette putain d’pâtisserie. Si j’pouvais enfin imaginer ma vie sans Elle, rien d’tout ça n’aurait été possible. Mais au lieu d’tout lui dire d’but, j’me contente d’serrer des dents, comme pour ravaler mes paroles, et ainsi, finir par Lui faire savoir qu’parler à un mur n’est pas si marrant qu’ça. C’moins révélateur, bien plus prudent, j’préfère, et ça reste dans l’thème, au moins. Après, à Elle d’comprendre c’qui a été dit, j’peux pas faire plus, j’suis pas en mesure, et d’toute façon, j’veux pas. Ces derniers jours, passés à m’interroger sur c’qui m’avait bien valu un tel mépris d’Sa part, m’ont fait comprendre qu’j’m’étais fait des films. Si on s’est quelque peu rapproché, ça n’signifiait rien. J’signifiais rien à Ses yeux.  Pas grand-chose, du moins, qui vaille la peine d’être préservé et considéré à peu près correctement. Son choix n’avait pas bougé depuis Londres : Elle voulait toujours Son doc. Puisqu’Elle l’veut tant qu’ça, Elle va l’avoir. Moi, j’compte bien tirer ma révérence. J’veux juste Lui rafraîchir la mémoire sur c’qui nous a mené à cet instant précis, qu’de nous deux, j’suis pas celui qu’a été emmerdé l’autre, et qu’de fait, une telle attitude, j’la mérite pas. Suite à ça, qu’Elle n’attende pas grand-chose d’moi, à mes yeux, Elle n’sera même plus la semblant d’amie qu’j’ai tenté d’croire qu’Elle pourrait être, ces derniers mois. Elle n’sera rien d’autre qu’une très lointaine connaissance. A qui j’pourrais p’têtre dire bonjour et parler encore, à l’occasion, si on parvient à s’expliquer sur les raisons d’Son mutisme. Sinon…. J’L’éviterais. Comme la peste. Même si ça, c’déjà prévu, à la différence près qu’si on réussit assainir la situation, avant d’changer d’trottoir, j’jouerais p’têtre l’gars poli, sans plus. La conversation s’enchaîne, sans logique à mes yeux, vu qu’Elle va jusqu’à m’féliciter. C’qui m’amuse et m’intrigue, comme j’tarde pas à Le lui faire savoir. « C'est pas compliqué, pourtant. », laisse-t-Elle échapper, d’une voix basse, à laquelle j’prête nullement attention, pas plus au fait qu’Elle ait lâché un p’tit soupir tout à l’heure. Oh, non, maintenant qu’j’suis lancé, j’compte bien Lui faire comprendre qu’c’Elle qu’a provoqué tout ça, et qu’Elle doit s’expliquer. Qu’elle m’doit bien ça. Car j’n’ai rien fait d’mal. J’ai pas tabassé de p’tites vieilles sous Ses yeux, que j’sache. J’ai rien fais d’répréhensible. J’ai visiblement merdé avec Elle, mais j’sais pas où ni quand. En tentant d’La convaincre d’S’essayer à l’escalade avec moi, alors qu’j’sais parfaitement qu’Elle a peur du vide ? Ca serait pas crédible, Elle semblait plutôt amusée d’ça, à en croire Ses SMS sur l’sujet. Alors non, j’vois pas, et j’Le lui dis. J’m’emporte, d’ plus en plus, qu’j’prends pas forcément conscience à qu’on peut – si tant on est qu’on prenne la putain d’peine d’déchiffrer mes propos – laisser à entendre. Non, vous n’rêvez pas, j’viens bien d’La mettre sur l’même pied d’égalité qu’Héléna, en insinuant qu’elle, elle m’plaît, et m’considère pas comme une merde. Soit exactement l’genre d’manque d’considération qu’j’Lui reproche. Mais j’m’en fous, j’avais besoin d’m’exprimer, pis, d’toute façon, Elle est tellement accaparée par Son divin fiancé qu’Elle n’sait même pas lire entre les lignes, qu’Elle n’sait plus l’faire… Pis faut dire qu’j’Lui laisse pas l’temps d’réfléchir, car j’poursuis ma tirade, m’étant quelque peu approché d’Elle, m’n’souciant bien peu d’marcher, pour ce faire, sur certains d’mes dessins, toujours au sol. C’avec la respiration un peu malmenée par c’soudain excès d’colère qu’j’termine ma tirade, croisant les bras contre mon torse, tel un enfant cherchant à s’protéger l’ire parental. Même si là, en l’occurrence, j’cherche plus à La protéger moi qu’à m’protéger moi d’Elle. Non pas qu’j’pourrais aller jusqu’à lever la main sur Elle : j’sais qu’j’ai l’sang chaud, mais p’têtre pas à c’point-là, tout d’même, pour m’mettre à tabasser une nana, et encore moins La frapper. Cela dit, l’mur m’gonfle d’plus en plus, j’dois l’avouer…

Mon regard est toujours noir alors qu’Elle lève la voix pour s’expliquer : « C'est vrai que t'es si parfait que ça ne t'arrive jamais d'te planter. ». J’penche légèrement la tête sur l’côté alors qu’un d’mes sourcils s’hausse, comme pour lui demander si Elle est sérieuse, sur c’coup-là, d’me sortir ça. J’m’attendais à mieux, d’Sa part, qu’entamer Son speech par un truc qu’beaucoup m’reprochaient, et m’reprochent toujours à l’heure actuelle, car ils n’prennent pas la peine d’voir au-delà du vernis qu’j’peux bien présenter aux inconnus. C’un coup plutôt bas d’la part d’une des personnes, qui, fut un temps, m’connaissait mieux qu’quiconque, et savait c’qu’il en était. Encore un truc qu’l’amnésie a dû Lui prendre…. « D'après toi, pourquoi j'en suis à bien vouloir te féliciter ? J'te savais pas aussi naïf. ». Mes bras s’décroisent alors qu’j’feins d’bailler, camouflant ma bouche sous ma main droite. J’redresse doucement la tête, comme si j’étais fatigué d’avance pour cette conversation qui s’annonce à mes yeux – comme l’témoigne mon attitude désinvolte – d’un ennui profond. C’que j’suis loin d’ressentir, car l’peu qu’j’parviens à comprendre d’Sa colère m’plaît guère, n’montrant qu’un peu plus fortement à quel point Elle n’est plus celle qu’j’ai connu… « Même Jenny t'a félicité pour ça. D’ailleurs… Pourquoi t'as laissé quelqu'un d'autre que toi me faire part de cette.... grande nouvelle ? T'aurai pu m'en parler, non ? Sauf si je suis devenue si insignifiante à tes yeux, au point que t'oublies de me parler de ta p'tite vie ? ». Mes yeux s’écarquillent, sans perdre la moindre once d’colère, alors qu’le jour s’fait dans mon esprit. Elle sait. L’autre connasse lui a dit. J’sais déjà pas comment Jenny a bien fait pour l’savoir, et j’sais encore moins quel plaisir elle a bien pu prendre à Le lui dire…. J’ouvre la bouche pour tenter d’répondre, mais Elle ne m’en laisse pas placer une. Juste retour des choses, visiblement, après l’traitement auquel j’L’ai soumis, y’a quelques secondes. Moi qui croyais n’plus avoir à subir les ragots après avoir quitté mon pays natal et les débiles – friands d’ce genre d’histoire – qui s’y trouvaient, voilà qu’en fait, j’étais d’nouveau dedans. J’serai quand même curieux d’savoir comment Jenny a été mise au courant d’la grossesse, qui a bien pu le lui dire…. « Pourquoi tu ne me l'as pas dis ? On a bien parlé de mon… mariage avec Chris après tout ? ». Mon cœur rate un battement à la simple mention d’Son mariage avec l’autre enfoiré. Si Elle voulait remuer l’couteau dans la plaie, Elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre ! J’me mords la langue afin d’éviter toutes remarques sur cet événement qu’j’peux pas m’empêcher d’trouver trop précipité, vu qu’ils s’connaissent qu’depuis peu, dans l’fond. Mais j’ferme ma gueule. J’peux rien dire, pas plus qu’avant, pas plus qu’j’pourrais m’exprimer dessus à l’avenir. C’Sa vie, Elle en fait bien c’qu’Elle en veut. Comme j’ai tenté d’Lui faire comprendre depuis qu’on s’est retrouvé en Amérique, on n’a plus rien à faire dans la vie d’l’autre, rien n’justifie qu’on ait un quelconque mot à dire dessus…. Comme l’autre coup à la pâtisserie, j’ai l’impression qu’mon cœur s’morcelle, ‘fin, l’peu qui m’restait, du moins, suite à notre entrevue. Rien que d’L’imaginer S’marier à un autre. Mon imagination est un peu trop vive, car j’vois un peu trop clairement la scène s’dessiner devant moi, aidé, sans nul doute, par l’fait qu’ça, j’l’imaginais pour nous, y’a à peu près 2 ans d’ça en arrière. J’me L’étais représentée dans des centaines d’robes, j’m’étais même amusé à en faire certains dessins, d’nous deux, de c’jour-là, dessins qu’j’Lui glissais parfois dans Ses affaires, rien qu’pour qu’Elle plante en tombant dessus. Et sur tous, y’avait l’mioche dans les bras d’l’un d’nous… J’déglutis, en accusant l’coup. J’en suis presque à m’demander c’qui vient d’claquer dans l’air : la fin du peu d’organe cardiaque qui m’restait, ou un nouvel éclair qu’a foutu un bordel monstre. Là, c’en est trop pour moi. Mes bras l’long d’mon flanc s’crispent, et mes poings finissent par s’resserrer, mes ongles s’enfonçant sans douceur dans mes paumes. Mieux vaut ça qu’défoncer l’mur, après tout. « Et toi, tu m'dis même pas qu't'es avec cette nana ? Enfin, laquelle au final ? Celle avec qui tu fais un gamin ou l'autre gourde qui ne mérite qu'un poing dans sa face pour lui faire ravaler son sourire à la con ? ». J’comprends pas. J’comprends pas c’qu’Elle m’reproche. J’savais pas, après tout, qu’on était d’nouveau si proche qu’ça pour qu’j’Lui parle d’tout ça, là où moi j’savais depuis bien longtemps c’qu’il en était d’Sa vie privée… C’pas comme si Elle n’était pas déjà plus ou moins en couple avec Chris, quand j’étais encore à Londres, hein, et pas du tout comme si certains membres d’ma famille n’m’avait pas tenu lointainement au courant d’c’qu’il advenait dans Sa vie…Pis c’encore moins comme si ça n’avait pas été – entre autre chose – à cause d’Son amour pour Chris qu’j’m’étais tiré… « Au lieu d'te cacher derrière une excuse débile en me refilant la faute, t'aurai pas pu me dire que tu n'voulais plus entendre parler de moi parce que t'as enfin la vie dont je t'ai soit-disant privé ? Ca n'aurait pas été plus simple, non ? ». Elle dérive. C’pas possible autrement. J’sais pas d’où Elle a été s’mettre ça en tête. Elle pense sérieusement qu’j’si j’avais voulu La rayer d’ma vie – après qu’Elle s’y soit réinvitée sans m’demander mon avis – j’m’y serais pris comme ça ? Non mais, j’sais qu’j’suis loin d’être un modèle d’perfection, mais si tel avait été l’cas, j’aurais au moins été jusqu’à aller Lui dire qu’j’voulais plus La voir. Comme j’l’ai fait à Londres. Pas en agissant aussi lâchement qu’ça. C’qui m’prouve – une fois d’plus – qu’Elle ne m’connaît plus. Que c’qu’Elle savait d’moi, c’qu’Elle avait réussi à apprendre depuis l’temps qu’on s’connaît, tout ça, c’parti, Dieu seul sait où, envolé en fumée… Et ça contribue à m’briser. Encore un peu. Si ça continue, j’vais même plus n’être qu’en puzzle, ça sera pire, y’aura trop d’morceaux, soigneusement écrabouillés, pour qu’quiconque puisse les remettre en place… J’sais pas c’qui m’fait l’plus mal : La sentir m’glisser encore plus entre les doigts, chaque jour, constater à quel point Elle n’connaît plus rien d’moi, ou juste La voir m’considérer comme les autres l’font, pris au piège du rôle d’l’enfoiré notoire qu’j’peux présenter.

Mes oreilles m’donnent l’sentiment d’bourdonner, suite à l’assaut qu’j’viens d’me prendre dans la gueule. C’les yeux encore hagards qu’j’finis par revenir à moi. Les yeux encore plus noirs d’colère qu’précédemment, j’La fixe, alors qu’Elle semble s’être isolée dans ses pensées, les yeux clos, ayant perdue quelques centimètres en s’laissant glisser l’long d’la paroi contre laquelle Elle est adossée. La mâchoire serrée à l’excès, tellement qu’j’en ai mal aux dents, j’comble l’écart qui nous sépare, en quelques pas, sans La perdre des yeux. J’me plante à quelques pas seulement d’Elle, toujours ouvertement excédé par c’qu’Elle vient d’dire. « Mais ta gueule ! », voici c’que j’finis par Lui hurler dessus, à peine arrêté face à Elle, la tête quelque peu baissée afin d’pouvoir plonger mon regard dans les Siens, si tant est qu’Elle S’décide à rouvrir les yeux. Et j’sais pas si c’la tension qui vient d’monter en flèche, ou juste la force d’l’habitude, mais, à peine mon interjection lancée, mon regard descend de suite d’Ses yeux à ses lèvres. J’ai l’impression d’rester d’longues minutes, à les observer, sans rien dire, comme un con, les poings et la mâchoire encore crispés. Mon rythme cardiaque s’accélère, tant et si bien qu’mon cœur bat jusqu’dans mes oreilles, m’donnant un mal de tête carabiné, couvrant même l’bruit d’l’orage et d’la pluie, l’mauvais temps s’abattant pourtant fortement à l’extérieur pour qu’ça soit audible jusqu’à depuis l’ascenseur. Dès lors, j’ai plus qu’une envie, qui frise l’obsession : L’embrasser. Prendre possession d’Ses lèvres, pour en goûter à nouveau la douceur, comme autrefois, en un geste qui concluait notre p’tite manie idiote, dès qu’l’un d’nous disait un « Ta gueule » ou un équivalent, à l’autre. Habitude qui remonte au 1er mois qu’nous avons passés en tant qu’couple, durant notre adolescence. Habitude qu’est tellement ancrée en moi qu’j’ai du mal à m’arracher à la contemplation d’Ses lèvres, même si la scène n’a – en réalité – durée qu’quelques brèves secondes. Ca n’est qu’en revenant – enfin – à moi, qu’j’réalise qu’j’me suis rapproché d’Elle, au cours d’mon précédemment moment d’égarement. Mon visage n’est ainsi qu’à quelques malheureux centimètres du sien, à tel point qu’j’sens Sa chaleur tout comme Son odeur. Qu’j’aurais qu’à m’approcher d’quelques millimètres pour craquer, et terminer comme il s’doit cette routine qui fut autrefois la nôtre. Prenant conscience d’cela, du fait qu’ça n’appartient qu’au passé et qu’j’ferais mieux d’revenir à moi, mes yeux s’écarquillent, littéralement exorbités, alors qu’j’secoue la tête, comme pour m’remettre les idées en place. Pendant c’temps, mon regard, c’traître, n’décolle pas des viles tentations qui ont attirés son regard un peu plus tôt, m’donnant l’impression d’avoir effectué un saut dans l’temps. D’me retrouver dans la maison familiale, dans la salle de bains, alors qu’j’La soignais, après qu’Elle s’soit vautrée – une fois d’plus. Juste avant qu’Riley n’rentre dans la pièce, m’faisant ainsi revenir à la réalité des choses : Elle n’était pas à moi. Pas plus qu’Elle n’l’est aujourd’hui. Pas plus qu’Elle ne l’sera un jour… « T’fais chier ! », qu’j’balance ainsi, rivant mon regard au sien, une lueur toujours énervé brillant en son sein. Et j’ponctue ma phrase d’un coup d’poing donné dans la paroi derrière Elle. Comme pour donner l’change. Comme pour Lui faire oublier les étranges secondes qui viennent d’s’écouler. Comme pour Lui faire croire qu’j’me suis rapproché ainsi d’Elle qu’dans l’but d’manifester ma colère contre l’mur, et non parce qu’j’étais à deux doigts d’faire une grosse connerie. J’recule alors vivement d’Elle, l’visage grimaçant. Comme si Sa proximité m’brûlait m’répugnait. Comme si j’regrettais d’m’être ainsi laissé porter par l’habitude. Comme si ça n’avait été qu’ça, la force d’l’habitude, et rien d’autre. Surtout pas une envie dévorante d’poser mes lèvres sur les Siennes. Et encore moins qu’lutter contre cette pulsion m’a laissé à bout d’souffle. J’finis alors par Lui tourner l’dos, tout en expulsant un : « T’comprends rien ! », excessivement agacé, bien qu’un peu chancelant car mon souffle est toujours incertain. Ma réplique s’accompagne d’un coup d’pied rageur donné contre ma pochette à dessins, et les quelques dessins encore éparpillés autour, totalement indifférent à leur sort … Elle comprend rien. D’moi, d’la situation. Fallait qu’j’le dise. « J’vais quand même pas m’excuser d’vivre ma putain d’vie comme j’l’entends, nan ? », qu’j’invective donc, espérant qu’il n’flotte pas trop d’relents de « Vivre ma vie sans toi et sans attendre qu’tu m’reviennes ! » « R’marque, ça fait un moment qu’c’est l’cas ! ». M’semble Lui avoir déjà dit, d’ailleurs, mais p’têtre qu’j’me suis juste contenté d’le rêver. Toujours est-il qu’c’la vérité : depuis l’accident, Elle n’comprend plus rien. Mais j’ai pas envie d’Lui dire à quel point Elle s’méprend sur moi. J’ai qu’déjà trop lutté pour tenter d’La ramener à moi, les mois qu’ont suivis Son réveil. J’compte même plus les heures qu’j’ai passé à Son chevet, pour Lui raconter notre vie, durant les dernières années, celles qu’l’amnésie Lui avait volée. A l’aide d’innombrables photos. A l’aide d’centaines d’heures d’vidéos. A l’aide d’millions d’dessins. A l’aide d’quelques p’tits mots qu’j’avais pu Lui écrire, au cours d’ces années écoulées, et qu’j’m’étais amusé à Lui laisser un peu partout dans Ses affaires. J’compte même plus l’nombre d’fois où j’ai dû oraliser l’fait qu’j’L’aimais, alors qu’j’ai toujours détesté l’faire, et qu’j’l’ai sans doute dit bien plus d’fois durant ces mois atroces, qu’durant les années passées en Sa compagnie. Mais tout ça, tous ces efforts, ça n’a servi à rien. A rien d’autre qu’à m’fatiguer, mentalement, psychologiquement, et à amorcer ma déchéance, marquant à quel point j’L’avais bien perdu, définitivement. « T’peux m’rappeler c’que t’es, pour moi, à part rien ? », est la question qu’j’parviens à poser, d’un ton accusateur, après qu’ma pochette soit rentrée en collision avec la paroi d’l’ascenseur. Sous l’choc, celle-ci libère des dessins qu’j’venais à peine d’y ranger. Mais en c’moment précis, j’m’en fous. J’m’en fous tellement qu’si y’avait une fenêtre dans les parages, j’pourrais bien balancer l’intégralité d’mon œuvre, sous la flotte, et qu’ça m’ferait ni chaud ni froid. J’pourrais même pulvériser l’ensemble de c’que j’ai réalisé et qui s’trouve dans mon atelier qu’ça m’ferait que dalle. Parce qu’rien n’sera aussi douloureux qu’les mots qu’Elle m’a envoyé à la gueule un peu plus tôt. Parce qu’rien n’sera aussi atroce qu’la lutte qu’j’viens d’mener pour n’pas L’embrasser, alors qu’j’en mourrais d’envie, p’têtre plus qu’j’en ai jamais eu envie, en fait. « Même ma famille n’est pas au courant, putain. Pas plus qu’Gab ou Erin… », voici c’que j’ajoute, alors qu’j’Lui fais à nouveau face, reprenant la méthode qu’a fait ses preuves jusqu’à présent : assommer l’autre sous ma verve, n’laissant aucune pause entre mes paroles, mon ton n’perdant pas en exaspération. « J’voulais pas leur faire l’coup du « Y’a un nouveau Edgecombe qui va débarquer ! » pour qu’ça finisse comme l’autre fois ! ». C’qu’est à moitié vrai. Disons qu’j’ai pas non plus envie qu’les miens sabrent l’champagne en apprenant qu’une nouvelle naissance va gonfler nos rangs. Pas plus qu’j’ai envie qu’ils s’mettent en tête qu’j’vais m’retrouver avec femme et enfants. J’en suis toujours à m’demander comment j’vais bien pouvoir leur annoncer la situation, l’fait qu’Loan soit enceinte, mais qu’elle n’sera jamais ma p’tite amie, qu’j’assumerais juste l’gosse qu’on a fait ensemble, qu’ça n’ira jamais plus loin. Et après, ouais, y’a aussi l’fait qu’j’sois assez pessimiste, maintenant, à c’niveau-là. Après tout, on a déjà eu notre lot d’mauvaises nouvelles liées à des grossesses, chez les Edgecombe, lot qu’a augmenté avec l’accident d’voiture. « Alors t’peux m’dire au nom d’quoi j’aurai dû t’le dire, à toi ? En souvenir du bon vieux temps ? ». Poussant un profond soupir, j’passe une main sur mon visage, espérant sans doute y faire partir un peu d’la hargne qu’j’éprouve en c’moment. Contre Jenny. Contre cette grossesse. Contre nos rêves avortés. Contre Elle. Contre moi. Ne m’souciant pas du fait qu’j’ai encore mal au visage, suite à la bagarre dans laquelle j’me suis jeté tête baissée, ces derniers jours. Tout ça, ça n’a aucune importance. Plus rien n’en a. « J’te l’aurais dit… ». J’secoue la tête, blasé, pour Lui tourner l’dos et m’remettre à ranger mes dessins. Bon moyen pour moi d’Lui signifier l’dédain qu’j’éprouve actuellement pour Elle, face à c’qui, à mes yeux, a tout d’un caprice, alors qu’nous n’savons même pas si nous pouvons considérer l’autre comme un ami ou comme une lointaine connaissance. Bon moyen aussi d’m’accorder quelques secondes d’répit, loin d’Son regard, alors qu’le mien a bien du mal à n’pas s’laisser envahir par les larmes. Dur d’garder son sang-froid quand votre cœur s’fissure un peu plus, chaque seconde qui passent, quand vous en êtes à vous demander si vous n’êtes pas en train d’vivre votre dernière conversation, sous forme d’dispute, avec la personne qu’vous aimez. Parce qu’dans l’fond, c’bien ça, qui m’fait l’plus d’mal, bien plus qu’la déception qu’a quelque peu filtré derrière Ses mots. Qu’j’ai pas su relever, mon esprit étant trop assailli par la colère pour remarquer quoi qu’ce soit. Et quand bien même j’l’aurai compris, pas sûr qu’ça m’aurait été d’une utilité quelconque. Comment pourrais-je seulement entendre d’la jalousie là où, à mes yeux, y’a plus d’sentiments à mon encontre, vu qu’Elle est parfaitement heureuse et épanouie avec Son fiancé ? « Si j’avais vraiment voulu t’virer d’ma vie, j’te l’aurais fait clairement savoir. J’savais pas qu’ton amnésie remontait aussi loin qu’ça… ». J’sous-entends très clairement un beau : « N’commençant donc pas à Son enfance et Son adolescence. » Mes paroles sont dures, aussi dures qu’sont mes gestes visant à rassembler mes dessins, qu’j’balance sans ménagement dans ma pochette, récupéré dès qu’j’Lui ai tourné l’dos et qu’j’me suis baissé pour ranger mon bordel. Un nouveau grondement s’fait entendre, tandis qu’l’orage résonne d’plus en plus fortement, à croire qu’il est à présent juste au-dessus d’l’hôpital. « Fais chier tiens… », qu’j’murmure, aussi bien en entendant c’raffut météorologique, qui laisse à entendre qu’on n’est pas prêts d’sortir d’ce maudit ascenseur, qu’en voyant l’état d’certains d’mes dessins, qu’face à c’qui vient d’être dit, d’Sa part, et d’la mienne. D’aussi loin qu’remontent mes souvenirs sur nous, bien avant même qu’on n’soit en couple, m’semble pas qu’on s’soit dit d’telles choses, qu’on ait connu une telle dispute….

Une fois d’plus, j’froisse un dessin, m’en foutant éperdument, alors qu’j’pousse un profond soupir, tentant d’me calmer un peu. D’oublier l’fait qu’mes lèvres paraissent brûler d’ce baiser qui n’a pas eu, et qui n’aura jamais, lieu. D’oublier l’fait qu’j’me sens engourdi, intérieurement parce qu’j’La sens si loin, et extérieurement parce qu’le manque d’Elle, c’que j’ne cesse d’éprouver pour Elle, m’étourdi, encore et toujours. D’oublier l’fait qu’il est à présent indéniable qu’Elle m’déteste, et qu’j’ai franchement même plus la force d’lutter contre ça. Après tout, tout revient dans l’état dans lequel ça n’aurait dû cesser d’être, suite à mon départ d’Londres. On va tâcher d’se convaincre qu’c’est p’têtre pas plus mal…. Mal au crâne, mal au cœur, mal à l’âme. J’pince fortement l’arrêt d’mon nez, comme pour juguler les larmes qui menacent d’débarquer. Larmes d’rage. Larmes d’frustration. Larmes d’souffrance. Pitié, qu’on m’sorte d’cet ascenseur, sinon, j’vais pas résister à l’envie d’me pulvériser la tête contre un mur… Quelques profondes inspirations, et ça va. Un peu mieux. C’toujours mieux que rien. Et j’crois qu’c’le mieux auquel j’puisse désormais prétendre, un simple « un peu mieux ». Nouvelle inspiration. Faut qu’j’me prépare à Sa réponse, à c’nouveau round qui s’profile, à cette fin d’notre relation… courage Raph, ça va aller. Un jour…. P'têtre....

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Sam 23 Juil - 19:25 )

Raëlle
Under the surface, wires are crossed. At any moment, I could go off. And I can't hold much longer keeps getting stronger. It's only a matter of time. I've living like a landmine waiting to explode, I'm ticking like a time bomb ready to go. I'm a danger to myself and everybody else. Under the pressure, I'm not okay. I live in denial, I bottle the rage. I'm ready to go. And I'm hurt. I'm alone. I'm depressed. And I hate myself. All because of you. And I hate you. I don't know why but I think I still love you. You are the only man I'll ever need but I just need some time for me to breathe. There's one thing that I hope that you can't see.


Comme quoi, aux yeux de certains, on a beau tout avoir sous la main et ne sourire que par obligation. Ma situation personnelle, analysée avec le retrait qu'impose mon amnésie, me place dans les personnes dont la vie est loin d'être difficile. En apparences pourtant, seulement. Mon rêve de gamine dont l'idée clé est un grand mariage des plus heureux est en passe de se concrétiser. Et pourtant, il est bon de séparer là le fait de me marier et la notion même du bonheur. Une saveur étrange et tellement différente que celle à laquelle j'aspirais. Le poids des doutes, des incompréhensions devient tellement lourd à mesure que le temps passe et que ma mémoire semble me revenir. Les médecins qui m'entouraient -dont Chris-, m'avaient dit et redit que les souvenirs peuvent me revenir -un mois, six mois ou même un an après mon réveil-, mais qu'ils pouvaient également ne jamais refaire surface. Si avant de venir vivre à Cap Harbor je n'avais pas pleinement conscience de ce manque constituant celle que j'ai été avant l'accident, me contentant d'être celle que je devais être, les choses ont changé. Et pas qu'un peu. Revoir Raphaël a été tel un ouragan dans ma tête, balayant progressivement des choses que je pensais acquises et qui constituaient un appui sur lequel je tentais de me reconstruire. Tout a volé en éclats. A partir de quand ? Je suis incapable de le dire. Si c'est dès notre première rencontre -assez difficile à vivre même si les paroles avaient déjà été prononcées par le passé, lorsque le sculpteur à quitter Londres. Mais là encore, elles n'ont pas eu la même portée qu'alors. Sans doute parce que j'étais prête à me lancer, tête baissée, à la poursuite de ma vie d'avant- ou si c'est plus récemment. Depuis ce regard déstabilisant lors de sa séance l'année passée ou même ce plantage qui en a découlé alors que je m'occupais de son dos. C'était comme si ce corps était le seul qui m'est été possible de connaitre, de reconnaître d'ailleurs, les yeux fermés. Ça peut paraître étrange comme idée, mais c'est un peu comme si mes mains prenaient, réellement, le chemin des souvenirs. Rien qu'en touchant cette peau. Rien que le souvenir de ce moment me colle des frissons des pieds à la tête. Et oui, clairement : ce n'est pas pareil avec Chris. De loin pas. A partir de ce moment, j'ai tenté de me mettre en tête que cet effet n'était que le contre-coup du retard accumulé par mon p'tit cœur qui, difficilement, sortait à son tour de son amnésie. Rien de plus, mais rien de moins non plus. Puis il y a eu ce baiser sur sa joue. Une envie démesurée de recommencer, une fois de plus. Et pourtant, j'ai du partir de là. Une sorte d'attirance incroyablement forte et loin d'être compréhensible, sur le moment se faisait trop présente, trop pressante. Sentir sa peau sous mes lèvres aussi brièvement que ce fut le cas m'a, très clairement, fait remettre bien des choses en question. Par la suite, il y a presque eut cette pseudo dépendance affective, émotionnelle voire.. amoureuse (?) que je me suis découverte rien qu'avec cette foule de messages échangés, surtout en soirée alors que j'étais sous ma couverture, Chris de l'autre côté du lit et le regard perdu. Pour la première fois, réellement, je ne me suis pas sentie à ma place. L'espace d'une seconde, je m'étais même dit que je n'avais rien à faire ici et que mon fiancé, quoique j'en pense à son sujet, demeure un inconnu pour moi. Ma conscience m'a imposé de prendre mes distances avec lui. Elle aussi, tout comme mon p'tit cœur, doit connaitre la vérité. Sauf que cette foule de mensonges autour duquel j'ai bâtie un semblant de vie ne me permet pas de m'y attarder plus que de raison. Cette nuit-là a d'ailleurs été la première à être tâchée de ces larmes prouvant à quel point je suis perdue et avec quelle force cette situation que je vis me pollue le quotidien, très clairement. J'avais besoin de ses messages. Sans doute même bien plus que ceux que m'envoyait Chris. Ses bonnes nuits avaient au moins le mérite de m'aider à fermer l’œil pour quelques heures d'un sommeil des plus agités. Loin d'être reposant, je marche les nerfs à vifs. La pâtisserie, et cette gaffe que j'ai tenté de camoufler au mieux alors que j'étais surprise d'entendre sa voix au téléphone, étant persuadée d'avoir appelé Chris. Ces regards échangés et ces pointes de jalousie respectives. Cet échange de cadeaux alors que même l'autre ne s'en doutait pas sans oublier cet énorme plateau qui a littéralement comblé ma gourmandise. On n'était pas que de simples amis. Etrange, mais fort plaisant. La vieille dame s'était pourtant bien plantée lorsque je suis revenue dans cet endroit seule pour chercher ce qu'on avait oublié. Et ce portefeuilles.. Avec cette écho de notre p'tit. Pourquoi, après autant de temps, il la garde encore ainsi ? Alors que, clairement, ça ne devrait plus être le cas puisqu'elle est bien censée être remplacée par une autre ? Voilà où j'en suis, aujourd'hui. Quelque chose m'échappe. Raph ne peut même pas dire qu'il la garde sous la main juste pour se rappeler du pseudo-calvaire qu'il vivait avec moi. Cette échographie était dans un état plus que parfait. Pas abîmée, pas encornée, rien. C'est certainement con à dire, mais il devrait pourtant être heureux de ne pas avoir ce p'tit dans les pieds, pas vrai ? Il va être remplacé par un autre. Et c'est surtout pour cette incompréhension-là que je lui en veux. Cette erreur de jeunesse comme, en gros, il a décrit ce p'tit n'a rien à y faire. Le cliché n'a pas sa place dans son portefeuilles. Il va dire quoi, lorsqu'il apprendra que j'ai connaissance de son existence ? Qu'il n'est, finalement, pas si étouffant que sa mère a pu l'être ? A ce sujet, j'ai beau retourné les brides de souvenirs qui me sont revenus dans tous les sens possibles et imaginables, si des échos lointains de disputes se montrent réels, le reste demeure si opposé à tout ça. Je ne sais pas ce qu'il attend de moi. Rien, très certainement.. Moi en tout cas, je n'attends qu'une chose de lui : qu'il me fasse comprendre que j'ai rien à faire dans cette ville et que je ferai mieux d'en partir pendant qu'il en est encore temps. Ecouter Sarah et James a été la pire des erreurs que j'ai pu faire de toute ma vie, très certainement. D'ailleurs, même s'il ne va pas le laisser entendre de façon plus ou moins claire, je n'ai pas envie de rester à Cap Harbor. Ce n'est plus qu'une question de temps. Là, très franchement, je ne peux pas et je ne veux pas rester. A bien y réfléchir, ça se voit par le fait que je ne cherche même plus un nouvel emplacement pour le cabinet. Ce serait très con d'en ouvrir un pour partir le lendemain. Bien pour ça aussi que je suis obligée de supporter les conneries de Jenny qui n'en finissent tout bonnement plus et qui sont nettement plus tolérables que ce qui se passe au fond de moi-même. Je pourrai arrêter de bosser. Mais j'en ai besoin. C'est la seule chose qui me fait du bien. Aucun besoin de reconnaissance n'est caché là-dessous, ce n'est pas ma façon de travailler. Pour être plus précise, j'ai juste besoin d'aider des personnes à aller mieux grâce à ce que je sais faire. Qu'elles reprennent, doucement, le court et le contrôle de leurs vies. Mes patients les plus observateurs et ceux qui viennent depuis un moment sentent qu'il y a quelque chose. Pourtant, la vérité ne dépasse jamais le seuil de mes lèvres et la moindre tentative de justification est bonne à prendre. Impossible de dire ce qui se passe réellement. Cela me laisserait une saveur bien trop insupportable en bouche.

Après, j'essaie de garder en tête ce que Sharon m'a dit ces derniers jours. « T'es pas la seule à souffrir dans cette histoire. » Je me doute bien qu'elle vise Raphaël en me disant ce genre de choses. Après tout, j'ai bien agit avec une impulsivité silencieuse qui ne me ressemble pas tellement. Il est évident qu'il ne doit pas comprendre pourquoi j'essaie de mettre de la distance entre nous -moi-même je ne le comprends pas-, mais je sais aussi que c'est inévitable pour moi, pour tenter de préserver le peu de choses qui me maintiennent en vie. Même si à bien y regarder, j'ai bien plus l'apparence d'un mort-vivant que celle d'une nana heureuse, qui s'apprête à se marier pour le meilleur et surtout pour le pire. Ma tante ne porte pas réellement Chris dans son cœur, voilà pourquoi elle ne parle pas de lui lorsqu'elle me dit que la douleur que je peux ressentir ne m'est pas propre. Combien de fois ais-je voulu répondre à ses message, combien de fois mon téléphone était-il dans ma main prêt à lui fournir une quelconque réponse à cette avalanche de messages qui passaient de l'incompréhension, à l'attente puis à la colère ? Pourquoi est-ce que j'ai seulement laissé les choses m'échapper de la sorte ? Qu'est-ce qui m'a donc pris ? Autant de questions dont les réponses, pourtant si évidentes, ne cessent d'alimenter cette rancœur que je ressens face à cette situation juste si.. ridicule. Je pourrais me contenter d'explications à la con pour justifier cette attitude que j'ai face à Raphaël. Mais, je n'en ai même pas envie. Je préfère nettement assumer ce que j'ai pu faire, moi, comme connerie durant toute cette semaine que de lui sortir un mensonge sans queue ni tête. S'il pense être le seul à se retrouver démuni face à cette semaine de silence, il se trompe complètement. Je l'avoue. J'ai agis avant tout pour moi sur ce coup. Pour une fois que j'ai tenté de limiter la casse pour ne pas continuer à chuter indéfiniment.. Son attitude oppressante et sa voix qui a des accents assassins sont autant de preuves de ce mauvais choix que je devrai voir. Et pourtant, je continue de regarder dans la mauvaise direction, me contentant de me dire qu'il n'agit que parce qu'il en a juste réellement marre d'être coincé dans cet ascenseur avec moi. Certes, je n'en mène pas bien large. Il m'est impensable de rester longtemps dans cet endroit sans le moindre moyen de prendre la fuite. J'accuse tout ce qu'il me dit. Je prends sur moi. De toute façon, il m'est impossible de répliquer quoique ce soit. Il ne m'en laisse pas le temps et même, chacun de ses mots serre un peu plus la prise sur mon pauvre petit cœur. C'est alors à mon tour de prendre la parole. Je n'hésite pas à enchaîner les phrases que j'ai tenté, minutieusement, de garder en tête en réponse à chaque phrase qu'il a prononcé. A se demander pourquoi je tente de lui parler d'ailleurs, puisqu'il ne trouve rien d'autre à faire que de se marrer. Et finalement, je lui fait tout de même comprendre que j'ai pris connaissance de certaines choses. Mais pas de sa part, alors que cela aurait été bien plus.. logique et normal, non ? Il ne me doit rien, certes. Sauf qu'à ce compte-là, je ne lui dois rien non plus. Et cette tentative d’amorce d'explication se trouve être raillée, tout simplement. Ça donne vraiment envie de continuer à s'en prendre plein la face, pas vrai ? Mes yeux n'osent même pas se poser très longtemps sur lui, se trouvant être obligés de se déporter régulièrement avant de revenir à la charge. Son attitude ne m'échappe pourtant pas. J'ai beau ne pas avoir le regard rivé vers lui, je devine facilement -trop même- ce qu'il peut bien faire. Et c'est très déroutant.. Même si ses yeux lancent toujours des éclairs de colère, il semblerait que j'ai tapé à un endroit assez sensible vu la tête qu'il fait lorsque je balance l'existence de cette grande nouvelle. Voyant qu'il est prêt à enchaîner, j'estime ne pas en avoir fini avec ce que j'ai à dire. Là, cette colère soulevée juste avant prend des teintes de presque déception, c'est juste un vrai crève-cœur que de lui balancer tout ça. Et franchement, je n'ai même pas envie d'avoir la moindre réponse à tout ça. Je m'en fous -on y croit-. J'abats mes cartes les unes après les autres, loin d'avoir la pioche qui me garantis une victoire rapide et presque sans douleur. C'est même loin d'être le cas. Je ne suis pas bien, vraiment pas bien. Et je pense, forcément, à ce p'tit qui aurait eu l'étiquette de non voulu sur le front alors que..

Tout ce que j'ai gardé en moi vient d'être lâché. Malgré tout, je ne me sens de loin pas mieux ni plus légère, c'est même tout le contraire. Mon manque de sommeil et mes nuits écourtées n'aident en rien, pas plus que cet énervement soudain, cette façon de perdre pieds.. Ma chute redouble même d'intensité. J'en suis à devoir fermer les yeux pour ne pas m'effondrer dans ce foutu ascenseur que je ne prendrai tout simplement plus jamais. Pas besoin d'ouvrir les yeux pour le sentir s'approcher de moi. Qu'est-ce qu'il me veut donc ? « Mais ta gueule ! » Pas besoin de plus pour que tout mon corps réagisse à de tels mots. Ma tête, alors légèrement baissée se redresse, mes yeux s'ouvrant dans la foulée. A-t-il seulement balancé ces mots pour le plus grand des délires ? Ou.. Il y a à nouveau cette sensation d'étouffer. Mais non plus du simple fait de se retrouver au mauvais endroit, avec la mauvaise personne. Non. Là par contre, il m'est tout simplement impossible de détourner le regard du sien tellement il s'y trouve ancré comme si cette simple phrase et ce qui l'entoure peut être la clé de tout ce bordel. Sauf que son attention dérive rapidement. Je sais où. C'est d'ailleurs pour ça que j'en viens à me mordre l'intérieur de la lèvre tout en espérant qu'il ne l'ait pas remarqué. J'en suis même obligée de me baffer mentalement pour ne pas oublier de respirer tellement j'ai l'impression d'être en apnée, littéralement dépendante de ses lèvres à lui. Je résiste pourtant, ne cessant de maintenir mon regard à flot alors que le sien sombre sur les miennes. Il se rapproche, toujours plus. Pour garder le contrôle de mes mains, je les plaque instinctivement contre cette paroi d'ascenseur derrière moi. Qu'est-ce que j'en ai envie. Son souffle chaud sur moi me réchaufferait presque à lui seul -et oui, la bonne idée de n'avoir pas pris sa veste-, me caressant sans même qu'il n'ait à poser l'une de ses mains sur moi. J'ai beau être énervée comme pas possible contre lui et contre moi-même, je n'attends que ça avec une impatience qui gronde de plus en plus. Une chose qui n'aura pas lieu. Mon p'tit cœur qui s'était approché d'une possible porte de sortie face à tout ce bordel se retrouve être propulsé en arrière, dévalant les marches qu'il venait de gravir en quelques secondes en se rétamant de tout son long en sentant et en entendant son poing s'abattre près de moi. Un geste qui m'arrache un puissant frisson alors que mon regard se brouille dangereusement, illustrant ce sentiment de perdition qui se retrouve être accentué par ce Ta gueule ! loin d'être complet et qui me laisse sur une frustration qui n'est que décuplée associée à la fébrilité du moment. Son « T’fais chier ! » résonne dans ma tête. Là, pour le coup, j'ai nettement plus de mal à croiser son regard. Le mien est bien trop faible pour cette nouvelle lutte. Je n'en peux plus ! Je suis littéralement à bout. Que quelqu'un nous sorte de là.. Il finit par s'éloigner. Mon p'tit cœur est dévasté. « T’comprends rien ! » qu'il me dit en me tournant le dos, donnant un coup de pied dans sa pochette. Là, oui clairement, je ne comprends vraiment plus rien. Pourquoi est-ce qu'il est dans cet état, alors qu'il devrait juste s'en foutre de moi ? Ce n'est pas ce qu'il a mis dans son dernier message ? Et ce qui vient de se passer, là, concrètement.. Ca rime à quoi ? A force de glisser contre cette paroi, je vais juste finir par m'asseoir en m'appuyant contre elle. Elle sera mon appui physique, à défaut d'en avoir un autre pour me guider dans cette recherche de celle que j'ai été. « J’vais quand même pas m’excuser d’vivre ma putain d’vie comme j’l’entends, nan ? » Je lui lance un regard, baissant ma tête. Sincèrement, on doit donner l'impression de faire le concours de celui qui en met le plus dans les dents de l'autre tout en frôlant le ridicule. Et pourquoi, à cette question-là, je serai bien capable de lui dire qu'il devrait y songer ? Vivre sa vie comme il l'entend. Si c'est en étant avec plusieurs nanas à la fois, ouais. Je comprends mieux dans quel sens je pouvais l'étouffer. Soupirant un bon coup, je laisse ma tête se reposer contre cette foutue paroi, levant le regard vers ce plafond qui me donne l'impression de confiner l'espace à mesure que le temps passe. « R’marque, ça fait un moment qu’c’est l’cas ! » Si je n'étais pas aussi au bout du rouleau, j'en rirais. Encore une allusion à mon amnésie ou je rêve ? Il ne se rend pas compte que je pars en croisade pour retrouver la mémoire et que c'est loin d'être aussi facile que ça ? J'ai beau claqué des doigts, ça ne revient pas plus vite. « J'te fais chier, je ne comprends rien.. C'est bon, y'a rien d'autre à ajouter à ces compliments si touchants ? » que je lui fait remarquer en levant les mains comme un meurtrier coincé par les flics. S'il veut ajouter des choses, la liste est certainement loin d'être complète. J'ai encore un peu de marge niveau poids sur les épaules. Non, mais si ça le rassure de tout me mettre dans la face, il peut y aller. Je ne suis plus à ça près. Mais qu'il ne s'étonne pas si tout finit par dégringoler à force d'en entasser. « T’peux m’rappeler c’que t’es, pour moi, à part rien ? » Fermant à nouveau les yeux, j'en viens à me demander si je ne suis pas devenue asthmatique depuis ce Ta gueule incomplet. Bouche ouverte, mais incapable de répondre, je sursaute presque en entendant le choc pochette à dessins vs paroi d'ascenseur. Il veut faire quoi, là ? Secouant la tête de gauche à droite, mes yeux repartent admirer le plafond. Bon, d'accord. J'avoue que ma curiosité me pousse à lancer quelques coups d’œil vers les dessins éparpillés. A peu de choses, je me serai bougée pour l'aider à tout remettre en ordre. Sauf que là, je n'ai vraiment pas envie de me prendre cette pochette sur le sommet de la tête, hein. Et voilà qu'il repart pour un tour, me faisant à nouveau face. « Même ma famille n’est pas au courant, putain. Pas plus qu’Gab ou Erin… » Phrase qui me fait arquer un sourcil. Sa famille et même Erin ne sont pas au courant ? Pourtant, de ce que j'ai pu me souvenir concernant ma propre grossesse, il n'était pas aussi patient. C'est quoi ce délire, sérieusement ? « J’voulais pas leur faire l’coup du « Y’a un nouveau Edgecombe qui va débarquer ! » pour qu’ça finisse comme l’autre fois ! » Ouais, l'erreur quoi. L'autre fois. Une parmi tant d'autres, certainement. Il faudra alors qu'il m'explique pourquoi il garde cette foutue écho dans son portefeuille alors même qu'il ne trouve pas de terme plus sympa que ça pour le désigner. Un coup de plus qui déchire mon pauvre palpitant. Finalement, je finis par m'asseoir. Complètement exténuée de tout ça. Il portait réellement si peu de crédit à ce nous qui parait me manquer plus qu'il ne lui manque à lui ? « Alors t’peux m’dire au nom d’quoi j’aurai dû t’le dire, à toi ? En souvenir du bon vieux temps ? » Le voile devant mes yeux ne cesse de gagner en intensité alors qu'ainsi posée, mon paquet de cigarettes et mon téléphone, dans mes poches arrières, me gênent plus qu'autre chose. Je finis alors par les dégager de là pour les poser -sans grand ménagement, certes- à côté de moi. Disons aussi que ça me sert de distraction pour ne pas avoir à répondre dans la foulée à ce qu'il vient de m'envoyer. Repliant mes jambes, je les entoure de mes bras. Pour me protéger. De toute cette discussion fortement désagréable, de cette culpabilité plus que présente qui m'assaille alors qu'au final, j'y peux rien d'avoir du mal à me souvenir de ce qu'il a pu y avoir avant cet accident, mais aussi de l'orage qui continue de gronder dehors et de ce froid que je commence seulement à ressentir après tout cet énervement dont j'ai fait preuve. « J’te l’aurais dit… » Reportant mon regard vers le sculpteur, je sais très bien qu'il n'est pas du genre à dire des choses pour faire plaisir à quelqu'un d'autre alors qu'il n'en pense pas le moindre mot. Mais quand même, cet aveu est en contradiction avec ce qu'il m'a dit tout juste avant, non ? Quand est-ce qu'il me l'aurait dit ? Alors que je le croise à se promener avec sa nana et son gamin ? Non. En fait, c'est peut-être mieux comme ça. S'il n'en parle même pas à sa famille ou à sa meilleure amie, comme il l'a dit, pourquoi il m'en aurait parlé à moi ? « Si j’avais vraiment voulu t’virer d’ma vie, j’te l’aurais fait clairement savoir. J’savais pas qu’ton amnésie remontait aussi loin qu’ça… » Mes yeux ne cessent de se charger. Je crois qu'ils ont déjà trop pleurés ces derniers temps pour avoir su déverser quelques larmes bien avant. L'avantage que j'ai eu en grandissant avec mon père et ses coups, c'est que je sais garder le silence. Même lorsque ces larmes se mettent à tracer leurs sillons le long de mes joues. Voilà la première appelée. La première à être détestée et balayée d'un revers de la main. Je me sens tellement ... minable et paumée. Levant la tête vers le plafond de cette cabine, j'en deviens encore plus déprimée en constatant qu'on n'est vraiment pas prêts de sortir de là. « Fais chier tiens… » Je ne pourrais rien dire de mieux que ça. Alors qu'il s'occupe de rassembler ses dessins, j'en profite pour me calmer et surtout pas continuer sur cette lancée. Ce serait fatal sinon.

La tête reposant contre mes genoux, je laisse passer quelques secondes voire quelques minutes dans un silence presque total n'étant ponctué que par le bruit de ces dessins retrouvant leur pochette protectrice. Finalement, l'une de mes jambes glisse un peu jusqu'à s'étendre. Mon étreinte et support n'étant constitué plus que de l'autre, retenue prisonnière bien malgré elle. Une chance que je n'ai pas pour habitude de me mettre une douzaine de pots de peinture sur la face comme le font les trois quarts des nanas. Ces larmes échappées, preuve de mon abattement le plus total, ne devraient pas me laisser un masque de panda géant. Soupirant, je relève la tête vers lui. Ma voix, toujours un peu irritée, est tout de même plus calme et surtout moins forte. Je ne sais même pas quoi dire. Je ne sais plus. « J'suis ravie de savoir que tu t'sens mieux depuis que tu n'as plus à m'avoir dans les pieds. » N'allez pas me reprocher un peu d'ironie tout de même. Bien entendu, c'est en rapport avec le fait qu'il ne soit plus obligé de me supporter à longueur de temps, lui laissant ainsi la possibilité d'avoir repris le chemin flamboyant de son inspiration que je lui ai sois-disant volé. Mais, j'émets aussi l'idée qu'il n'ait pas à vivre avec ce gamin qu'il ne voulait apparemment pas, ayant celui qu'il désire maintenant. Soupirant, j'en viens à me saisir de mon briquet dans le paquet. Juste pour le faire tournoyer entre mes mains, rien de plus. Je ne suis pas une pyromane, tout de même ! Mais, il faut que je m'occupe. « T'veux savoir pourquoi je ne t'ai pas répondu ? » que je lui dis alors, le regardant brièvement, avant de reporter mon attention sur mon briquet. « Pour ne pas t'étouffer à nouveau. T'es heureux avec ta brune, tant mieux pour toi. Ou tes remarques, semblerait que ce soit plus juste. T'es même plus obligé d'te faire voir à côté d'une blonde. Tout bénéf' pour toi. » Pas de nombreux messages, c'est la base pour ne pas se montrer étouffante, non ? Comme il l'a dit, je ne suis personne pour lui faire la moindre remarque sur sa putain de vie. Je dresse simplement une sorte de constat, reprenant en gros, les dégâts du moment. Et ouais, je ne la supporte clairement pas cette connasse de la pâtisserie. Remarquez, il y en a une de plus maintenant dont la moindre pensée à son égard me donne envie de vomir, à défaut d'autre chose nettement moins acceptable d'un point de vue légal. Et ça, sans même en comprendre les réelles motivations. Relevant à nouveau le regard vers le sculpteur, j'ajoute dans la foulée. « Evidemment, j'sais très bien que tu m'dois rien. Que t'as pas envie de m'aider à m'en sortir vu qu'tu préfères largement que j'oublie ce qui a pu se passer, le message est bien compris. Mais.. » Et pourtant, hein .. J'essaie de m'y accrocher, allant exactement à l'inverse de ce que je lui dis. Il est le seul capable de m'aider à me retrouver. J'en suis plus que convaincue. Il n'y a qu'à voir l'effet dévastateur de ce Ta gueule loin d'être complet. Encore plus maintenant, en sentant que ça se débloque -beaucoup trop- calmement. Vous continuez de la sentir, cette ironie du coup ? Encore plus calmement, j'en suis à lui confier, à nouveau, ce que je lui ai dis lors de notre rencontre dans cette ville. « ... je sais que toi, tu le peux. Mais bien entendu, faut que j'me débrouille seule, ça devient habituel. » Et crois-moi, ce n'est pas facile. Mais ça ne change pas. Et je ne compte vraiment pas sur Chris pour m'aider à tout ça. Bon. Même si je m'efforce de rester calme tout en lui parlant, je continue de bouillir intérieurement suite à tout ce qui s'est passé jusqu'à présent dans cet ascenseur et les quelques minutes tout juste avant. Heureusement que je n'ai pas aperçu le visage triomphant de l'autre décérébrée.. Il est clair que ça m'aurait mise encore plus mal. Oui, c'est possible.

Finalement, je laisse passer quelques minutes supplémentaires sans rien dire. Je suis paumée, énervée, déçue et anxieuse. Sans doute bien d'autres choses en plus, mais ce sont les premiers mots qui me viennent en tête. Restant assise, presque dans le coin de cette foutue cabine, je range ce fameux briquet en ayant marre de jouer avec. Maintenant que ma tête est libérée de certaines choses, la peur de cet orage au-dessus de nous devient plus forte. Comme quoi, dès qu'on pense en avoir finit sur un sujet, il y en a un autre pour prendre la relève. Et pas forcément plus réjouissant. « C'est vrai, t'as raison. Je n'aurai pas dû réagir comme ça. » que je lui indique dans un aveu pour le moins bien sincère. J'ai merdé. Complètement. Mais comment aurais-je dû réagir sur le moment ? Je ne sais pas. Vraiment pas. « Même si tu t'en fous, il faut quand même que je m'explique sur mon départ du cabinet, samedi dernier. » Le jour où tout a commencé. « Quand t'es arrivé, Jenny m'a envoyé un mail directement pour me dire.. ça. J'savais pas comment réagir une fois face à toi, encore moins avec l'autre à côté. » Et donc, j'ai préféré fuir. Le plafond me semble être d'un immense intérêt à nouveau, alors que ma main gauche se pose sur mon autre poignet, jouant ainsi avec mes bracelets. « Tu me reproches de t'avoir mis de côté, cette semaine. J'peux pas dire que c'était l'idée du siècle. Pourtant, c'est aussi ce que t'as fait, dans un sens, en laissant à Jenny le soin de te devancer. » Pourquoi mon soudain silence l'emmerde autant que ça s'il n'en a véritablement rien à faire de moi ? Cette question risque de demeurer sans réponse, malheureusement. J'en ai conscience, mais c'est difficilement supportable. Finalement, je ne sais pas ce qui serait le mieux passé en apprenant tout ça, en comprenant qu'il n'a réellement pas besoin de moi dans sa vie. J'ai froid, je suis crevée, je suis épuisée et totalement à bout. Je suis terrorisée par l'orage, dehors. Et angoissée à l'idée de sortir de là encore plus perdue que je ne l'étais en entrant dans cet ascenseur.

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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Lun 24 Oct - 18:58 )

Raëlle
J’guérirai pas de cet amour. T’m'as pris ma lumière, ma sève, ma confiance. Mes jours sont vides, ma vie est morte. J’fais juste semblant. D’sourire, d'écouter, d’répondre aux questions. Tous les jours, j'attends un signe, un geste. Qu’tu m’délivres d’ce trou noir dans lequel t’m'as laissé et qu’tu m’dises pourquoi. Pourquoi m'as-tu abandonné ? (Citation remaniée de G. Musso, pour coller mieux à Raph).


Samedi 16 avril, milieu d’après-midi :

Tout en essayant d’ranger mes dessins, j’tente d’oublier les dernières minutes. D’oublier l’baiser qu’j’rêvais tellement d’Lui donner qu’j’ai faillis céder à mon impulsion. D’oublier l’incompréhension qu’j’ressens quant à Son reproche sur l’fait qu’j’L’ai pas mise au courant d’la grossesse d’Loan. D’oublier la situation qui fait qu’on est tout seuls dans c’maudit ascenseur, qu’l’orage gronde et qu’ça doit sans doute contribuer à mettre Ses nerfs à vifs. D’oublier qu’j’ai l’sentiment d’étouffer, un peu plus à chaque seconde, à cause d’la tension qui règne ici. D’oublier qu’en dépit d’mes efforts, j’peux simplement pas L’oublier, et qu’cette certitude n’cesse de m’anéantir, doucement mais sûrement. D’oublier la conviction qu’j’L’ai blessée, aussi bien d’par le passé qu’au cours des minutes écoulées. La seule chose qu’j’m’efforce d’garder en tête, c’qu’j’fais c’qui doit être fait. Pour Elle. D’toute façon, quand bien même j’tenterais d’La reconquérir, ça n’marcherait pas. Elle est déjà prise, fiancée, et préparant Son mariage. Si y’a des nanas qui s’dérangent pas d’tromper leur fiancé, ou d’les quitter avant l’mariage, c’pas Son cas. Elle a bien plus d’morale qu’la plupart des personnes qu’il m’ait été donné d’voir. Elle en a incontestablement bien plus qu’moi, qui serais prêt à tout pour la détourner d’Son mec, si j’savais qu’Elle n’était pas heureuse avec lui et qu’j’pouvais encore – et véritablement – La rendre heureuse. Mais il n’en est rien. Cette époque, si tant est qu’elle ait réellement existée, est définitivement révolue. J’profite du silence qui prend place dans la cabine pour remettre de l’ordre aussi bien dans ma pochette à dessins qu’dans mon esprit. Ca s’voit pas, mais j’suis aussi amoché (et plus qu’physiquement) qu’mes dessins qu’j’ai récemment malmené. ‘fin, disons qu’mentalement, la blessure est infichue d’guérir, vu qu’y’a toujours un truc pour la titiller un peu plus, toujours plus profondément. Une certitude vient d’m’éclater à la gueule : j’guérirai pas d’l’amour qu’j’Lui porte. Jamais. J’peux très bien quitter c’pays dès demain, pour m’éloigner d’Elle, définitivement, mais ça n’y fera rien. Ca n’a déjà pas marché quand j’ai quitté l’Angleterre. Mais ça sera encore pire maintenant. Parce qu’j’L’ai revu. Parce qu’j’ai – partiellement – refait parti d’Sa vie, et Elle d’la mienne. Parce qu’j’ai – en quelque sorte - regoûté à la douceur d’Ses étreintes et d’Ses baisers. Parce qu’j’avais – presque – commencé à m’défaire d’Elle et d’Son emprise sur moi, et qu’tout a volé en éclats. Simplement au cours des derniers mois, d’nos entrevues, des SMS échangés, d’Sa proximité brûlante… Insidieusement, sans qu’j’vois rien venir, et sans qu’j’puisse rien faire contre, Elle s’est réimposée à moi. C’ainsi qu’peu à peu, Elle a réussi à s’déloger du p’tit espace d’mes pensées dans lequel j’L’avais mise, pour éviter d’trop ressasser notre histoire. Insensiblement, Elle a ainsi regagné d’la place, dans mon crâne, emplissant peu à peu – comme autrefois – la plupart d’mes pensées. J’ai l’impression d’me retrouver projeté des années en arrière, quand Elle était avec mon frangin, et qu’Elle monopolisait déjà, et mes pensées, et mon cœur. En somme, rien d’neuf, mais c’chiant. C’chiant car ça m’a demandé du temps, mais aussi beaucoup d’volonté, pour parvenir à Lui faire perdre un peu d’l’emprise qu’Elle avait sur moi, accumulée au fil des années passées à grandir ou simplement à vivre, à Ses côtés. J’pensais qu’j’pourrais gérer l’fait qu’Elle s’soit installée ici, mais aussi l’fait qu’Elle ait décidée – pour une obscure raison – d’renouer avec moi. Mais j’ai présumé d’mes forces, comme l’atteste mon craquage, quant à Son silence radio d’la semaine écoulée. J’peux supporter d’me voir écarté d’Sa vie, reléguée au rang de… simple connaissance ?... semblant d’ami ?... fantôme d’Son passé ?.... mais pas d’La voir m’traiter d’la sorte, alors qu’Elle sait, qu’Elle doit savoir qu’c’un truc qu’j’supporte franchement pas… Néanmoins, comme ça a été dit un peu plus tôt, Sa mémoire n’a visiblement pas retrouvé grand-chose en c’qui m’concerne, pour qu’Elle n’s’souvienne pas d’ça… Pensée peu agréable. Pensée terriblement douloureuse, quand j’prends conscience qu’ça m’blesse. Qu’une partie d’moi n’cesse d’vouloir croire qu’Elle puisse m’revenir un putain d’beau jour. Fichue partie qu’j’ai tenté d’étouffer d’tout mon être en partant d’l’Angleterre, et qu’est revenue. Avec Elle. S’réinstallant en même temps qu’Elle envahissant d’nouveau l’intégralité d’mes pensées. Mais, l’pire, c’que j’tente véritablement d’oublier, c’Sa réaction, lors d’la folie qu’j’ai failli commettre. Son corps qui semblait un peu trop réagir en adéquation avec le mien. Sans oublier qu’elle paraissait s’être redressée quelque peu, comme elle l’faisait avant, pour compenser l’important écart d’taille qu’existe entre nous. Et la lueur qu’y’avait dans Son regard, quand j’l’ai croisé, après m’être ressaisi. L’espace d’quelques brèves secondes, quand j’ai planté mon regard dans l’Sien, avant d’frapper la paroi derrière Elle, il m’a semblé voir un éclat qui m’était autrefois bien familier, briller dans Ses yeux. J’le voyais l’illuminer, bien souvent, quand on jouait avec les nerfs et la patience d’l’autre, dans nos p’tits défis à la con. Souvent, y’avait d’l’impatience aussi, quand j’craquais pas assez vite à Son goût, et qu’j’parvenais à marquer un nouveau point, La forçant à choisir entre déclarer forfait, ou continuer notre p’tit jeu. Mais j’ai dû l’rêver, cette frustration familière n’a pu naître dans l’azur d’Ses yeux. J’n’ai vu que c’que j’voulais voir. Et bordel, qu’est-ce qu’j’voulais voir Ses yeux s’illuminer ainsi. Sans doute plus qu’j’ai jamais pu vouloir quoi qu’ce soit. Faut bien qu’j’l’admette : c’regard, j’l’attends depuis notre entrevue à la boulangerie, depuis qu’Elle m’a pris dans Ses bras. Ca a été comme si la connexion qui nous unissait autrefois avait commencé à revivre, durant ces quelques secondes, d’manière lointaine, telle une lumière tentant de fendre l’obscurité la plus complète, y parvenant brièvement, avant d’s’éteindre d’un coup sec. Et j’peux pas m’permettre d’laisser d’telles pensées – tristement rêveuses – s’incruster dans mon esprit. C’sont d’telles pensées qui m’ont fait quitter l’Angleterre, quand j’ai réalisé qu’j’courrais après une chimère, qu’la femme dont j’étais amoureux était bel et bien là, en quelque sorte, mais qu’Elle n’était plus vraiment Elle-même, et, pire qu’tout, qu’Elle en aimait un autre. En dépit d’tous les efforts du monde, Elle ne m’reviendrait pas. J’peux clairement pas retomber dans un tel cercle vicieux, ça signerait l’début d’ma – nouvelle – chute en Enfers. Celle à laquelle j’ai réussis à réchapper, d’justesse, durant mon séjour en Irlande. J’peux pas m’permettre d’retomber dans c’merdier. Et pour ça, c’est simple : j’dois virer l’espoir qu’Elle retrouve la mémoire, dès qu’il commence à poindre en moi. Parce qu’contrairement à c’qu’on dit, l’espoir, ça n’fait pas vivre. Loin d’là ! L’espoir, ça tue. Avec une lenteur insoupçonnée, mais ça tue. Parce qu’tôt ou tard, vous finissez par prendre conscience qu’tout c’qui vous fait tenir, c’est un vulgaire espoir, et qu’ça n’deviendra jamais autre chose qu’un espoir. Et c’constat, ça vous tue, plus certainement qu’n’importe quelle maladie, car n’vivre qu’pour une illusion, ça n’vous fait pas tenir bien longtemps, une fois qu’vous avez ouverts les yeux sur ça. D’autant plus si vous avez vraiment espéré fortement avant d’réaliser cette triste vérité… J’ai failli perdre l’esprit, littéralement, la seule fois où j’me suis laissé aller à une telle – et vaine – espérance. Ca s’est terminé en Irlande, avec des soirées excessivement alcoolisées, un p’tit voyage au pays non pas des Merveilles, mais des substances illicites, accompagné d’une plongée dans l’monde des combats clandestins. Mais ça a commencé bien avant. Tout est parti d’paroles qu’j’avais entendu, à peu près 4 mois après Son réveil, alors qu’j’allais, comme tous les jours, Lui rendre visite. La porte d’Sa chambre était légèrement entrebâillée, c’qui laissait passer c’qui s’y disait. C’ainsi qu’j’L’ai entendu, sans chercher à l’espionner, j’m’apprêtais juste à frapper à la porte, S’confier à une d’Ses amies. Sur Ses sentiments. Non pas envers moi, mais envers Chris. J’ai tenté d’garder la tête haute, les jours qu’ont suivi cette confession « volée », mais c’ne fut pas facile. D’autant moins qu’par la suite, j’sais pas si c’parce qu’j’y faisais bien plus gaffe à présent ou juste parce qu’il passait à la vitesse supérieure, j’ai pu constater qu’l’enflure d’doc et Elle s’rapprochaient d’plus en plus. Il n’était pas rare qu’il soit déjà dans Sa chambre, quand j’allais La voir, ni qu’il débarque, alors qu’j’étais occupé à tenter d’L’aider à S’souvenir d’Son passé. (Tentatives qui s’soldaient toujours d’échecs, et ça n’cessait d’me tuer, même si j’savais que ça pourrait prendre du temps pour revenir, si tant est qu’ça revienne un jour…) Parfois même, j’les voyais déambuler dans l’couloir, échangeant des sourires et des rires complices. Immanquablement, j’tentais d’faire comme si ça n’m’atteignait pas, revêtant la carapace qu’j’avais partiellement délaissé à Son contact. Il m’arrivait souvent d’écourter mes visites, lorsqu’il débarquait à l’improviste, feignant qu’d’autres occupations m’attendaient ailleurs. Une scène bien particulière, surprise entre l’doc et la kiné, m’a cependant bien fait craquer, précipitant mon désarroi, le rendant bien trop vivace pour qu’j’puisse le retenir. J’les ai vu, tous les deux, à la cafét’ d’l’hosto. Elle riait à gorge déployée, à une blague qu’il venait visiblement d’Lui sortir. L’genre d’rire qu’j’n’avais pas réussi à Lui arracher, depuis Son réveil, en dépit d’mes efforts.  Et ce, même avant qu’Elle n’commence à s’éloigner – étrangement – d’moi. J’avoue qu’j’ai pas cherché, sur l’coup, à La retenir, m’disant qu’il Lui faudrait du temps, tout simplement, pour s’faire à l’accident, à la mort d’notre enfant, et aussi, pour m’pardonner d’n’avoir pu éviter c’maudit accident. Tout en riant, d’un geste qui paraissait si naturel entre eux, Elle lui a remis son col d’chemise en place. Comme Elle l’faisait parfois avec moi, avec la tendresse qui Lui était propre. Ils paraissaient si proches, et complices, c’jour-là, qu’ma raison, jusqu’à là chancelante, s’est effondrée. J’ai fait demi-tour, et m’suis rendu dans l’appart’ qu’nous partagions autrefois. J’ai alors laissé ma rage s’extérioriser, dans c’qu’aurait dû être la chambre d’notre fils, détruisant l’mobilier, balançant sans ménagement les affaires contenues dans les meubles, m’amusant même à éventrer certaines peluches. Bien qu’la pièce ait été dans un désordre infernalement sans nom, j’n’étais pas plus calmé qu’à mon arrivée. Il restait un pot d’peinture dans la pièce. Peinture qu’j’ai aussitôt balancé contre l’mur, observant ainsi l’rouge s’répandre sur la fresque qu’nous avions continué ensemble, juste avant l’accident. Pot qu’j’ai ensuite envoyé violement contre l’armoire, explosant ainsi la glace qui s’y trouvait. Estimant qu’la chambre était encore trop propre, et qu’on voyait encore bien trop les dessins qu’j’y avait peins, j’suis sortie d’chez moi, sans même attraper quoi qu’ce soit d’chaud, alors qu’nous étions mi-novembre. C’donc simplement vêtu d’un jean et d’une chemise qu’j’ai pris la direction d’la boutique d’bricolage du quartier, dans l’intention d’m’assurer un stock conséquent peinture. Il m’était nécessaire d’dissimuler ainsi tout c’qui avait été fait pour c’gosse qui n’verrait jamais l’jour. Plus encore d’camoufler c’te foutue courbe qu’on avait fait, mois après mois. Sa silhouette, d’profil, l’dos toujours placé au même endroit, afin d’voir l’évolution d’la taille d’Son ventre. Avec la date et Son tour d’ventre notés à chaque fois. Parce qu’on voulait garder une trace d’tout ça, et maintenant, j’veux juste plus jamais voir c’merdier… A un moment, il m’a donc fallu traverser la route, pour mes achats. Sauf qu’j’étais bien trop furieux, blessé, détruit et démoli pour faire attention à d’telles choses. J’voyais plus rien. Rien hormis mon monde qui s’écroulait, un peu plus fortement et violement, d’jours en jours. Ca avait commencé avec une dizaine d’briques qui chutait par jour, mais là, on en était à une centaine d’briques qui s’effondrait, toutes les heures… Ma vie partait en lambeaux, dans un raffut d’plus en plus assourdissant, soulevant un paquet d’poussière au passage, c’qui m’rendait aveugle à tout l’reste. Aveugle et sourd à tout c’qui m’entourait, j’l’étais d’plus en plus, chaque jour, et ça empira, c’jour-là. En fait, suite à c’jour-là, ça allait en périodes de vagues : des moments où j’étais partiellement ancré dans la réalité, et d’autres qui survenaient, sans prévenir, où j’étais totalement déconnecté. Conscient d’l’être, mais j’m’en foutais totalement ! Ma 1ère « crise » eut donc lieu alors qu’j’traversais la route. J’ai eu comme un temps d’arrêt. Les oreilles bourdonnantes d’ma vie qui s’écroulait bruyamment. La vision obscurcie par l’rouge du sang qu’Elle a versée suite à l’accident. Les mains engourdies par les heures passées à creuser une tombe ridiculeusement minuscule, et dont d’rares personnes sont au courant d’l’existence. La bouche pleine d’l’amertume blasée du mec impuissant face au coma d’la femme qu’il aime et d’la perte d’leur enfant qui n’naîtra jamais. Y’a qu’lorsqu’j’ai entendu un vif : « Raph, putain, tu peux pas regarder où tu vas ? », hurlé dans mes oreilles, par mon père qui m’avait vigoureusement poussé d’là, qu’j’suis revenu à moi. Retour aux sons d’la ville. Et vision d’la voiture qu’avait failli m’percuter. L’conducteur n’s’est pas gêné pour m’klaxonner et m’injurier. Quelques badauds m’regardaient d’un air désolé, à croire qu’j’avais tenté d’me suicider sous leurs yeux. Et mon père, qui m’secouait, désireux d’me faire revenir réellement à moi. D’un geste vif, sans rien dire, j’me suis détaché d’lui : « Fous-moi la paix !  », mots lancés avec autant d’hargne qu’j’ai mis pour m’dégager d’son étreinte. Après un soupir blessé, mon père, qu’était certainement d’passage pour voir sa femme, a pris la parole : « Pas tant que tu m’auras pas dit c’qui s’passe dans ta tête pour qu’tu sois à 2 doigts d’te retrouver d’nouveau à l’hosto ! », protesta-t-il, une pointe de désarroi dans sa voix. Sans doute ne savait-t-il pas quoi faire, en m’voyant aussi mal. J’ai détourné l’regard d’son visage, voyant l’reflet du mien sur la vitrine d’la boulangerie, à proximité J’me suis jamais vu aussi pathétique qu’ça. On aurait dit un véritable fou, avec mes yeux bouffis et rougis par les larmes, mélange d’toutes les émotions qu’j’avais éprouvés ces derniers mois, mes cheveux ébouriffés du mec qui fait même plus l’effort d’se coiffer depuis plusieurs jours, mes cernes qui m’vieillissaient et attestaient du sommeil qui m’fuyait, l’teint blafard du type qui voit plus trop l’soleil ces derniers temps, sans oublier la barbe qui m’mangeait littéralement l’visage, faisait d’moi un véritable ours, aussi grognon qu’perdu. J’avais même des tâches d’peinture sur ma chemise ainsi qu’mon jean, et quelques-unes sur mes mains. Bref, j’avais vraiment une sale gueule, et, indéniablement, mon père n’m’avait qu’rarement vu dans un tel état. « Si t’crois qu’parler va m’aider à aller mieux, tu t’fous l’doigt dans l’œil. », crachais-je avec mépris, excédé par la sollicitude dont mon père faisait preuve. « C’est à cause d’Gaëlle », conclu-t-il, et, sans même attendre qu’j’infirme ou non ses soupçons, il enchaîna : « N’baisse pas les bras si tôt, ça s’arrangera. ». Bien entendu qu’il savait qu’il avait visé juste. D’toute façon, fallait être con pour n’pas s’douter qu’ça avait un lien avec la blonde qu’aurait dû être ma femme, dans quelques mois. Un rire ironique m’a échappé, envahissant l’espace autour d’nous, emplissant d’ce fait la carcasse vide qu’j’avais l’sentiment d’être depuis plusieurs jours à présent. « T’emmerde pas à m’sortir un p’tit discours d’encouragement, parce qu’ça marchera encore moins qu’avant : j’suis en train d’la perdre, et y’a rien qu’je puisse faire contre ça ! ». C’était bien la 1ère fois qu’j’admettais ça à voix haute, et ça m’faisait du mal d’le dire, ces mots m’écorchaient les lèvres, après m’avoir écorché l’cœur, quand ils s’y trouvaient encore prisonniers. C’en sentant la main d’mon père sur mon épaule qu’j’ai pris conscience qu’j’avais finis par fermer mes yeux, suite à mon aveu. Et c’en sentant son geste, mais aussi en rouvrant les yeux, qu’j’ai réalisé qu’quelques larmes m’avaient échappées. C’avec un mélange d’embarras d’me laisser aller d’la sorte, et d’rejet d’son aide inutile, qu’j’ai repoussé sa main. « Ca n’fait que 4 mois qu’elle s’est réveillée. L’amnésie… » Et voilà, le moment où on m’sort le speech sur l’amnésie. Les gens pensaient vraiment qu’j’avais pas potassé l’sujet, p’têtre ? Toutes les études faites sur l’amnésie, toutes les théories… j’avais tout lu. Fallait bien qu’j’m’occupe quand j’dormais à Son chevet, dans l’attente qu’Elle ouvre enfin les yeux. Mais là, c’était autre chose qui m’faisait craindre l’pire. Tout en effaçant d’un geste rageur mes quelques larmes, j’ai alors coupé la parole d’mon père pour lui faire savoir que : « C’pas l’amnésie. C’est… Elle m’fait plus confiance… » Ma tête s’est baissée alors qu’les mots m’échappaient. J’étais sûr d’moi, j’avais bien vu Sa façon d’réagir quand j’étais à proximité. J’savais pas d’où ça venait, mais Elle paraissait toujours tellement méfiante, sur Ses gardes, quand j’étais à Ses côtés. Et ça contrastait avec c’qui s’était passé après Son réveil. Non pas qu’Elle m’ait sautée dans les bras, non, Elle s’souvenait plus d’moi à c’moment-là, mais Elle paraissait moins méfiante à mon encontre. Un peu surprise, certes, quand j’Lui ai dit qu’nous étions sur l’point d’nous marier, alors qu’pour Elle, nous étions encore séparés, après l’incendie déclenché par Son père. Mais Elle paraissait moins récalcitrante à l’idée d’croire à notre vie commune qu’j’lui dépeignais qu’Elle n’l’est maintenant. A croire qu’on avait fait un bond en arrière, au niveau d’la confiance qu’Elle pouvait bien m’accorder. « Elle m’regarde comme les autres m’regardent… » Autrement dit, comme Elle ne m’avait jamais regardé jusqu’alors. Comme si j’n’étais qu’une personne sans intérêt, correspondant plutôt à c’qu’on dit d’moi, d’mon caractère d’merde, et du fait qu’j’réussirais pas à faire grand-chose d’ma vie… Tout juste bon à foutre la merde, à m’battre et à faire chier mon monde, en somme. Pas vraiment quelqu’un qui vaille la peine qu’on lui laisse une chance d’prouver qu’il n’est pas ainsi, mais qu’étonnamment, il peut valoir mieux. Autant dire qu’ça me n’a jamais atteint, qu’des gens puissent penser et dire ça d’moi, autant l’lire dans Ses faits et gestes, c’est une autre parie d’manches. Certes, Elle ne m’avait jamais repoussé clairement, mais j’voyais bien qu’Elle était mal à l’aise en ma présence. Comme si Elle avait d’nouveau du mal à s’faire au geste fou qu’a eu Son père y’a des années d’ça, comme si ma présence n’cessait d’le lui rappeler, comme si…. « Elle m’en veut. Pour l’accident et l’p’tit. ». Ca non plus, Elle m’l’avait pas dit, mais j’le voyais bien à Sa manière d’fuir mon regard. Elle avait bien raison, après tout, j’avais failli nous tuer tous les deux, et j’avais tué notre enfant, alors bon…  « Tu te trompes, Raph. Votre situation est compliquée. Mais laissez-vous du temps, pour vous remettre de tout ça. » Tout en poussant un soupir, j’me suis adossé contre la vitrine derrière moi, m’prenant la tête entre les mains. « J’peux attendre autant d’temps qu’tu veux, p’pa, ça servira à rien : elle est amoureuse du connard d’doc qui lui tourne autour depuis son réveil…J’l’ai entendu l’dire l’autre jour… » Lentement, les mots sont sortis d’ma bouche, alors qu’tout aussi lentement, j’glissais contre l’mur, marquant ainsi la déchéance qu’était à présent mienne. Entourant mes jambes d’mes bras, j’ai finis par y enfouir ma tête, dissimulant ainsi les larmes qu’j’pouvais plus retenir, en sentant clairement ma vie m’échapper. Avant d’me cacher d’la sorte, j’ai eu l’temps d’voir l’visage d’mon père s’décomposé. Il n’était pas au courant de c’qu’Elle ressentait pour Chris, je n’l’avais dit, pour l’heure, qu’à ma mère, préférant essayer d’digérer cette nouvelle tout seul « J’suis désolé... », m’dit-il, compatissant, sa voix tout autant résignée qu’j’l’étais, après s’être mis à mon niveau. J’crois qu’il avait compris qu’j’commençais à baisser les bras. Qu’j’étais à bout d’idées pour Lui faire comprendre qu’j’étais bien loin d’l’image qu’on peut s’faire d’moi, du mec loin d’être fiable et stable. Qu’j’étais épuisé des semaines passées à tout mettre en œuvre pour tenter d’reconquérir la femme avec laquelle j’avais prévu d’passer l’restant d’ma vie. J’avais pas l’intention d’arrêter tout efforts dès à présent. J’voulais juste commencer à m’préserver, en essayant d’intégrer l’idée qu’j’La perdrais certainement. Inutile d’dire qu’ça sera plutôt compliqué, d’intégrer une telle idée, d’autant plus quand, comme moi, on a passé des années à s’dire qu’la vie nous souriait drôlement, au point d’pouvoir la passer aux côtés d’la personne qu’on aime depuis toujours. J’avais oublié qu’un retour d’bâton restait toujours possible, il allait juste m’tomber sur la gueule au moment où j’l’attendais plus… « Elle finira bien par s’souvenir de toi, après tout c’que vous avez traversé, ça peut pas s’terminer comme ça entre vous ! », ajouta-t-il, remplissant sa voix de toute la conviction et l’espoir qu’il éprouvait pour moi, tout ce qui commençait peu à peu à m’faire défaut. Sa réplique m’a fait rire. D’un rire puissant et sonore, retentissant autour d’nous. D’un rire d’fou. D’un rire désespéré. Le corps agité par l’fou-rire incontrôlablement brisé qui m’secouait, j’me suis levé, séchant mes larmes en même temps, avant d’répondre, la voix encore teinté d’ce – faux – fou-rire. « Rêve pas, p’pa. On n’est pas dans un film à l’eau d’rose. C’la vraie vie. Et t’sais autant qu’moi qu’celle-ci peut être une véritable salope. ». C’vrai, vu tout c’que notre famille avait endurée, depuis des années, il devait bien l’savoir, ça. C’avec un soupir qu’mon père m’a fait savoir que : « Baisse pas déjà les bras. », m’conseilla-t-il, un p’tit sourire attristé au coin des lèvres. « J’me fais juste à c’qui arrivera. T’ferais bien d’en faire de même. ». J’n’ai même pas adressé un nouveau regard à mon père, qu’j’ai finis par reprendre mon chemin. « P’pa, j’t’aime bien, mais j’ai envie d’rester seul. ». J’n’ai  même pas attendu qu’il m’réponde, et ait continué mon chemin, d’un pas plus vif, afin d’le semer. J’ai ainsi été m’acheter un autre pot d’peinture, pour retourner chez moi. Et, surprise, mon père m’attendait… Les Edgecombe peuvent s’montrer fortement têtus, par moment… C’d’ailleurs à cause d’ce côté-là d’son caractère qu’il a fini par découvrir pourquoi j’avais un pot d’peinture noire, et des tâches d’peintures sur moi. C’ainsi qu’il est devenu la seule personne à savoir c’qu’il était advenu en réalité d’la chambre qu’aurait dû être celle d’son p’tit-fils, mais aussi aux meubles faits par James… Il n’a pas eu besoin d’mots pour comprendre qu’j’faisais ça aussi bien pour pouvoir enfin commencer à faire mon deuil d’ce gosse qu’j’aurais jamais, qu’pour tourner la page d’la vie qu’Elle et moi n’retrouverions jamais. Car j’n’avais pas perdu tout espoir, à c’moment-là. Mais j’me faisais pas d’illusions : même si Elle s’souvenait, ça n’sera jamais pareil, la vie qu’nous avions commencé à nous construire à deux n’sera jamais celle qu’on aura, au final. Certains projets n’verront jamais l’jour, mais ça n’m’effrayait pas. Tant qu’Elle était à mes côtés, j’n’avais peur d’rien. Il a cependant tenté d’me raisonner, quand j’ai voulu recouvrir d’peinture les traces indiquant l’évolution d’Sa grossesse, mais l’regard noir qu’j’lui ai lancé l’en a dissuadé. Et voici donc comment j’ai plongé, la tête la 1ère, dans les pires mois d’ma vie. Remplié d’espoirs douloureux d’La voir m’sourire comme avant, m’regarder comme Elle l’faisait parfois, d’L’entendre m’dire qu’Elle m’aimait. Mais rien d’tout ça n’s’est produit. Au lieu d’ça, j’ai finis, seul, comme un con, assis, contre la porte d’la chambre qui n’sera jamais celle d’notre enfant, la Claddagh qu’j’avais dessiné pour Elle serrée entre mes mains, quand Elle a commencé à faire Son choix, sans vraiment l’assumer. A partir d’là, j’savais qu’j’n’avais pas fait l’poids, face à Son inexplicable manque d’confiance en moi, et face à l’étrange attraction qu’exerçait sur Elle l’autre enfoiré. Entre ces deux moments, j’vous prie d’croire qu’mon cœur n’a cessé d’effectuer des cabrioles, d’se raccrocher à tout c’qu’il pouvait pour n’pas chuter, avant d’faire un saut, sans parachute, pour se scratcher sans douceur au sol. Alors non, j’veux pas m’mettre à espérer qu’survienne Dieu seul sait quel miracle. J’préfère encore voir Tumy évoluer qu’voir mon cœur subir un tel yoyo destructeur. Mon cerveau est nettement plus solide qu’ne l’est mon cœur. J’dois surtout pas m’mettre à attendre quoi qu’ce soit, ça n’serait qu’prendre mes fantasmes pour des réalités irréalisables. Elle n’a pas été déçue qu’j’L’embrasse pas, Elle a juste eu peur qu’j’le fasse, car Elle n’veut plus d’moi, et n’aurait pas vraiment su comment réagir, du fait qu’nous sommes coincés dans un ascenseur. C’tout.

J'ai l’impression d’étouffer sous l’étau d’mes pensées. J’suis p’têtre allé trop loin, dans mon p’tit discours, après mon « Ta gueule ! », mais il l’fallait. Pour qu’Elle n’comprenne pas qu’mon cœur refuse d’appartenir à une autre qu’Elle. C’qui m’a valu un magnifique : « J'te fais chier, je ne comprends rien.. C'est bon, y'a rien d'autre à ajouter à ces compliments si touchants ? », signe qu’j’avais réussi bien au-delà d’mes espérances. Mais j’en ai rajouté une couche, en continuant sur ma lancée. A présent, dans l’silence assourdissant qui règne autour d’nous, j’cesse d’me raccrocher à l’idée qu’nous n’parviendrons plus jamais à nous comprendre. M’faut bien ça, pour éviter d’me laisser traîner par la folle hypothèse qu’une partie d’Elle, enfouie au plus profond d’Son être, puisse encore ressentir quoi qu’ce soit pour moi. Nan, j’préfère m’focaliser sur l’idée qu’j’avais déjà, à l’époque où j’pensais qu’Elle pourrait bien finir par m’préférer à Chris. Celle qui disait qu’y’aurait trop d’choses qu’auraient changé, pour qu’on puisse retrouver l’semblant d’complicité qu’on avait autrefois. J’savais qu’il m’faudrait du temps pour digérer Son manque d’confiance qui L’avait éloigné d’moi, mais aussi pour accepter l’fait qu’Elle ait finalement terminée dans les bras d’un autre, sorti d’n’importe où. D’Son côté, j’n’ignorais pas qu’Elle m’en voudrait très certainement d’avoir préféré attendre avant d’lui parler du chêne (c’que j’n’ai jamais eu l’temps d’faire), mais aussi d’ma responsabilité dans l’accident. A présent, avec l’temps qu’a passé, et nos vies qu’ont évoluées, chacune d’leur côté, ça sera encore pire. J’sais pas si j’parviendrais vraiment à oublier Son histoire avec Chris, ni tout c’qu’Elle a pu m’dire, et encore moins tout c’que moi, j’ai été contraint d’Lui dire. Quant à Elle, il est incontestable qu’Elle n’pourrait mettre d’côté l’gamin d’Loan, ni mes diverses aventures dont Elle a eu vent, sans oublier mes divers mensonges, et plus encore, les tonnes d’horreurs qu’j’n’ai eu d’cesse d’Lui balancer à la gueule. Et puis il m’faut mentionner aussi l’fait qu’on n’ait pas vraiment fait l’deuil d’notre gamin, ni d’nos rêves d’avenir qui s’sont écrasés contre la taule d’notre voiture accidentée., Alors, outre l’fait qu’ça soit impossible qu’Elle abandonne Son doc pour moi, y’a bien trop d’choses qui s’dressent entre nous pour qu’ça puisse décemment fonctionner. Notre histoire n’a jamais été facile, mais là, on a quand même atteint un pic duquel on n’peut revenir. J’me mordille les lèvres, en pestant intérieurement sur l’fait qu’il va m’falloir refaire, une fois d’plus, l’deuil d’notre histoire. D’celle qu’on aurait dû poursuivre, d’celle qu’on aurait pu avoir si les choses avaient pris une tournure différente après l’accident, d’celle qui n’existera jamais qu’dans mes rêves les plus douloureusement tordus. Après tout, j’n’ai pas su La retenir, c’bien la preuve qu’nous n’étions p’têtre pas aussi bien assortis qu’nous nous plaisions à l’croire. J’devais sans doute pas La connaître aussi bien qu’j’l’escomptais, pour n’pas avoir réussi à La reconquérir, échouant là où un mec qui n’la connaissait pas avant l’accident avait étrangement réussit… A m’retrouver ici, avec Elle, nageant dans une incompréhension mutuelle, j’ai l’impression d’me retrouver propulsé à d’longs mois en arrière. Plus j’lui parlais d’nous, et plus Elle semblait s’éloigner, n’plus rien comprendre à notre passé, et en douter. L’accident avait fait d’Elle une amnésique, l’amnésique était lentement devenue une inconnue pour moi, tout comme j’étais devenu un parfait étranger pour Elle. Faut vraiment qu’j’prenne l’air. Et j’parle pas d’sortir d’ce maudit ascenseur, mais bel et bien d’partir d’Cap Harbor. C’prévu, pour cet été, avec mon neveu Arnaud. Pour l’instant, on a prévu d’partir un mois, mais, quand j’serai sorti d’cet ascenseur d’malheur, j’pense qu’j’vais tout mettre en œuvre pour qu’on prolonge notre séjour. M’retrouver loin d’cette p’tite ville, et d’tout c’qui est lié à ma nouvelle vie, ça m’fera l’plus grand bien. Plus encore, ça m’fera du bien d’être loin d’Elle. Ca m’aidera à m’remettre un peu les idées au clair. Car, là, franchement, elles l’sont plus trop, en dépit du fait qu’j’ai tenté d’leur faire garder une certaine cohérence : j’ai pété les plombs cette semaine, preuve qu’j’ai échoué. Ma faiblesse m’donne encore plus envie d’partir, par la suite, pour l’Asie. J’me connais : en dépit d’mes efforts pour garder en tête la certitude qu’Elle n’sera jamais plus mienne, ça n’cessera d’rôder dans un coin d’mon esprit, comme une possibilité entêtante. J’ai vraiment besoin d’prendre mes distances par rapport à tout ça, qu’mon cerveau soit focalisé sur autre chose, sans qu’la simple vue d’ma fenêtre m’rappel l’fait qu’Elle s’trouve qu’à quelques mètres d’moi. Sans oublier qu’ça m’sera utile aussi, pour m’entraîner à une aussi longue distance, quand j’prendrais enfin la route pour l’Asie. C’aussi pour ça qu’j’hésiterais pas à m’lancer dans une « histoire » avec Mila, dans quelques temps, après le fiasco d’mon semblant d’liaison avec Héléna. Tout est bon à prendre pour tenter d’oublier les traits d’une blonde qui refuse d’quitter mon esprit. D’ailleurs, j’en prends conscience, dans c’silence qui me hérisse le poil, qu’j’suis vraiment prêt à tout pour parvenir à retrouver l’semblant d’distance qu’j’avais réussi à prendre, face à Elle et à notre passé, avant qu’Elle n’vienne tout foutre en l’air. Si vous croyez avoir vu l’pire, oubliez tout, j’peux faire bien pire qu’ça. Croyez-moi, mes vacances, j’vais pas seulement les passer à faire du sport à outrance, j’vais fortement profiter d’ma relation – libre – avec Mila, c’qui aboutira à un beau concours avec Arnaud, visant à savoir lequel d’nous deux à l’plus d’succès. Et, bien entendu, parce qu’j’ai d’plus en plus d’mal à supporter c’que j’suis en train d’devenir, y’aura aussi quelques bagarres. Moins qu’si mon neveu n’était pas à mes côtés et qu’j’voulais pas qu’il m’voit aussi minable, mais y’en aura quelques-unes. Un été mouvementé. Un été qui l’aurait été nettement moins, sans Elle. Sans c’maudit crochet qui m’relie à Elle et qui refuse d’me foutre la paix. J’espère juste qu’Tumy montrera pas l’bout d’son sale pif, ma famille ignore qu’elle est d’retour, et j’espère qu’ça restera longtemps l’cas ! En plus d’ça, ces vacances seront les 1ères que j’m’autoriserais, depuis qu’j’ai quitté Londres. ‘fin, exception d’mon p’tit périple qui m’a mené en Irlande, qu’avait plus pour vocation d’m’aider à m’retrouver qu’me détendre vraiment. Et exception faite d’mes p’tits séjours en Angleterre. Des vacances, pour n’pas prendre l’risque d’La croiser avec Son fiancé, planifiant, sous l’soleil, leur heureux mariage à venir. Des vacances, pour éviter qu’ne s’renouvelle une telle scène. Des vacances, pour tenter d’me retrouver, simplement.

J’tente d’me calmer, véritablement, mais c’loin d’être facile. Disons qu’j’fais des efforts, réellement. Parce qu’si ça n’avait pas été Elle, qui m’aurait balancé tout ça, croyez-moi, l’issue aurait été tout autre. Mais y’a une certaine retenue, qui m’empêche d’faire l’con, quand Elle m’fait face. Même si cette retenue a été bien malmenée, durant les précédentes minutes, plus qu’elle n’l’avait jamais été, au cours d’nos plus vives disputes. « J'suis ravie de savoir que tu t'sens mieux depuis que tu n'as plus à m'avoir dans les pieds. », sont les 1ères paroles qu’Elle prononce à nouveau, brisant l’silence qu’avait fini par nous entourer. Ma main s’crispe sur l’dernier dessin qui s’était retrouvé au sol. L’dessin qui s’est retrouvé hors d’ma pochette tout à l’heure déjà, celui représentant les 1ers pas, tels qu’j’les imagine, d’notre fils. Du bout des doigts, j’frôle les contours du visage du poupin, qu’aurait eu, selon moi, bien plus d’Sa mère que d’moi. Mon autre main m’serre à pincer l’arrête d’mon nez, tandis qu’mes yeux s’ferment, et qu’j’expulse un vif :  « Mais ta gueule bordel… », dans un murmure, mélange d’agacement et d’colère, murmure qu’j’ignore même s’il Lui parvient. J’ai tout sauf envie d’repartir sur l’schéma qu’on a plus ou moins abandonné, depuis quelques – courtes – minutes. Toujours dos à Elle, j’tourne juste un peu la tête, pour Lui lancer un regard, aussi noir qu’agacé, au moins pour Lui faire comprendre c’que j’viens d’dire, si Elle n’a pas entendu. Son regard s’pose brièvement sur moi, alors qu’j’fronce les yeux en avisant Son briquet, et qu’Elle m’interroge : « T'veux savoir pourquoi je ne t'ai pas répondu ? ». J’me contente d’hausser les épaules, avec dédain, comme toute réponse, puis j’Lui retourne à nouveau l’dos. J’m’en fous d’Son explication. Mais si Elle veut parler, qu’Elle l’fasse. Ca n’changera jamais rien au fait qu’ça ait cassé quelque chose en moi. Une fois encore. L’peu d’espoir qu’j’avais qu’Cap Harbor nous offre une seconde chance. L’peu d’certitude qu’il m’restait quant au fait qu’Elle continuait, malgré tout, à m’connaître un minimum. Qu’rien n’pourrait Lui enlever ça. Pas entièrement, du moins. J’me suis bien trompé. Faut vraiment qu’j’arrête d’espérer… Sinon, j’vous jure, faudra vraiment qu’j’m’inscrive à l’asile avec ma mère, j’en aurai foutrement besoin ! « Pour ne pas t'étouffer à nouveau. T'es heureux avec ta brune, tant mieux pour toi. Ou tes remarques, semblerait que ce soit plus juste. T'es même plus obligé d'te faire voir à côté d'une blonde. Tout bénéf' pour toi.». Voici c’qu’elle m’répond. Voici c’qui m’fait lever les yeux au ciel. Voici c’qui m’fait éclater d’un rire agacé. Voici c’qui m’conforte dans mon opinion qu’j’L’ai perdue pour de bon, Elle croit qu’même en temps qu’simple amie, Elle m’étouffe. Alors qu’j’ai jamais rien dit d’telles depuis qu’on a commencé à s’rapprocher, même si j’admets être toujours resté sur mes gardes, durant nos entrevues et nos échanges. Et, par-dessus tout, Elle vient d’me prouver qu’Elle m’connaît plus du tout, pour vraiment croire qu’j’sois heureux. C’vrai, j’ai souvent la gueule aussi défoncé qu’ça quand tout va super bien pour moi… Mentalement, j’fais rouler mes yeux dans leurs orbites, tant Sa remarque est très con… Ironiquement, j’en viens même à esquisser un léger sourire railleur. Y’a bien eu qu’une seule raison qui m’ait toujours poussé à m’battre : Elle. Soit parce que j’pouvais pas n’serait-ce qu’m’autoriser à rêver d’L’avoir, soit parce que j’pouvais pas Lui venir en aide, avec Son père, soit parce que j’L’avais perdu et qu’ça m’tuait. Encore un truc qu’Elle a oublié, parce qu’Elle l’a su, à une époque. A moins que j’n’ai rêvé tout ça, j’suis plus sûr de rien, à vrai dire…. « Evidemment, j'sais très bien que tu m'dois rien. Que t'as pas envie de m'aider à m'en sortir vu qu'tu préfères largement que j'oublie ce qui a pu se passer, le message est bien compris. Mais.. », ajoute-t-elle alors que j’glisse l’dessin dans la pochette, la fermant enfin, tout comme j’aimerai voir se terminer ce moment qui s’éternise bien trop à mon goût. Besoin d’clopes, besoin d’air, besoin d’un verre. « ... je sais que toi, tu le peux. Mais bien entendu, faut que j'me débrouille seule, ça devient habituel. » Elle s’fout d’moi, c’ça ? Si Elle est calme, moi, c’loin d’être l’cas. Cette simple phrase, ce simple reproche sur mon prétendu refus d’L’aider, ça m’fout hors de moi. Disons qu’j’ai pas digéré Sa réplique précédente, mais si Elle s’était arrêtée à là, ça aurait encore pu aller, mais non, y’a fallu qu’elle continue ! En un même mouvement, j’me lève pour Lui faire face, et m’approcher d’Elle, n’cachant pas l’retour d’ma colère. D’toute ma hauteur, j’La dédaigne, n’dissimulant pas l’mépris qu’en c’moment précis, Elle m’inspire. Avec un sourcil redressé d’manière railleuse, résistant à l’envie d’envoyer d’maudit briquer avec lequel Elle joue, j’Lui fait savoir que : « Attends t’es en train d’me reprocher d’refaire ma vie comme j’le veux ? T’veux être la seule à réussir à tourner la page d’notre histoire fiasco ? », voici c’que j’Lui rétorque, d’une voix indéniablement glaciale. Signe manifeste chez moi qu’là, ça commence à bien faire. La pensée qu’Elle puisse être jalouse m’traverse l’esprit, mais j’l’exprime pas, n’voulant pas qu’Elle l’prenne mal. Car pour moi, c’est plutôt dans l’sens où Elle estime être la seule en droit d’être d’nouveau heureuse, qu’dans l’sens où Elle préférerait être celle qui partage ma vie. N’rêvez pas, j’suis loin, très loin, d’être en mesure d’imaginer une telle chose d’Sa part, à l’heure actuelle, alors qu’cette maudite bague de fiançailles n’cesse de briller à son doigt… « T’as oublié qu’j’suis resté des mois à tenter d’t’aider à retrouver ta mémoire ? ». Et là, mon ton devient plus que polaire. Sans doute car c’qui m’touche le plus. « On a tous essayé d’t’aider ! », soufflé-je en faisant allusion à Erin, à Flavien, à Gabriel, à Isis, au restant des Edgecombe, mais aussi à certains membres d’Sa famille… Comme moi, ils Lui ont racontés d’nombreux souvenirs, montrer diverses photos et vidéos dans l’espoir, qu’Elle S’souvienne enfin d’quelque chose. En vain… « Et pitié, fais-moi pas rire : tu t’es jamais débrouillée seule, entre des Edgecombe ou Sharon, ou ton Chris maintenant, t’sais pas à quoi elle ressemble, la solitude ! », est c’que j’finis par Lui cracher avec hargne, tout en retournant à ma place, vers ma pochette à dessins. Ouais, j’sais, c’était facile d’Lui dire ça, mais il l’fallait. A mes yeux, Elle n’sait pas c’que c’est, d’être seule. Elle n’l’a jamais été véritablement, quand bien même Son père agissait comme un enfoiré envers Elle. Elle a toujours pu compter sur les Edgecombe, ou sur Sharon. Même maintenant, entre les Edgecombe qu’ont pas approuvés la façon avec laquelle j’L’ai largué comme si Elle n’était qu’une vieille chaussette malodorante, et la famille d’Son doc, j’suis pas sûr qu’la solitude, la véritable solitude, celle qui vous fout un accompagne même en pleine foule, celle qui vous saute aux yeux dès lors qu’vous croisez votre reflet dans un miroir, Elle la connaisse. C’pas Elle qui doit refaire Sa vie sans la seule personne sans laquelle Elle s’voyait pas vivre. C’pas Elle qui voit l’autre S’construire une vie et S’préparer un avenir Sans Sa compagnie. C’pas Elle qui doit vivre avec sur les épaules l’poids d’être la seule personne de l’ancien couple existant à s’souvenir d’leur putain d’histoire. C’pas Elle qui S’demande chaque jour qu’Dieu fait comment Elle fait encore pour parvenir à vivre une vie à peu près normale sans finir en hôpital psychiatrique tant rien n’a d’sens. Plus rien n’a d’sens. Et encore moins c’maudit moment qui nous voit bloqués dans c’connard d’ascenseur.

J’m’assieds, l’dos collé contre la paroi d’l’ascenseur, la tête appuyée contre celle-ci, les yeux clos, dans une tentative d’m’apaiser un peu. Mes lèvres se scellent résolument, indiquant mon intention d’garder l’silence pour l’moment. Voir jusqu’à la libération, même. Seules mes mains, dont les doigts tapent nerveusement contre le sol, indiquent qu’j’en ai marre, vraiment. L’orage gronde encore, toujours aussi fortement, m’laissant à redouter l’fait qu’notre tête-à-tête imprévu va s’éterniser encore. Bien plus qu’ma raison n’pourra l’supporter, indubitablement… « C'est vrai, t'as raison. Je n'aurai pas dû réagir comme ça. », finit-Elle par déclarer, brisant ainsi l’silence, qu’était jusqu’alors seulement perturbé par l’orage. J’me contente d’déglutir silencieusement, indiquant qu’oui, j’L’ai bien entendu, mais non, j’ai vraiment pas envie d’repartir sur une conversation. J’veux juste qu’on vienne nous sortir d’là. Partir d’cet ascenseur chiant. Et tâcher d’plus jamais La revoir, vu qu’ma présence L’emmerde autant qu’ça… « Même si tu t'en fous, il faut quand même que je m'explique sur mon départ du cabinet, samedi dernier. » J’expulse un soupir agacé, n’laissant planer aucun doute sur l’fait qu’j’m’en fous, d’Ses explications. J’ai bien compris tout c’qu’Elle a sous-entendu, tout à l’heure. Elle est devenue comme les autres, c’tout. J’devrais m’en estimer heureux, mais j’peux pas. J’ai tout fait pour y parvenir, après tout. Même si j’ai fait la connerie d’effectuer un semblant d’retour en arrière, au courant des derniers mois. Alors  même qu’j’savais qu’c’était une mauvaise idée. Alors même qu’j’étais incapable d’faire autre chose qu’m’éloigner d’Elle. Et tout ça pour quoi ? Bah, pour L’entendre m’balancer d’telles horreurs, m’forçant à Lui en renvoyer d’autres en échange… P’tit mémo perso : n’plus jamais faire cette même connerie, peu importe comment s’termine notre entrevue ici. J’L’ai trop laissé m’approcher d’nouveau, j’Lui ai (re)donné, sans l’vouloir, toutes les cartes pour m’détruire, et Elle a réussi. Sans en avoir conscience, mais l’résultat est là, visible dans la fêlure qui scinde mon regard, laissant à voir l’abîme dans lequel mon désespoir se noie… « Quand t'es arrivé, Jenny m'a envoyé un mail directement pour me dire.. ça. J'savais pas comment réagir une fois face à toi, encore moins avec l'autre à côté. », poursuit-Elle, c’qui m’fait paresseusement ouvrir les yeux. L’observer d’mes yeux partiellement clos, j’hésite quant à la marche à suivre. J’tente d’prendre sur moi pour n’pas m’foutre d’Elle et d’Sa réaction démesurée, vu qu’il m’faut l’rappeler, une fois encore, qu’nous n’sommes qu’de vagues connaissances… Du moins, bien entendu, uniquement si on s’place d’Son point d’vue, car du mien, on n’sera jamais qu’ça, mais ça, c’une autre histoire… « Tu me reproches de t'avoir mis de côté, cette semaine. J'peux pas dire que c'était l'idée du siècle. Pourtant, c'est aussi ce que t'as fait, dans un sens, en laissant à Jenny le soin de te devancer. ». Bon, là, j’avoue qu’ça m’fout hors de moi. Un peu plus. J’avais pourtant réussis à m’détendre – quelque peu – au cours des minutes passées dans un silence uniquement brisé par l’mauvais temps – et Elle a tout foutu en l’air… J’décolle mon dos d’la paroi d’l’ascenseur pour Lui envoyer, toujours assis : « Putain mais t’veux qu’j’te l’dise en quelle langue à la fin ? Personne dans mon entourage n’sait pour cette grossesse ! Ni mes parents, ni Erin, ni Gab : PERSONNE ! », dis-je en insistant exagérément sur le dernier mot., sur lequel j’amorce un mouvement pour m’lever, n’supportant plus d’être assis. N’supportant plus cete cabine. N’supportant plus c’temps. N’supportant plus d’L’entendre m’balancer des conneries qu’pourraient m’sortir la moitié d’la population humaine, s’limitant aux apparences pour m’juger. « C’de ma faute si ta secrétaire est une pétasse incapable d’fermer sa gueule p’têtre ? J’te l’aurais, OUI, mais APRES l’avoir annoncé à mes proches ! », m’interrogé-je à haute voix, en allant m’appuyer, via mon bras, contre la paroi s’trouvant entre celle où j’étais adossé jusqu’alors, et celle où Elle S’trouve. Ancrant mon regard dans l’Sien, j’assène à nouveau, sèchement, pour bien Lui faire prendre conscience d’l’incohérence d’Son reproche : « De quel droit aurais-je dû t’le dire avant d’l’annoncer à ma mère, ou à mon père, ou à mes plus proches amis ? Dis-moi, j’aimerai comprendre ! », énoncé-je en faisant quelques pas dans l’espace bien trop réduit à mon goût. Où qu’j’aille dans cet endroit confiné, j’perçois trop intensément Sa présence, éprouvant encore Sa chaleur à laquelle j’ai pu partiellement goûté tout à l’heure, ressentant trop bien la frustration d’n’avoir pu regoûter à Ses lèvres, comme j’aurai tellement aimé pouvoir l’faire. Sa proximité m’tue. Sa proximité m’rend étrangement vivant. J’n’attends qu’de pouvoir sortir d’ici pour en être enfin libéré. J’sais qu’même dehors, Elle me hantera toujours. Car jamais j’pourrais m’libérer des chaînes qui m’rattachent à Elle depuis des années maintenant. Ni l’temps, ni la distance, ni même l’fait qu’Son cœur soit à présent à un autre que moi… C’est à la fois absolu beau et tristement pathétique. Et ça m’donne envie d’me frapper la tête contre l’mur, jusqu’à c’que ma cervelle soit enfin écrabouillée. J’m’arrête sur l’autre mur, les portes d’l’ascenseur, sur lesquelles j’frappe avec violence, pestant avec hargne un vif : « P’tain, ils vont nous laisser pourrir ici encore longtemps ou quoi ? ». Et finalement, c’ma tête qui s’écrase contre ces maudites portes, alors qu’ma mâchoire s’crispe sous l’influence du mal de crâne qui s’y fait ressentir. Dans un si adorable mélange d’soirées récemment trop arrosées, et d’une Tumy qui s’dit qu’ça fait bien longtemps qu’Elle m’a pas emmerdée.

Sur un soupir, j’me retourne et m’laisse glisser, tenant ma tête entre mes mains une fois qu’j’suis enfin assis, mes bras reposant sur mes genoux ramenés contre moi. Les yeux clos, j’tente d’respirer profondément, dans une tentative dérisoire d’me calmer et d’faire disparaître cette douleur dans ma tête. Douleur qui sera sans conteste bien pâle en comparaison avec celle éprouvée par mon cœur, une fois encore anéanti, une fois encore à cause d’Elle. Plusieurs minutes s’écoulent ainsi, toujours dans un silence seulement entrecoupé par l’orage. Silence qu’j’finis par briser, pour faire savoir, d’une voix basse : « Puisque t’sembles avoir oublié qu’j’suis pas l’enfoiré qu’tout l’monde aime à voir en moi, t’sais quoi ? On ferait mieux d’arrêter d’se parler. J’t’avais dit qu’c’était une mauvaise idée ! C’est franchement casse-couilles d’entendre d’telles conneries sur moi provenant d’une nana avec laquelle j’ai grandis. J’le supporterais pas longtemps ça, j’dois déjà l’endurer d’plein d’gens. Manquerait plus qu’tu suives l’mouvement des critiques qui m’attendent, à savoir qu’j’suis qu’un enculé qui fout enceinte une nana et qui ose assumer cette grossesse. », sur un rire ironique, j’lâche enfin ma tête, la laissant reposer sur mes genoux, entourant mes jambes d’mes bras. La douleur, enfin, les, plutôt, sont toujours là, celle du cœur supplantant lentement celle du crâne. « A croire qu’quoi qu’j’fasse, j’aurai toujours l’mauvais rôle. ». L’regard qu’j’Lui lance montre clairement qu’j’m’étais fait à cela, tant qu’ça provenait des autres. Mais provenant d’Sa part, j’n’arriverais pas à y m’y faire. Jamais. Mon cœur bat, lentement, comme agonisant face à ce que j’viens d’dire. Comme redoutant qu’Elle accepte, aussi facilement qu’ça, tout laisser tomber. « Tant qu’t’auras pas enfin compris qu’j’suis pas comme ça, ou qu’on n’est pas assez proches pour avoir d’comptes à s’rendre sur notre vie privée, vraiment : fous-moi la paix. ». Une porte de sortie qu’j’Lui laisse entrouverte, maladroitement, indiquant ainsi qu’j’veux pas, vraiment pas, couper les ponts. Pas tant qu’on n’sera pas reparti sur des bases où, putain d’merde, j’suis pas qu’un connard qui agit n’importe comment, et qu’on s’doit rien, clairement pas assez complices pour ça. J’cherche même pas à Lui laisser l’temps d’répondre, j’finis par m’allonger sur l’sol, les bras croisés sous ma tête, volontairement placée l’plus loin d’Elle. L’mauvais temps continue à faire des siennes, dehors, alors qu’mon regard s’pose sur l’plafond, à croire qu’j’n’ai jamais rien vu d’aussi intéressant qu’ça. Plusieurs minutes – longues – s’écoulent ainsi. Mes yeux s’ferment à nouveau, tandis qu’j’feins d’être bien plus à l’aise et apaisé qu’j’ne l’suis en réalité. J’ne rouvre les yeux qu’en entendant un éclair éclater bien plus violement qu’aucun éclair n’l’avait fait jusqu’à présent. Pas besoin d’être devin pour savoir qu’Elle a sursauté, même les yeux fermés, j’ai ressentis c’mouvement manifestant Sa peur. J’me redresse sur mes coudes pour L’observer, retenant un sourire en La voyant aussi effrayée qu’ça. Il m’faut m’mordre violement l’intérieur d’ma lèvre pour résister à mon envie d’aller vers Elle et La prendre dans mes bras, comme j’le faisais autrefois en d’telles situations. Pour n'pas aller La tenir contre moi en Lui murmurant des paroles rassurantes, visant à effacer les souvenirs qui L'assaillent forcément, en rapport avec Son père. Un autre grondement résonne, claquant presque aussi fortement qu’le précédent, à croire qu’l’orage s’rapproche d’nous. J’me relève en poussant un vif soupir, avant d’aller vers Elle, tout en retirant ma veste, qu’j’Lui tends, une fois à Son niveau : « Toujours aussi gelée, à c’que j’vois. », dis-je d’une voix railleuse. Avec la curieuse impression d’entendre en arrière-plan une p’tite voix s’foutre d’ma gueule, en Lui hurlant un cinglant : « P’tain mais ouvre les yeux : c’débile est dingue de toi ! » J’lève les yeux au ciel, repoussant l’envie d’me foutre d’ma gueule et d’mon geste un peu trop parlant quant à c’que j’ressens pour Elle – au moins n’pourra-t-Elle plus s’dire qu’j’me soucie pas l’moins du monde d’Elle – et j’finis par m’laisser tomber à Ses côtés. Passant une main sur mon visage, m’souciant pas du fait qu’celui-ci soit toujours douloureux à cause d’ma récente bagarre, j’laisse passer quelques secondes, avant d’souffler un léger : « J’te conseillerai bien d’t’en griller une pour t’détendre, mais j’suis pas sûr qu’ça soit un conseil judicieux…. » Nouveau soupir, et j’finis par tourner ma tête dans Sa direction, faisant bien attention à éviter qu’nos bras n’se frôlent : « T’peux m’dire depuis quand t’fumes, toi qu’avais dit qu’tu toucherais plus jamais à ça ? », qu’j’demande avec une curiosité non dissimulée. Bien loin d’me douter qu’les secours arrivent enfin, s’apprêtant à interrompre – enfin ? – notre emprisonnement dans cet ascenseur.  Feignant d'pas m'être rapproché d'Elle, d'avoir brisé l'silence que j'voulais pourtant maintenir, rien qu'pour tenter d'La rassurer, alors qu'on est visiblement en plein cœur d'l'orage et d'son intensité. Après tout, vu l'image qu'Elle a d'moi, Elle doit même pas S'souvenir qu'j'agis pas comme ça avec n'importe qui, alors qu'j'suis pourtant bien énervé.... Mais bon, j'sais bien, j'ai pas d'leçons à faire, j'suis pas mieux qu'Elle, dans l'genre autruche, merci d'pas m'le souligner. M'faudrait vous refaire mon laïus sur mon absence d'envie d'me faire d'nouvelles fausses joies, d'bâtir d'nouvelles illusions, pour les voir voler en éclats alors qu'Elle ira dire oui à Chris... J'suis pas assez fort pour supporter ça, une fois d'plus.

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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Re: Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016) ✻ ( Aujourd'hui à 8:54 )

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Oh, you're in my veins & I cannot get you out. Oh, you run away, ‘cause I am not what you found [Raëlle] (hopital CH - Avril 2016)

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