(Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything.

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(Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Ven 8 Juil - 18:37 )

There is a first time for everything.
The first kiss is the passionate one; it’s the one filled by desire and attraction and all that. But the second one is rational; you get time to think about it, worry and over analyze. Most women prefer that first kiss, but I’m partial to the second one because it’s about something more. This could be so much more. So much more than a casual kiss, and a quick caress beneath the sheets. This really could be the beginning of something, something that’s takes us both somewhere, that translates both of us. Changes us. And we can only do it together.
Raëlle
Pour pouvoir connaitre, réellement, le couple que l'on formait -et que l'on formera à nouveau- avec Raphaël, il peut être intéressant de faire un bond dans le passé. Pas d'un ou de deux ans, non. Bien plus. Il est vrai que je pourrais raconter notre histoire depuis le tout début, depuis mes plus jeunes années parce que oui, très clairement, un quelque chose nous lie fermement ensemble.  Vous parler de ma plus tendre enfance ne rimerait pas à grand chose pour autant. Il faut dire que j'ai grandi avec les Edgecombe, que j'étais très proche de celui qui n'était âgé que de quelques mois de plus, Riley, et que cette famille-là, je l'ai tout simplement gravée en moi. Ils ont toujours représenté ce que je m'imaginais d'une vraie et grande famille, me laissant la chance de partager énormément de choses en leur compagnie. A côté de cette famille des plus soudée, celle qu'on formait, mon père et moi, semblait tellement terne. Il m'a toujours considéré comme étant la coupable de la mort de sa femme, et pourtant, à l'heure où je livre ces quelques lignes, je crois que je donnerai tout pour que ma mère ait survécu à cet accouchement quitte à n'avoir jamais pu sentir mon propre pauvre petit coeur battre. J'ai pris cette cruelle habitude de me charger du poids du monde qui m'entoure sur mes petites épaules dès l'instant où mon cher père m'a livré le premier coup. Le premier d'une bien trop longue série, tous plus mordants et plus douloureux les uns que les autres. Aujourd'hui encore, mon corps porte les traces de cet enfer. Raison pour laquelle, entre autre, il m'est impossible de découvrir mon dos voire même mes cuisses certains jours. Suite à l'accident et donc à mon amnésie, il est évident que j'aurai préféré oublier cette période-là de ma vie et non pas les quelques années précédant l'accident. Encore que, ce n'est pas sûr du tout. Après tout, pour comprendre quel genre de couple est ce fameux Raëlle, la base est d'une importance capitale. Très peu de duo peuvent se vanter de vivre une pareille chose. Non. Si j'avais eu le choix, j'aurai préféré laisser ma mère vivre quitte à ce qu'elle ait un autre enfant que moi par la suite. Mais au moins, pas besoin de survivre avec cette impression de vide intense qui m'enfonce toujours un peu plus. Incomplète, alors même que je ne comprends pas tout. Voilà ce que je suis condamnée à être. Une simple et vulgaire illusion d'un bonheur qui n'est, au final, pas existant. Et là, je vois la voiture de Sharon qui vient se garer devant la maison. Il n'en faut pas plus pour que je dévale les escaliers avant même qu'elle ne sonne.


Londres, 17 janvier 2004
Cela va faire quelques semaines que je ne suis plus avec Riley. Même si j'ai passé de très bons moments avec lui, que je n'oublierai jamais, on a décidé, ensemble, de prendre nos distances l'un envers l'autre. Ce n'est vraiment pas facile, surtout lorsqu'il s'agit de son voisin. J'ai de la peine, lorsque je croise son regard. Car même si c'est une décision réciproque, une lueur de tristesse reste dans son regard. Et je n'aime vraiment pas ça. Je déteste faire du mal aux autres, ça a même toujours été le cas. Et c'est dans ces moments-là que je regrette réellement l'absence de ma mère. Elle aurait certainement pu me rassurer et me conseiller. M'aiguiller sur le bon chemin à prendre. Parce que oui, cela ne fait même plus de doutes pour moi. Si on en est à ce point avec Riley, c'est parce que mon p'tit cœur semble s'être égaré vers un autre. Et cet autre-là, c'est son frère. Même s'il m'a toujours traité -affectueusement- de gamine comparée à ses quelques années de plus, il est clair que j'aime particulièrement passer du temps avec lui. Cette simple constatation est de plus en plus vraie d'ailleurs. Elle ne semble, d'ailleurs, ne pas avoir échappé à sa mère. Ne me demandez pas comment ni pourquoi, mais elle a réussi à saisir les choses bien avant tout le monde. Bien avant moi, et même avant Sharon. D'ailleurs, en parlant de ma tante .. Je suis plus que ravie en ce samedi. Pourquoi ? Simplement parce que je passe la journée chez elle. A Londres. Et que je vais pouvoir rendre visite à Raphaël qui se trouve être hospitalisé depuis quelques jours déjà pour sa foutue Tumy. Mon père est parti travailler depuis quelques heures déjà, ce qui m'a laissé le champ libre jusqu'à la cuisine pour préparer de bons cookies. Aux fruits rouges pour lui et au chocolat blanc pour moi. Ce n'est pas parce que je me pose de plus en plus de questions au sujet de l'Edgecombe que je m'amuse à lui ramener ce genre de gourmandises, hein. Ou du moins, ce n'est pas la raison principale. Disons simplement que je sais très bien que son traitement lui coupe l'appétit. Et ce n'est pas spécialement les repas de l'hôpital qui peuvent réussir à affamer celui qui n'a pas faim. Du coup, à voir si cette petite ruse va marcher encore une fois. Je jette un œil à leur cuisson, avant de filer me changer rapidement. Quelques flocons sont tombés cette nuit, recouvrant ainsi la route d'un léger tapis blanc. Une vision depuis la fenêtre de ma chambre qui me fait sourire. Même si je suis super frileuse et si maladroite que j'ai une facilité déconcertante pour me vautrer lorsque le sol est glissant, j'adore l'hiver. Ca me rappelle, forcément, ce fameux moment passé -qui commence à dater un peu- dans les igloos construits sur l'un des champs des Edgecombe. « Dis donc, je rêve ou tu es presque prête en avance ? » que me lance ma tante, un grand sourire étirant ses lèvres avant de me prendre dans ses bras. « Tu as parlé un peu trop vite, je ne suis pas encore toute prête à partir. » C'est avec un grand sourire que je ne tarde pas à filer dans la cuisine pour prendre ma boîte à gâteaux qui regorge des cookies tout juste sortis du four.

Une fois dans la voiture de ma tante, j'en profite pour retirer mon bonnet ainsi que mon écharpe pour ne pas mourir de chaud. « C'est toujours bon pour cet aprèm ? Tu me déposes chez Raphaël ? » Façon détournée pour ne pas prononcer le mot hôpital. Non pas qu'il m'effraie. Mais, après tout, j'y vais avant tout pour voir mon râleur de voisin et non pas pour l'aspect médical des choses. « Ca l'est. Je suppose que tu n'as pas envie de m'accompagner faire mes courses aux quatre coins de la ville.. ? » Bien vu. J'ai horreur des magasins. J'hausse doucement mes épaules avant de tourner ma tête pour regarder ma tante qui sourit sans véritable raison -ou plus exactement, une qui m'échappe-. Ce qui me fait réagir en fronçant mes sourcils, alors que je regarde à nouveau droit devant moi. Finalement, on arrive rapidement chez elle. Je m'empresse de dresser la table pour pouvoir m'amuser un peu avec Dougie, son adorable labrador chocolat. On se retrouve alors à table, pour manger un bon gratin qui me donne cruellement faim ! Et le temps passe.. Tranquillement. Si bien qu'on est de retour dans sa voiture, histoire qu'elle me dépose chez Raph avant de filer faire les magasins. Une fois devant la grande bâtisse, je remets rapidement mon bonnet sur la tête avant d'ouvrir la portière, ma boîte à cookies glissée dans mon sac en bandoulière en tissu, au motif écossais parfaitement assorti à mon bonnet et mon écharpe. Un petit vent bien froid me percute alors que je marche vivement -et en faisant attention où je mets les pieds- vers l'entrée des lieux, en plus de ces quelques flocons qui restent logés sur mes longueurs non protégées par mon bonnet. Inutile de m'attarder trop longtemps à l'accueil, je sais déjà où me rendre et je m'empresse de rejoindre l'aile où se trouve Raphaël.

Une fois devant sa chambre, je m'apprête à toquer à la porte, mais ma main se stoppe à quelques centimètres de là. C'est étrange. Habituellement, je ne marque pas une telle hésitation. Jetant un œil autour de moi, comme pour m'assurer que personne n'a pu voir cette amorce de geste non complété, je finis par annoncer ma présence -comme d'habitude-, pour de bon cette fois-ci. J'attends un signe de sa part pour m'inviter à entrer et, soulagée de l'entendre être dans cette pièce, je passe la porte tranquillement avant de la refermer délicatement derrière moi. A la Gaëlle en gros. Lui adressant un petit sourire, je finis alors par lui dire. « Salut Raph. » Comme souvent lorsqu'il est dans cet endroit, je zappe le ça va ? me doutant bien que si je récolte une réponse positive, ce serait un gros mensonge. Autant s'en préserver et ne pas ramener la gêne d'une telle interrogation. Et comme toujours, je pose mon sac sur l'un des fauteuils de la pièce avant de m'occuper de tout ce qui me tient au chaud et qui, grâce à ces quelques flocons tombés, est légèrement trempé. « Il fait trop froid dehors, c'est juste horrible ! » que j'ajoute pour justifier mes épaisseurs. Je me rends alors compte que mon regard est figé vers lui, depuis un peu trop longtemps maintenant. Quelques pas me rapprochent du chauffage, et je n'hésite pas bien longtemps à prendre l'une de mes places favorites sur le rebord le cachant. Un moyen plus qu'efficace pour me réchauffer doucement. « Quand mes mains ne seront plus gelées, il faudra que tu me fasses penser que j'ai des choses pour toi dans mon sac. » Et là, je ne parle pas seulement des cookies qui attendent sagement, mais bien de ces quelques affaires de dessin que j'ai été missionnée pour lui apporter. Mon regard le fuit. Étrangement. Pas au point de ne pas oser le regarder bien entendu. Ca, c'est impossible. Mais, disons que je n'arrive pas à m'y confronter trop longtemps. Allez savoir pourquoi ..

© Starseed

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Re: (Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Dim 10 Juil - 22:09 )

Raëlle
J'suis un homme ordinaire, aux idées ordinaires, et j'ai mené une existence ordinaire. Aucun monument n'sera élevé à ma mémoire, et mon nom sera vite oublié. Mais j'ai aimé un être d'tout mon cœur, d'toute mon âme. Et, pour moi, cela suffit à remplir une vie. Les esprits romanesques considéreront cet amour comme une magnifique histoire, les cyniques comme une tragédie. Pour moi, c'est un peu des deux. Mais qu'importe, au bout du compte, l'regard qu'on choisit d'y porter : il n'change rien au fait qu'cet amour a été au centre de ma vie, qu'il a guidé chacun d'mes pas. J'n'ai pas à m'plaindre d'la route et des endroits où il m'a entraîné. Dans d'autres domaines, peut-être ai-je suffisamment d'griefs pour emplir l'chapiteau d'un cirque, mais en amour l'chemin qu'j'ai choisi a toujours été l'bon. Jamais j'n'ai souhaité en prendre un autre. (Citation remaniée de Nicolas Sparks – The Notebook).


Du 10 juillet 2016 au…

C'tout en étant au téléphone avec ma sœur Eleanore qu’j’prépare ma valise pour cet été. Elle s’la joue maman inquiète, car elle angoisse à l’idée du voyage qu’son aîné – Arnaud – et moi, on s’est organisé. On va s’amuser un peu, majoritairement en Europe, et un peu en Amérique aussi. Y’a des trucs de prévus, mais on va surtout s’laisser porter par les événements pour ces vacances. « C’est qu’un p’tit mois, Elea, zen ! », rappelé-je à mon aînée, du fait qu’avec Arnaud, on va passer les 15 prochains jours avec l’reste des Edgecombe. « Un mois et une semaine !  », corrige-t-elle, employant l’même ton qu’notre mère quand elle nous faisait la morale. Puis la frangine énumère les quelques activités dont Arnaud a parlé, parmi celles qu’on a prévu d’faire, sur mon compte Insta, dans la matinée. « Ca peut être dangereux ! », lance-t-elle alors qu’Pando vient m’embêter, comme pour m’punir d’la laisser pour l’été, avec l’reste d’la mini-animalerie qu’j’ai commencé à m’acheter. « Dois-je t’rappeler qu’c’des sports qu’Arnaud et moi sommes habitués à pratiquer ? ». J’lâche un p’tit rire en m’disant qu’il est encore heureux qu’elle n’sache pas tout l’programme, genre, l’délire du rafting, j’suis sûr qu’elle paniquerait encore plus, si elle était au courant ! C’bien parce qu’j’ai parlé d’l’intégralité du programme à Gab, dans l’espoir qu’mon cousin nous accompagne, qu’j’sais qu’ça peut faire flipper des gens peu sportifs, car s’imaginant toujours l’pire. Isis a totalement flippé, à tel point qu’elle a joué d’son droit d’véto pour « interdire » à Gabriel d’venir avec nous. C’con, car Gab était franchement motivé pour nous suivre ! Sentant encore qu’ma sœur s’montre récalcitrante, j’suis contraint d’ajouter, Pando dans mes bras : « Tu t’rends compte qu’t’es en train d’te plaindre parce qu’ton gosse est sportif ? T’préférerais p’têtre qu’il passe son temps à faire la fête à Ibiza ou d’autres lieux du même genre, avec un déferlement d’alcools et d’drogues, et d’filles faciles, p’têtre ? ». Estimant qu’ma valise n’sera pas complète sans 2-3 bricoles pour l’dessin, j’ajoute c’qu’il faut. « Disons que faire la fête, sur le papier, c’est moins dangereux qu’escalader une falaise comme vous vous plaisez à l’faire.  ». Soupir d’consternation d’ma part, avant qu’j’remette les points sur les I : « J’vais pas t’dire qu’y’a pas d’risques, parce qu’y’en a, mais y’en a toujours. T’peux traverser la route demain et t’faire faucher par une bagnole dont l’conducteur a perdu l’contrôle. On n’fait rien dont on n’soit pas capable d’le faire, avec l’plus d’sécurité possible.  On s’amusera jamais à t’faire faire d’l’escalade comme nous, par exemple, ça, ça serait imprudent. On n’est pas cons, Elea. Fais-nous confiance, bordel ! ». Et la conversation s’poursuit d’longues minutes ainsi, Eleanore étant visiblement angoissée, plus à la perspective d’voir son aîné s’éloigné, à travers le monde, aussi longtemps, qu’le savoir occupé à faire des sports à sensations fortes. Poussant un soupir, j’m’affale sur mon lit, ma valise à présent fermée juste à côté d’moi, tandis qu’j’tente d’apaiser les peurs d’ma frangine. Et c’à c’moment-là qu’apparaît Proust. L’lapin qu’j’me suis pris récemment, en compagnie d’Avalon. Lapin qui s’est vu affublé d’un p’tit nom en « P », et, une fois encore, en lien avec Elle. Là, il s’agit d’un p’tit clin d’œil à notre sortie en boulangerie, et à l’auteur du même nom, tout simplement. Et si vous comprenez pas la référence, bah… J’vais pas m’amuser à refaire votre culture, ma foi ! Toujours est-il qu’il est presque aussi efficace qu’une madeleine (refaites votre culture les gars !). Ou c’p’têtre juste la chanson qu’j’entends, d’l’autre bout du fil, qui m’renvoie dans mon passé. Dans notre passé. Car bien qu’elle n’soit sortie qu’un an après l’moment qu’j’m’apprête à revivre mentalement, cette chanson, en un sens, explique bien mes doutes quant à moi par rapport à Elle, doutes qui sont même revenus, entre temps…

… 17 janvier 2004 :

« You deserve much better than me. » C’en effet un truc qu’j’pense souvent, en c’qui La concerne, les rares fois où j’me laisse aller à imaginer c’que ça pourrait donner, si j’m'autoriser à faire savoir à Gaëlle qu’elle m’laisse – malheureusement pour moi – pas indifférent. Mais y’av tellement d’raisons qui font qu’c’est préférable qu’j’garde ça pour moi, qu’au final, j’lui en parle jamais. Plus lâche, mais tellement plus prudent. Son père n’m’apprécie guère, et j’sais parfaitement qu’s’il venait vraiment à s’passer quoi qu’ce soit entre nous, il m’sera encore moins facile d’rester les bras croisés qu’maintenant, en sachant pertinemment c’qu’il lui fait vivre. Sans oublier qu’on a quand même un bel écart d’âge, ‘fin, qu’il est surtout important en c’moment, avec moi qui m’approche d’la majorité. Et la cerise sur l’gâteau : Riley. C’bien pour toutes ces raisons, et tout c’qui pourrait en découler, qu’j’parviens à n’pas faire d’conneries. Même si, j’l’avoue, c’encore plus difficile depuis qu’on est tous les deux célibataires. Deux mois environ qu’j’suis plus avec Vicky, et j’ai tout d’même trouvé l’moyen d’être à deux doigts d’embrasser Gaëlle y’a un peu plus d’3 mois d’ça, chez moi, alors qu’elle était pourtant encore avec mon frangin. Autant vous dire qu’maintenant qu’elle n’est plus avec l’frérot, j’évite d’me retrouver seul avec elle. C’qu’est aisé quand j’suis dans notre village, vu qu’on est toujours pas mal entouré, mais totalement impossible quand elle vient m’rendre visite quand j’suis à l’hosto. J’pourrais lui dire d’pas venir. Mais ça serait plutôt compliqué, en fait. Qu’est-ce qu’j’pourrais bien lui dire pour lui faire comprendre d’pas venir à l’hosto, sans pour autant lui laisser à croire qu’j’veux plus la voir tout court ? Pour éviter qu’ça n’soit trop incongru, en plus, faudrait qu’j’interdise à d’autres personnes d’venir m’voir, c’qui m’fera des visites en moins, et ça… disons qu’c’juste pas un truc dont j’ai envie, vu qu’à l’hosto, c’pas qu’on s’emmerde grave, mais en fait… si ! J’reviens dans ma chambre, après avoir été faire un saut dans une chambre voisine, on avait prévu d’s’y retrouver, avec quelques potes. C’bien l’seul truc à peu près sympa ici : j’connais pas mal d’gens, depuis l’temps. Certains n’ont malheureusement pas pu combattre leur maladie, d’autres l’ont envoyé paître et viennent nous rendre des p’tites visite à l’occas, et l’reste, bah, on s’retrouve toujours ici, avec l’même plaisir, pour s’arranger quelques p’tits moments d’détente, dans la monotonie d’nos journées en ces lieux. J’en ai profité pour récupérer ma nouvelle console, qu’j’avais prêté à un gosse, qui voulait la tester. C’p’têtre bien la seule chose d’un tant soit peu sympa, quand on est malade : on a parfois d’chouettes cadeaux. Pour Noël dernier, j’ai eu la Game Boy Advance SP, avec quelques jeux. Pas inintéressant, mais, comme j’l’ai fait savoir à mes amis tout à l’heure, j’préférerais nettement n’pas avoir cette console, et pouvoir aller dehors, grimper dans les arbres, courir, faire des batailles d’boules de neige, ‘fin, juste m’amuser comme un jeune d’mon âge, au lieu d’être là, entre deux soins. C’avec un soupir qu’j’m’assied sur mon lit, content d’être de retour dans ma chambre, car l’traitement en cours m’fatigue pas mal, mais aussi énervé contre moi-même et la faiblesse qu’mon corps éprouve à cause d’Tumy. J’me fais l’effet d’être un p’tit vieux, par moment, et à tout juste 17 ans, c’franchement chiant.

J’allume la console, décidé à m’faire une partie pour tuer l’temps, jusqu’à l’arrivée d’Gaëlle. Effectivement, la jolie blonde doit m’rendre une p’tite visite, étant donné qu’elle passe la journée avec sa tante. Etant donné qu’Gaëlle n’est pas réputée pour sa ponctualité, j’sais pas trop quand elle pourra arriver, et j’préfère éviter d’y penser, d’toute façon. Sinon, j’sais pertinemment qu’j’risque d’penser qu’c’une foutue mauvaise idée. Avant qu’la conscience qu’j’peux d’toute façon pas m’éloigner d’elle n’m’assaille. Bref, c’genre d’conversation, j’l’ai déjà eu une tonne d’fois avec Erin, et Gab également. Même si cette conversation a tournée bien souvent seulement dans ma tête qu’elle n’a pu avoir lieu avec l’un d’mes deux confidents privilégiés. D’longues minutes s’écoulent, m’voyant m’plonger d’plus en plus dans mon jeu, jusqu’à c’que ça toque à la porte d’ma chambre. Un sourire étire mes lèvres, rien qu’parce que j’sais qu’c’Gaëlle qui vient d’frapper. Cette façon si particulière d’toquer à la porte, c’elle, y’a pas d’doutes possibles. « T’peux rentrer ! », finis-je par dire, quelques p’tites secondes plus tard, tentant d’éviter d’paraître trop enjoué d’la savoir sur l’point d’arriver, ni d’trop manifester l’fait qu’j’guettais quand même son arrivée, bien plus qu’j’ne l’fait, en attendant la plupart d’mes visiteurs prévus. Mon attention reste fixée sur mon écran, dans une tentative d’afficher un air indifférent. Y’a qu’lorsque j’entends la porte s’ouvrir qu’j’finis par lever partiellement les yeux vers la blonde, emmitouflée dans une tenue digne d’un hiver glacial. Ca m’fait sourire, l’genre d’sourire qui, j’l’ignore, n’sont réservés qu’à la blonde. « Salut Raph. ». J’secoue la tête, pour tenter d’me virer une p’tite vanne d’l’esprit quant à sa tenue, afin d’me contenter d’un : « Salut. », qu’a quand même d’sacrés échos d’amusements, mais j’n’y peux rien, c’plus fort qu’moi. N’ayant pas mis ma partie sur pause, j’me reconcentre sur ma console, alors qu’Gaëlle s’installe, ‘fin, vie sa p’tite vie quoi. « Il fait trop froid dehors, c'est juste horrible ! », glisse-t-elle alors, comme une excuse quant à sa tenue. C’en est trop pour moi, j’peux plus retenir ma p’tite boutade, j’mets donc ma partie en pause, pour lui répondre, tout en la regardant, ouvertement taquin : « J’pensais qu’t’étais en train d’te préparer pour une excursion en Alaska, ou dans un pays d’ce genre ! ». Sachant pertinemment à quel point elle est frileuse, ça serait plus surprenant d’la voir s’risquer à aller dans c’côté du globe, mais bon. J’suis bien loin d’m’imaginer qu’on préparera sérieusement un voyage là-bas, à l’avenir, et pas pour n’importe quelle occasion, en plus : rien d’moins qu’pour notre voyage d’noces ! Malheureusement, ça n’pourra pas s’faire, du moins, pas sans qu’on doive endurer beaucoup d’péripéties, très compliquées et dont on s’serait bien passés ! A peine ma réplique terminée, j’me remets à mon jeu, n’remarquant donc pas, d’ce fait, la façon avec laquelle son regard ne m’quitte pas vraiment. Pas plus qu’j’ne cherche à savoir comment elle va : non pas par inintérêt, mais parce qu’la question du « Et toi ? », viendra, forcément, n’serait-ce qu’par politesse. Et qu’j’ai pas forcément envie d’prétendre qu’j’vais bien, alors qu’c’pas franchement l’cas. Bah ouais, sinon, j’serais pas là, et aller bien – réellement – avec un tel traitement, c’loin d’être facile. Et mon entourage l’sait bien, aussi est-ce peu habituel qu’cette routine s’poursuive, à l’hosto, ou même quand j’suis d’retour chez moi, après un p’tit séjour ici. « Quand mes mains ne seront plus gelées, il faudra que tu me fasses penser que j'ai des choses pour toi dans mon sac. », déclare Gaëlle, quelque temps plus tard. J’secoue la tête, m’décidant à couper la console : tant pis pour ma partie, j’vais pas rester encore un p’tit moment à jouer alors qu’elle est là. J’tiens à profiter d’sa présence autant qu’possible, et dans la mesure où mon cerveau peut l’supporter sans m’rendre cinglé du fait qu’elle m’est vraiment interdite. Pour toutes les raisons qu’j’ai énuméré précédemment. Pas envie qu’Riley lui fasse la gueule à cause d’moi. Pas envie qu’son père lui fasse vivre un cauchemar encore pire qu’actuellement. Pas envie non plus qu’des rumeurs à la con n’se mettent à voir l’jour à notre sujet. Déjà qu’y’en a quelques-unes – très peu, mais y’en a. M’enfin, des rumeurs, y’en a toujours, dès qu’j’me montre un peu proche d’une fille. J’dois avoir une tête du mec qui peut pas n’être qu’ami avec une personne du sexe opposé… Faut pas chercher à comprendre ! Pas envie, d'plus, d'la voir s'en prendre à nouveau plein la gueule, à cause d'ça, parce qu'des remarques désagréables, elle en mange suffisamment comme ça, par des gens qui n'la connaissent pas et s'permettent d'la juger.

Arquant un sourcil, j’lui fais remarquer, tout en déposant la console sur ma table de chevet : « T’déconnes ? Pour qu’tes mains n’soient plus gelées, va falloir qu’on attende jusqu’à ce que t’partes t’sais ? ». J’laisse échapper un p’tit ricanement. J’tapote un peu mon oreiller, pour m’asseoir plus confortablement, en m’en servant comme dossier, l’appuyant contre la tête de lit. (J’prends toutes les ruses possibles pour éviter d’voir mon regard s’attarder un peu trop longtemps sur la blonde qui tente d’se réchauffer.) Une fois cela fait, j’prends d’nouveau la parole : « C’qui va nous poser un problème, parce qu’j’sais pas si t’l’as remarqué, mais les Edgecombe n’sont guère patients hein ! », qu’j’balance tout en m’amusant à regarder son sac, comme pour chercher à deviner c’qu’y’a dedans. (Nan, c’est pas une nouvelle ruse. A peine. Faut bien c'qu'il faut pour éviter d'trop penser au fait qu'on est tout seuls dans ma chambre d'hôpital, et qu'j'pourrais tenter d'faire c'dont j'rêve depuis d'longs mois à présent, à savoir : l'embrasser enfin. Pas une bonne idée, j'l'ai déjà assez dit comme ça !) Un p’tit temps d’silence, puis j’lui fais savoir, alors qu’mon regard s’pose d’nouveau sur elle : « Allez, tes mains sont assez chaudes comme ça ! », tel un gosse qui vient d’prendre la route avec ses parents pour les vacances, et qui demande déjà s’ils sont bientôt arrivés à destination… Mais bon, c’est plus facile pour moi d’faire l’con comme ça qu’d’admettre à quel point j’me sens tout d’suite étrangement mieux quand elle vient m’rendre visite. Même si, parfois, il advient qu’j’déteste ses visites, simplement parce qu’elle m’voit plus affaibli que c’que j’suis en règle générale. Et ça, j’aime pas. Même en c’moment, j’me sens diminué, n’serait-ce que parce qu’en temps normal, j’serais debout, ou mes jambes pendraient l’long d’mon lit et s’agiteraient, dans la manifestation d’mon envie d’bouger. Ou j’aurais proposé qu’on aille s’balader, dans les couloirs ou dehors. Mais j’sais qu’au bout d’quelques pas seulement, j’serais déjà claqué. C’pas pour rien, après tout, qu’j’ai dormi un peu, avant d’aller voir mes potes. Bon, OK, y'a p'têtre aussi un peu du fait qu'j'avais pas envie d'paraître trop amorphe devant elle, j'avoue...


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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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Re: (Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Mar 12 Juil - 18:28 )

There is a first time for everything.
The first kiss is the passionate one; it’s the one filled by desire and attraction and all that. But the second one is rational; you get time to think about it, worry and over analyze. Most women prefer that first kiss, but I’m partial to the second one because it’s about something more. This could be so much more. So much more than a casual kiss, and a quick caress beneath the sheets. This really could be the beginning of something, something that’s takes us both somewhere, that translates both of us. Changes us. And we can only do it together.
Raëlle
Alors que je suis au côté de ma tante, Sharon, dans sa nouvelle voiture -celle de ses rêves, ni plus ni moins-, il m'est tout juste impossible de ne pas me demander dans quel état je vais bien pouvoir trouver Raphaël aujourd'hui. Si je ne lui montre pas à quel point sa santé m'inquiète, c'est tout simplement pour lui prouver que si je viens le voir dans cet endroit, ce n'est nullement par pitié ou autre chose de ce genre, mais bien parce que j'en ai envie. Toutes les craintes au sujet d'une dégradation de sa tumeur sont laissées derrière moi. Je n'ai vraiment pas envie de ressembler à toutes ces personnes qu'on trouve auprès de nombreuses personnes malades et qui les perçoivent différemment alors qu'ils sont -il faut le dire-, dans une situation plutôt délicate. Bien entendu, malgré mon jeune âge, j'arrive à les comprendre. Après tout, on partage la même peur. Mais, je sais très bien pour l'avoir vu dans le regard de Raphaël, qu'il attend bien plus que ça de ma part. Oui, c'est sans doute bête à dire ou même à penser, mais j'ai l'imtime conviction qu'il apprécie ma façon d'être et d'agir avec lui. Comme je lui ai déjà dit à de nombreuses reprises, il reste l'attachiant Edgecombe par excellence et ça, qu'il soit malmené par cette foutue Tumy ou non. Il est toujours ce Raphaël qui veille sur moi. J'en ai conscience, même si je préfère me dire qu'il agit ainsi parce que je suis plus jeune que lui, parce que je suis une fille, parce que j'étais avec son frère .. Tant de justifications diverses et variées, alors même que la principale ne me saute pourtant pas au visage. Ou alors, peut-être que je m'y interdis pour les mêmes raisons. Je ne suis qu'une gamine à côté de lui et surtout, j'ai grandi avec son frère, au point qu'on est sorti ensemble pendant un moment. Et oui, malgré notre jeune âge. Mais ce petit et jeune couple qu'on formait n'avait surpris personne au final, tant on nous voyait passer du temps ensemble et que cela semblait être tout tracé entre Riley et moi. A bien y réfléchir, je pense pouvoir dire qu'on s'est mis ensemble à force d'entendre ces personnes autour de nous ne cesser de nous dire qu'on va bien ensemble. Certaines personnes en étaient même à dire que grâce à Riley, j'allais troquer mon nom de famille par le sien et ainsi rejoindre le clan Edgecombe. Avoir grandi en entendant Gaëlle et Riley avait sans doute conditionné notre petite histoire, nous forçant certainement à se voir avec l'autre. A se projeter dans ce futur que les plus grands s'amusaient à nous tracer. Après, je ne lui rejette absolument aucune faute. Riley à cette place dans mon cœur qui lui est toute particulière, et n'allez pas à le critiquer devant moi, de même que vous ne devriez pas placer un mot de travers sur ce qu'on a vécu. Ce n'est pas à vous d'en juger. Et, personnellement, si certaines choses ne me troublaient pas comme elles le font depuis bien des semaines -voire même plus que ça-, on serait encore ensemble. Je pense. Il n'est de loin pas à blâmer dans cette histoire. Riley a toujours été plus que correct et adorable avec moi et même si on n'est plus ensemble, il me prouve que cela restera entre nous. Certes, on n'est plus l'un avec l'autre autant que possible. On a besoin, en fait, de se retrouver et de vivre un peu pour nous plutôt que pour ce qu'on veut de nous. J'ai donc la chance de pouvoir dire que je suis encore en bons termes avec mon premier petit-copain. Quand je vois certaines personnes cracher sur la personne qu'ils ont un jour aimé.. Je ne comprends pas, simplement parce que je n'ai pas à vivre ce genre de choses. Et je tiens à Riley. Énormément. Je n'imagine même pas les conséquences qu'aura ce geste fou que je vais avoir d'ici .. quelques heures maintenant. Mais en tout cas, cela va être sans regret.

Franchement, si la neige n'était pas aussi glissante qu'elle peut l'être dès lors que je marche dessus, il est clair qu'on pourrait facilement être plus potes qu'on ne l'est en ce moment. Bon, mes semelles assez lisses n'aident pas grandement, je l'avoue. Mais quand même. C'est habituel pour moi de me croire sur le glaçon d'une patinoire dès que Londres s'enroule de son beau manteau blanc. Et même si je suis une frileuse de compet, que j'ai toujours froid et bien, l'hiver n'est pas forcément une période de l'année que je déteste. Raisonnablement, bien entendu. Surtout qu'il y a toute la magie de Noël, des fêtes de fin d'année.. Mon père m'offre tout de même un cadeau à cette période. Mais, ne me demandez pas s'il fait ça pour se faire bien voir -ce qui est tout à fait possible lorsqu'on le connaît réllement- ou s'il est encore un minimum humain au fond de sa carcasse détestable. Peut-être même est-ce Sharon qui l'y oblige, je n'en sais rien. En tout cas, j'ai une nouvelle radio dans ma chambre. Et ça, c'est plutôt classe. Je peux au moins écouter un peu de musique pour tenter de camoufler ses discours à la con lorsqu'il vide les bouteilles les unes après les autres dans le salon. Mais jamais trop fort pour entendre les marches de l'escalier en bois grincer lorsqu'il a décidé que ses mains le démangeaient un peu trop pour que ce soit supportable. Enfin, j'arrive devant ces grandes portes que je m'empresse de passer pour être au chaud. Et il n'empêche que je pense à la folie de mon père.. Il y a quelques mois de cela, Riley a remarqué des traces en plus dans le haut de mon dos. « Gaëlle ? Qu'est-ce que c'est, là ? Sur ton dos ? » Un simple haut qui descendait un peu trop après avoir joué la larve sur mon lit, et il a su. Sur le coup, mon regard s'est teinté de crainte. Une peur soudaine puisqu'il n'aurait pas dû voir ça. « C'est rien. » que je lui ai simplement répondu, certainement bien loin d'être convaincante. Ou alors, j'avais oublié momentanément de quoi un Edgecombe peut bien être capable. Alors que je remettais mon vêtement plus convenablement, sa main est venue se poser sur la mienne pour me stopper dans mon geste. « Qui t'as fait ça ? » Mes yeux s'étaient fermés pour ne pas craquer plus que je ne le devais et surtout, en sachant très bien que si mon père apprenait que quelqu'un se doutait de quelque chose .. « J'suis juste tombée.. Dans les escaliers. » Après tout, j'étais abonnée aux chutes en tous genre, mais ça n'a pas pris face à lui et je me suis contentée de lui résumer les choses sans tout lui dire. Il était le premier à savoir. Je lui ai fait promettre de n'en parler à personne, mais le poids de ce secret devait être trop lourd à porter pour une seule personne. Une chose qui peut, bien entendu, se comprendre. Et alors que je marche dans ce couloir pour me rendre jusqu'à la chambre de Raphaël, l'idée que lui aussi sache ce qui se passe à la maison me fait perdre quelques brèves secondes ce sourire que j'arbore habituellement.

Face à sa porte, j'hésite. Il y a même un faux départ avant que je ne me décide à lui indiquer ma présence par cette façon de toquer à sa porte qui m'est toute particulière. Un petit code entre nous pour qu'il sache que c'est moi qui arrive. Heureusement que je ne lui ai pas donné d'heure pour débarquer. Mon penchant de retardataire chronique aurait eu raison de moi. « T’peux rentrer ! » que j'entends alors, ce qui me fait littéralement rater un petit battement. C'est dingue, mais depuis un moment maintenant, je ne me reconnais presque plus lorsqu'il est question de Raphaël ou qu'il est dans les parages. Nos regards s'accrochent bien trop, mais j'ai tellement peur de ses propres raisons, à lui, qui le poussent à ça. Quelque chose a clairement changé dans ma façon de me sentir lorsqu'il n'est pas loin. Silencieusement, j'inspire un grand coup pour me donner un peu d'aplomb et surtout pour reprendre mes esprits. En quelques mots, il m'a déjà bien affaiblie. Une fois la porte refermée, je tache de faire comme si de rien était en le saluant puis en déposant mes affaires comme d'habitude. « Salut. » Ok. J'arrive à sentir son sourire rien que dans cette salutation qu'il me lance alors qu'il est sur sa console. Ce n'est de loin pas railleur, mais plus de l'amusement. Je m'évertue à laisser tomber mes couches de vêtements les unes après les autres pour finalement lui faire remarquer qu'il fait tellement froid dehors .. Une sorte de tentative échouée pour justifier ma tenue polaire. « J’pensais qu’t’étais en train d’te préparer pour une excursion en Alaska, ou dans un pays d’ce genre ! » Ma tête se tourne vers lui alors qu'un sourire plus qu'amusé se fait une place sur mes lèvres. Posant mon écharpe de sorte à ce qu'elle sèche un peu, j'hausse doucement mes épaules avant de filer jusqu'à mon perchoir attitré. « T'as presque raison. En fait, je pars chercher le yéti pendant les prochaines vacances. » N'importe quoi Gaëlle. La p'tite voix dans ma tête en vient à lever les yeux au ciel face à mon lot de connerie qui ne diminue jamais de jour en jour. « Y'a encore quelques places, si ça te dit. » Et forcément, comme ce n'est pas vrai, mais plutôt un gros délire, je ne fais même pas mention à son hospitalisation. Comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas parce qu'il est dans cette chambre qu'il a changé. Il se fait juste soigner, rien de plus. Alors pourquoi cesser de délirer ? Et rien que l'idée de faire un petit voyage avec cet Edgecombe me plaît pas mal.. Croisant mes chevilles puisque mes jambes ne touchent même pas le sol, j'en viens à poser mes mains toutes froides sur le rebord bien chaud, tout en regardant Raphaël. Pas besoin de lui demander comment il va. Il semblerait que ce ne soit pas la grande forme aujourd'hui. Mon p'tit cœur se prend d'ailleurs un coup, sachant très bien que je ne peux rien faire pour améliorer son état. Finalement, il éteint sa console pour la mettre de côté alors que je lui dis qu'avant de sortir ce qui se trouve dans mon sac, il faut que je me réchauffe un peu. « T’déconnes ? Pour qu’tes mains n’soient plus gelées, va falloir qu’on attende jusqu’à ce que t’partes t’sais ? » L'entendre me balancer ça, suivi de ce rire m'en arrache un à mon tour, alors que ma tête s'abaisse légèrement. Et oui, ce n'est vraiment pas un cadeau d'être ainsi frileuse ! Pourtant, si je savais que l'Edgecombe était aussi efficace que ça en tant que chauffage perso -une fonction que je vais nettement utiliser les années qui suivent-, je n'hésiterai même pas à aller me jeter dans ses bras. Sauf que.. Ca reste Raphaël. Je l'observe du coin de l’œil remettre son oreiller en place avant de suivre son regard qui se pose sur mon sac. Chose qui me fait clairement sourire. « C’qui va nous poser un problème, parce qu’j’sais pas si t’l’as remarqué, mais les Edgecombe n’sont guère patients hein ! » Ah ça ... ! J'en soupire, tellement j'ai déjà pu remarquer ça. Mes yeux se reposent sur l'occupant des lieux alors que je suis à deux doigts de me mordre la lèvre. « Oh t'en fais pas pour ça. Dans une autre langue que la nôtre, je suis certaine qu'Edgecombe rime avec impatients. » Et bien d'autres choses aussi. Dont, par exemple, attachiants. Heureusement pour eux qu'ils sont plus attachants que chiants. Quoique, ça dépend des moments en fait. Et pour en revenir à mes mains froides, le temps d'attente pour les réchauffer et ma venue jusqu'ici.. « Surtout que tu vas devoir me supporter un moment. Sharon est partie faire quelques courses dans plusieurs magasins. » J'en viens à laisser mes jambes se balancer doucement. « Donc, y'a le temps. » Chose qui ne me déplaît pas tellement d'ailleurs. Je me tourne alors, légèrement, vers la fenêtre pour regarder ce qui se passe dehors. Une autre habitude que j'ai prise en venant ici -ou même, n'importe où, dès qu'il y a des fenêtres-. Et puis d'ici, il faut dire qu'il n'a pas une vue si dégueulasse que ça. Et là, je sens que l'Edgecombe impatient en Raphaël se réveille. « Allez, tes mains sont assez chaudes comme ça ! » J'en viens à me marrer tout en le regardant, avec un regard légèrement pétillant. Comme quoi, il suffit qu'il ne soit pas bien loin pour n'avoir qu'une envie : sourire. Sachant que mes mains sont loin d'être encore froides, je n'hésite même pas à descendre de mon perchoir pour me poster devant Raph, m'appuyant contre son lit pour pouvoir atteindre son visage de mes deux mains. Il n'en faut pas plus pour qu'un nouveau rire se fasse entendre de ma part alors que je les laisse quelques petites secondes sur ses joues. Mauvaise idée en fait. Je n'ai pas pris en compte les conséquences que peut avoir un tel geste sur ma propre personne, si bien qu'il n'y a pas que mes mains qui se retrouvent être réchauffées, mais aussi mes joues. Et là, intérieurement, je ris nettement moins. Après une gifle mentale, je reprends mon sourire habituel ainsi que mes mains déjà bien trop fautives à mon goût. « Alors, elles sont suffisamment réchauffées pour l'Edgecombe impatient que t'es ? » Une question posée alors que je me suis déjà tournée vers mon sac pour m'en saisir et le poser sur le lit. Rapidement, je viens m'y asseoir à mon tour comme très souvent, en repliant l'une de mes jambes et après avoir pris soin de me débarrasser de mes chaussures, bien évidemment. « Alors.. » que je lâche en ouvrant mon sac. « J'ai plus de choses pour toi qu'à moi là-dedans. » Constatation glissée alors que je relève mon regard vers lui, alors qu'il se trouve face à moi. Finalement, j'en sors son matériel de dessin confié par les Edgecombe en sachant que j'allais le voir, mais aussi ma fameuse boîte à gâteaux qui n'est pas seule, puisqu'il me reste encore quelques tablettes de chocolat à l'intérieur. Fronçant légèrement les sourcils, je n'hésite pas à lui demander. « Dis, Raph.. T'as mangé aujourd'hui ? » Je connais la réponse à cette question rien qu'en le regardant. Ce n'est pas la première fois que je dois ruser pour lui faire avaler ne serait-ce que quelques bouchées. Ça, les infirmières ont dû le remarquer d'ailleurs. Même si je me doute que son traitement l'affaibli, il doit prendre des forces pour mener ce combat. J'essaie de sourire, tout en posant l'une de mes mains sur celle de Raphaël. « Si tu dévores au moins un cookie en entier, t'auras une surprise. » Une foutue idée en tête qui laisse une proposition qui m'étonne moi-même. Là, j'avoue que je suis juste obligée de regarder ailleurs, tellement une image tourne en boucle dans ma tête.. S'il accepte ce cookie ... Il n'y a plus qu'à espérer que la surprise lui convienne tout autant ou alors il me faut une idée de génie pour trouver une autre surprise. Galère ..

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Re: (Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Mer 31 Aoû - 2:10 )

Raëlle
J'suis un homme ordinaire, aux idées ordinaires, et j'ai mené une existence ordinaire. Aucun monument n'sera élevé à ma mémoire, et mon nom sera vite oublié. Mais j'ai aimé un être d'tout mon cœur, d'toute mon âme. Et, pour moi, cela suffit à remplir une vie. Les esprits romanesques considéreront cet amour comme une magnifique histoire, les cyniques comme une tragédie. Pour moi, c'est un peu des deux. Mais qu'importe, au bout du compte, l'regard qu'on choisit d'y porter : il n'change rien au fait qu'cet amour a été au centre de ma vie, qu'il a guidé chacun d'mes pas. J'n'ai pas à m'plaindre d'la route et des endroits où il m'a entraîné. Dans d'autres domaines, peut-être ai-je suffisamment d'griefs pour emplir l'chapiteau d'un cirque, mais en amour l'chemin qu'j'ai choisi a toujours été l'bon. Jamais j'n'ai souhaité en prendre un autre. (Citation remaniée de Nicolas Sparks – The Notebook).


Comment pourrais-je seulement imaginer qu’ma vie va incontestablement prendre son tournant l’plus important en c’jour précis ? Pour moi, après tout, ça n’est qu’un jour comme tant d’autres, dans une chambre d’hôpital comme j’en ai occupé bien assez au fil des années. Alors d’là à imaginer qu’j’m’apprête sans doute à vivre l’événement l’plus marquant d’ma chienne de vie, c’pas facile. Ca l’est d’autant moins quand on est, comme moi, peu habitué à c’qu’la vie puisse prendre la tournure qu’on aimerait la voir emprunter (bien que, comme dans mon cas, on redoute aussi grandement que ça puisse advenir, au vu des répercussions peu reluisantes qui risquent d’en découler…). C’aussi pour ça qu’j’évite, autant qu’possible, d’penser trop à c’que j’ressens pour Gaëlle, car ça m’rendrait fou. ‘fin, remarquez, j’pense assez à cette situation merdique comme ça, y’a pas besoin que quoi qu’ce soit d’l’extérieur m’le rappelle… C’que j’pourrais dire ou faire quand j’la vois, ça me hante à chaque fois, mais j’parviens à reléguer tout ça dans un recoin, lointain et sombre, d’mon cerveau. Pour ce faire, à chaque fois, j’dois puiser au plus profond d’moi pour éviter d’céder à ma faiblesse d’craquer face à elle. Loin d’être facile, au contraire, ça m’demande un sacré effort. Et dire qu’dans quelques années, m’amuser à lui résister l’plus longtemps possible n’sera qu’un vaste jeu, pour moi, pour nous. Pour l’moment, une telle possibilité m’parait plus qu’incongrue, car même dans mes rêves les plus fous, nous n’pouvons être ensemble ! D’ailleurs, si j’veux être franc, c’parce que j’ai douloureusement conscience d’ça qu’j’ai dans l’idée d’me barrer. ‘fin, si tant est qu’j’parvienne à avoir mon bac, j’veux dire, Tumy risquant fortement d’se mettre en travers d’mon chemin. Mais si ça arrive, j’ai pas franchement envie d’rester dans les parages. Si j’veux oublier la blonde, il est préférable qu’j’aille très loin d’elle (et comme ça, j’pourrais m’concentrer sur mes cours, et non sur c’qu’elle fait, et avec qui !). Londres n’est donc pas une option, car beaucoup trop près d’elle. J’ai déjà commencé à chercher quelques écoles d’Art, intéressantes, et loin. J’ai qu’l’embarras du choix. Et du temps avant d’vraiment devoir faire mon choix (pis j’avoue qu’j’préfère éviter, tant qu’possible, d’me projeter trop dans l’avenir, vu qu’celui-ci est plus qu’incertain, même si j’aimerai, comme tout l’monde, avoir l’droit à une vie d’une longueur normale…). M’enfin, l’habitude d’me projeter dans l’avenir, j’l’ai perdu (j’l’avais déjà pas des masses avant !), dès qu’j’ai pris conscience de c’qu’avoir une tumeur impliquait. N’allez cependant pas conclure qu’j’pense jamais à mon avenir : j’y pense. Juste bien moins souvent qu’les gens d’mon âge. Car survient tôt ou tard la question du « Et si Tumy avait finalement raison d’moi ? », question qui m’fout franchement l’cafard ! Mais j’vais pas m’étaler dessus, pas plus qu’j’vais redire à quel point j’ai envie d’lutter contre Tumy, ça n’serait qu’une perte de temps, et l’temps, quand on est malade, c’est précieux ! Pis, d’toute façon, j’ai bien plus intéressant à faire, comme profiter d’la présence d’une certaine blonde à mes côtés ! (Pas d’commentaires sur l’fait qu’cette blonde soit précisément celle qu’j’devrai éviter d’côtoyer.)

C’d’ailleurs impressionnant, mais quand elle arrive, comme à chaque fois, mon cerveau s’voit étrangement vidé d’tous les tracas qui pouvaient s’y trouver. Bon, c’pas non plus l’miracle d’l’année, car en contrepartie, il s’trouve qu’j’dois bien plus prendre sur moi qu’lorsqu’elle n’est pas là, afin d’éviter d’faire une connerie. Sachant qu’mon cerveau disjoncte à moitié quand elle est là, ça fait craindre le pire… Fort heureusement, il reste suffisamment présent pour qu’j’puisse la vanner (sinon, ça serait rudement incongru, vu qu’j’taquine les gens quasiment 24h/24, ‘fin, ceux qu’j’apprécie, du moins !). C’est ainsi qu’j’m’amuse à évoquer la possibilité qu’vu sa tenue, elle s’prépare à un p’tit voyage en Alaska. On s’vanne déjà bien, à cette époque d’notre vie, et pourtant, c’sans comparaison avec c’que ça sera, à l’avenir, et qui sera une particularité d’notre couple. Toutefois, ça doit être assez flagrant pour qu’nos proches l’aient constaté, et s’soient ainsi rendus compte, bien avant nous, de c’qui nous unit. Certains nous l’avoueront, d’ailleurs, dans quelques semaines… Toutefois, il m’faudra un long moment avant d’être en mesure d’admettre qu’non, ils n’s’étaient pas fait des films ! « T'as presque raison. En fait, je pars chercher le yéti pendant les prochaines vacances. », m’répond finalement Gaëlle, c’qui m’arrache, sans surprise, un grand sourire. Me demandez pas depuis quand exactement on a commencé à se taquiner d’la sorte, tant j’ai l’impression qu’ça a toujours été comme ça, entre nous. A tel point qu’j’y fais même plus gaffe, c’est purement routinier, pour moi. Et, j’avoue, ça m’contrarie, un peu trop pour qu’ça n’signifie rien, quand ce p’tit jeu n’peut avoir lieu entre nous. Soit parce qu'nous sommes trop occupés pour ça, soit parce qu'y'a des p'tites tensions entre nous.Ca m’donne l’sentiment d’être invisible à ses yeux, (plus encore quand elle paraît en colère contre moi), sensation qui s’estompe quand on s’taquine d’la sorte, et plus encore quand j’parviens à lui arracher un rire. Depuis un p’tit moment, en effet, j’me suis mis en tête d’l’amuser autant qu’possible. Dans un curieux mélange d’envie d’lui plaire, (j’le cache pas), mais aussi dans une volonté d’lui changer les idées. Cela sera encore plus vivace, au fil du temps, vous vous en doutez bien, vous avez même dû l’constater d’vos yeux, si vous avez suivi nos aventures, à Gaëlle et moi. « Y'a encore quelques places, si ça te dit. », renchérit bien rapidement ma jeune voisine. Et c’sans doute ça, qu’j’préfère quand on est ensemble : l’aisance avec laquelle on s’répond l’un à l’autre, enchaînant les conneries avec un naturel déconcertant. Toutefois, j’refuse d’comprendre c’que ça peut signifier, n’préférant voir ici qu’une chose : la preuve qu’on s’connaisse depuis longtemps. Du fait, nos délires sont – forcément – semblables. J’refuse également d’réaliser qu’ce ping-pong d’la connerie, je n’l’ai pas avec toutes les personnes que j’connais depuis toujours. Bien loin d’là, même, mais j’vais vous prier d’me faire confiance, j’ai juste la flemme d’énumérer la liste d’ces rares personnes (d’autant plus qu’vous en connaissez peu, étant donné qu’il n’en restera pas beaucoup, parmi mes proches, à l’avenir – soit l’époque à laquelle vous avez appris à m’connaître !). J’pousse un p’tit soupir, presque moralisateur, alors qu’j’poursuis sur la lancée initié par Gaëlle : « T’vas aller aussi loin pour ta 1ère excursion ? ». Tout en m’grattant un p’tit bouton d’moustique qu’j’ai « acquis » récemment, sur ma main droite, j’tente d’poursuivre, sans m’départir d’mon pseudo-sérieux : « T’vas  finir en p’tit glaçon : t’es déjà gelée rien qu’en Angleterre… ». C’est seulement à c’moment qu’mon visage prend un air plus facétieux, à présent qu’ma connerie a pu sortir. J’peux pas l’deviner l’moins du monde, mais il s’agit d’la 1ère évocation d’un délire qui sera alors récurrent entre nous : une Gaëlle en tant que p’tit glaçon, et tout c’qu’on s’amusera à dire à c’sujet ! D’toute façon, comme vous avez déjà dû en prendre conscience depuis un p’tit moment, Gaëlle et moi, on s’connaît depuis tellement longtemps qu’il est bien compliqué d’démêler les p’tites manies qui datent de toujours, de celles qui n’verront l’jour qu’lorsqu’on aura enfin décidé de s’mettre ensemble. De même, je n’peux m’douter une seule seconde qu’ça nous conduira à nous amuser de notre différence de température corporelle, qui fera d’moi son radiateur. Mais, une fois encore, nous n’en sommes pas encore à ça, et mon imagination n’est même pas en mesure d’se projeter dans une telle réalité ! Et pourtant, elle est débordante ! « Puis j’préfère partir en quête de Nessie, navré ! », qu’j’ajoute alors, m’la jouant ouvertement chauvin, en évoquant le Monstre du Loch Ness. Un mystère qui m’intrigue depuis toujours, comme tant d’autres du même genre, mais l’un des rares qui m’inspire autant. Et ce, même si, pour l’instant, j’ai jamais eu la chance d’aller au bord d’ce lac si célèbre à travers l’monde. Enfin, j’aurai dû y aller, en fin d’année scolaire dernier, mais ça ne s’est pas fait : merci Tumy. Toute ma classe a pu partir, alors que moi, mon voyage m’a conduit… à l’hôpital… Oh joie ! Heureusement qu’lorsque ma santé l’permet, ma famille n’s’oppose pas à c’que j’accompagne mes comparses à nos voyages scolaires, sinon, j’crois qu’j’deviendrais définitivement cinglé. Bon, cela dit, j’sais déjà qu’les voyages en dehors d’l’Angleterre n’pourront s’faire dans l’cadre scolaire, mes parents n’seront pas rassuré d’me savoir aussi loin, sans un toubib à proximité. Et ce, même si mes profs m’gardent à l’œil… C’à cause d’ça qu’j’galère, quand j’commence à réfléchir à quelle fac intégrer. Car mes parents préféreraient que j’reste vers Londres, là où les toubibs connaissent mon dossier. Et ce, même si j’parviens à intégrer une fac à proximité d’un hôpital très réputé. En bref, j’ai pas cessé d’mener des combats pour tenter d’avoir l’droit à une vie un minimum normal. L’ironie a en effet voulu qu’alors qu’j’étais en quête d’l’obtention d’ma liberté, Tumy m’soit tombée dessus, pour plus m’lâcher, moi qui, d’la fratrie, a toujours été celui qui voulait s’montrer l’plus indépendant ! C’qu’est pas toujours facile pour moi, j’dois avouer qu’parfois, j’sais pas c’qu’est l’pire : la maladie et tout c’qu’elle engendre sur moi, ou la maladie, et tout c’qu’elle engendre sur mon entourage. Et c’bien pour ça qu’j’apprécie – encore plus qu’avant – la présence d’Gaëlle. Car elle fait bien partie des rares personnes à n’pas avoir changer son comportement à mon encontre, depuis qu’j’suis malade. Et ça, mine de rien, c’important pour moi. Comme l’atteste notre conversation, qui n’prend pas une tournure plus sérieuse, alors qu’elle s’poursuit. La fille d’mon parrain m’annonce qu’elle a des trucs pour moi dans mon sac, c’qui éveille mon impatience, et celle-ci amuse la blondinette. Pour mon plus grand plaisir, même si je dissimule l’indéniable allégresse qu’provoque en moi l’fait qu’elle laisse échapper un autre rire. J’vous l’ai déjà dit, j’prends ma mission d’l’amuser très à cœur. P’têtre un peu trop, car à chaque fois qu’j’arrive à lui arracher un rire – mais attention, un vrai ! - , ça m’donne l’impression qu’j’ai réussis un miracle. Plus encore qu’lorsque j’parvenais à faire oublier sa maladie à Jack, au cours de ses derniers – douloureux et atroces – mois. Et pourtant, j’ai rapidement pris l’gosse sous mon aile, bien avant qu’il n’devienne l’chouchou d’notre p’tit groupe d’malades. Ce qui n’a pas cessé, alors que la santé du passionné de pirates déclinait. Chacun d’ses rires étaient pour moi une victoire sur la Mort qui tentait d’le faire ployer devant lui. C’pour atténuer l’Mal qui l’rongeait qu’j’ai commencé à « travailler » (artistiquement) sur la piraterie, offrant ainsi l’fruit d’mon travail à Jack. A chaque fois, ça lui arrachait un sourire. Et pourtant, c’incomparable avec c’que j’peux bien ressentir lorsqu’Gaëlle sourit ou rit, réellement. Quand ça s’produit (et plus encore, quand j’en suis la cause), c’comme si j’avais enfin trouvé ma place et ma raison d’être. Comme si plus rien d’autre n’a d’importance, hormis cette blonde, son sourire et/ou son rire. J’sais, c’con, mais c’comme ça… C’d’autant plus débile qu’j’sais qu’il en faudrait beaucoup plus pour réellement lui faire oublier son horrible père, pour la protéger d’la nuisance incessante qu’celui-ci représente sur sa vie. Mais c’déjà bien, car j’sais qu’j’suis incapable d’réaliser cet exploit. Ou plutôt, qu’j’n’en ai pas l’droit. Pour d’nombreuses raisons. Et c’sans doute cela qui m’motive, par-dessus tout, à chercher une université loin d’ici. Car j’sais qu’j’supporterais difficilement d’voir Gaëlle avec un autre mec, et encore plus difficilement d’la voir s’épanouir, grâce à lui. Ca peut paraître égoïste, j’en ai conscience, mais j’peux pas lutter contre, malheureusement… « Oh t'en fais pas pour ça. Dans une autre langue que la nôtre, je suis certaine qu'Edgecombe rime avec impatients. », m’répond-t-elle, continuant dans la lignée de l’impatience, avec laquelle j’me suis qualifié un peu plus tôt. « Carrément ! », voici la p’tite réponse qu’j’lui offre, avec toute la conviction qu’j’ressens. J’suis assez fier d’l’impatience qui colle si bien à la peau des miens. Même si elle cause quelques sueurs froides au personnel hospitaliers qu’j’suis amené à côtoyer régulièrement ! A moins qu’ça n’soit simplement mon caractère d’cochon qui soit en cause, j’sais pas trop ! J’sais juste qu’certains m’adorent alors qu’d’autres m’supportent pas, tout simplement. Et cette extrémité, dans les sentiments du personnel hospitalier, concerne également les membres d’ma famille : j’ai surpris quelques conversations à c’sujet, dans les couloirs d’l’hôpital. Et j’m’en fous, ayant appris très tôt à n’pas m’soucier d’l’avis des autres, exceptions faites d’mes proches, bien entendu (et encore, c’pas vrai pour tout l’monde, certains, avec l’temps, j’en suis venu à m’en foutre complètement : Oscar étant l’exemple l’plus probant d’cela…). Bref, tout ça pour dire qu’la vie n’a eu d’cesse d’m’apprendre à avoir une carapace autour d’moi, et qu’du coup, on peut compter sur les doigts d’une main les personnes qui ont réussis à la briser, et qui sont extérieurs à ma famille (donc, virez Gab d’cette liste). Aies-je besoin d’dire qu’Gaëlle fait partie des rares individus ayant réussi cet exploit, presque plus complètement qu’Erin n’l’a fait et n’pourra l’faire ?

« Surtout que tu vas devoir me supporter un moment. Sharon est partie faire quelques courses dans plusieurs magasins. Donc, y'a le temps. », m’fait-elle savoir, toujours vers le radiateur, en quête de chaleur. « Oulà, on est mal barrés alors ! », feins-je d’m’offusquer, après m’être amusé à faire claquer ma langue contre mon palais, comme si ça m’agaçait d’devoir la supporter aussi longtemps. Faut dire aussi qu’Sharon est réputée pour faire d’longues courses, car elle croise sans arrêt des gens qu’elle connaît, et qu’elle bavarde alors longuement avec eux. Sans oublier qu’elle fait gaffe à c’qu’elle achète, et qu’elle a plusieurs boutiques d’prédilection pour trouver c’dont elle a besoin, donc, ça peut parfois s’avérer long. Mais ça m’arrange, bien entendu. ‘fin, en un sens: j’pense qu’j’ai pas besoin d’répéter d’où vient l’ambivalence d’mes sentiments. J’pressens donc naturellement qu’les heures à venir vont m’paraître aussi courtes qu’très longues. Mais j’en ai l’habitude, d’ça….Tout comme j’suis habitué au fait qu’la tante d’Gaëlle, en venant récupérer sa nièce, m’assaille d’mille et une question, sérieuses et farfelues à la fois, tout en tentant d’me refourguer des trucs à manger. Sa manière à elle d’prendre soin d’moi, j’présume. C’à se demander comment il est possible qu’Oscar et elle soient frère et sœur, tant ils sont à l’opposé l’un d’l’autre. Bon, OK, là, c’p’têtre la rancune qu’j’éprouve pour l’père d’Gaëlle qui s’fait ressentir ! Pour en revenir à ma prétendue consternation, j’en rajoute une couche, en mentionnant l’fait qu’ses mains doivent être assez chaudes, à présent. J’m’amuse ainsi à faire entendre qu’si elle doit rester ici aussi longtemps qu’ça, on n’est pas sorti d’l’auberge, pour qu’ses mains soient considérées comme ayant atteint une température correcte. C’qui fait qu’j’vais devoir attendre encore un p’tit moment avant d’savoir c’qu’elle a bien pu m’amener. Et observer son sac avec curiosité n’aide pas à savoir c’qui s’y cache. J’pourrais bien m’lever pour aller regarder d’plus prêt c’qui s’trouve là-dedans, mais ça n’serait guère poli, tout d’même. Pourquoi j’ai pas des rayons X à la place des yeux ? (Merci d’pas répondre à cette question purement stupide !). Mon impatience devient plus visible, contre mon gré, alors qu’mes doigts s’mettent à tapoter vivement contre mon lit, dans un rythme d’plus en plus rapide. Bon, pour être tout à fait honnête, ça n’manifeste pas uniquement d’mon impatience, mais aussi d’mon embarras à l’idée d’être seul aussi longtemps qu’ça avec Gaëlle. Non pas qu’ça soit inhabituel comme situation, pourtant, plus encore lorsqu’elle vient m’rendre visite à l’hosto. La différence tient là du fait qu’les fois précédentes, j’avais pas eu une longue conversation avec Erin, au sujet d’Gaëlle. C’qui n’arrive pas non plus souvent, faut pas déconner, même si la blonde est un sujet assez récurrent, avec Erin, mais aussi avec Gab (même si Erin est celle des deux qui préfère nettement évoquer la blonde au cours d’nos discussions.). Si la blonde a été évoquée aujourd’hui, c’parce qu’elle a hantée mes rêves cette nuit. N’laissez pas votre imagination faire des siennes non plus, car il n’s’est pas non plus passé des choses extravagantes, dans mes songes. Bien qu’pour moi, ça n’ait déjà été amplement suffisant pour m’mettre la tête à l’envers, et ce, depuis mon réveil. Que s’est-il donc passé dans l’monde onirique ? J’ai simplement revécu l’moment où nous étions tous deux dans la salle de bains, chez moi, celui où j’ai, pour la 1ère fois d’ma vie, sérieusement songé à l’embrasser. A la différence notable qu’là, j’l’ai fait, bien qu’une partie d’moi savait qu’j’ne devais surtout pas l’faire. Pitié, n’allez surtout pas m’coller un quelconque don pour « deviner » par avance c’qui va s’passer dans ma vie (oh, j’spoile les gens, j’suis vil !), car ça n’est pas l’cas. Il s’trouve juste qu’depuis c’fameux moment, où ma résolution a méchamment commencé à s’fissurer, j’n’ai cessé d’repenser à c’qui aurait pu s’produire. C’baiser, j’l’ai vu des centaines de fois dans mon esprit, mais, jusqu’alors, j’étais éveillé, c’était seulement quand mes pensées dérivaient, car c’qui s’passait autour d’moi ne m’intéressaient guère. A la longue, ça a visiblement dû bien trop m’dévorer d’l’intérieur, et ressurgir dans mes rêves. Point final. Pour en revenir à nos moutons : J’suis d’ailleurs encore occupé à… « dévisager » l’sac d’Gaëlle, alors qu’celle-ci ricane d’mon dernier râlage sur l’temps qu’mettent ses mains à chauffer. C’est aussi parce qu’mon attention est focalisée sur autre chose qu’la jolie blonde qu’j’la vois pas s’approcher d’moi. D’où l’fait qu’j’sois plus qu’surpris lorsqu’la Gates s’retrouve soudainement vers moi, appuyée contre mon lit, posant ses mains sur mon visage. Mes yeux s’écarquillent, en s’posant sur Gaëlle, tandis qu’l’étreinte d’ses mains autour d’mon visage s’fait plus marquée, et qu’j’prends conscience qu’non, j’suis pas victime d’un tour malsain d’mon cerveau. C’qu’est assez complexe, car elle n’est pas des plus tactile, en général, la blonde (comme moi), et j’pense qu’ma stupéfaction est telle qu’il m’est impossible d’la dissimuler. Suffit d’voir à quel point mes yeux sont écarquillés pour en prendre conscience, mais aussi d’remarquer qu’j’en suis réduit à retenir mon souffle, comme si j’avais peur qu’en respirant, j’brise l’étrangeté d’la magie du moment. Autre signe qui m’trahit : j’ai soudainement cessé d’prendre mon lit pour une batterie, mes doigts étant à présent figés sur mes draps, à tel point qu’on les dirait appartenant à une statue ! C’d’ailleurs sans l’vouloir vraiment qu’j’affiche ma surprise d’la sorte, de même, c’sans l’remarquer immédiatement, qu’mon cerveau connaît son 1er bug Gatesiesque. Là-haut, d’un seul coup, y’a une immense coupure d’courant, qui débarque sans signe avant-coureur. Heureusement qu’y’a l’générateur de secours pour prendre l’relais. Même s’il n’y parvient que laborieusement ! (Sérieux, ça clignote à plusieurs reprises avant d’redémarrer véritablement !). Et c’quand mon cerveau fonctionne à nouveau qu’j’réalise qu’j’suis au bord d’l’asphyxie. Au même moment, ma jeune voisine retire ses mains. Tout ça s’déroulé bien rapidement, et j’étais tellement ébahi par l’instant qu’j’ai pas franchement pu remarquer qu’le trouble était largement partagé. Merci mon cerveau qui m’a planté, comme un lâche ! J’tente d’reprendre une mine normale, alors qu’Gaëlle m’lance un sourire, et ces mots : « Alors, elles sont suffisamment réchauffées pour l'Edgecombe impatient que t'es ? ». Mots qui m’font réaliser qu’mon silence a dû l’étonner. Car, en une telle situation, si tout était normal, j’aurai forcément balancé un truc. Au moins une fausse protestation, concernant l’froid des mains qui emprisonnaient mon visage. Hors, là, j’ai rien dit. Et c’pas normal. Même moi, j’le sais. Elle qui m’connaît si bien l’a forcément remarqué, et s’en étonne. C’juste obligé. Visiblement, mon cerveau a enfin décidé d’reprendre du service, car j’me trouve plutôt convaincant, quand j’tente de m’la jouer nonchalant, et qu’j’hausse les épaules, pour clamer : « Ca devrait faire l’affaire ! ». Même si, j’en ai conscience, c’bien loin de c’que j’aurai pu balancer, en temps normal. Mais rien n’semble être normal, même si on tente tous les deux d’faire comme si rien n’s’était passé, comme si l’air n’s’était pas brièvement chargé d’électricité, comme si ça n’nous avait pas atteint l’moins du monde. Bref, tout est normal, ici, j’suis sûr qu’personne n’pourra détecter l’trouble qui nous a étreint, un peu plus tôt, si quelqu’un venait à débarquer dans ma chambre… Comment ça, j’ai pas l’air convaincu ? J’ai jamais été plus moins convaincu d’ma vie entière !

Tandis qu’Gaëlle est en train d’s’installer sur l’lit, j’en profite pour m’étirer un peu. Comme si j’en avais besoin, et qu’j’faisais pas ça pour m’donner une contenance. Mais c’est tout à fait ça, en fait, j’en ai besoin, c’tout ! De même, c’est pas du tout (très peu) pour qu’elle puisse être un peu plus près d’moi, qu’j’me mets en tailleur. Bah non, voyons, c’juste pour qu’elle soit l’plus à l’aise possible : qu’allez-vous imaginer ? « Alors.. J'ai plus de choses pour toi qu'à moi là-dedans. », m’indique ma voisine, une fois assise à mes côtés, son sac à présent ouvert. Sa remarque m’arrache un sourire, alors qu’j’en suis encore à reléguer, dans un recoin lointain et poussiéreux d’mon esprit, les précédentes secondes. Depuis qu’mon cerveau a repris du service, il n’cesse d’me crier à tue-tête qu’il m’faut m’ressaisir et continuer à agir comme si Gaëlle était ma sœur de cœur. C’qu’elle devrait être, si j’n’étais pas aussi dérangé qu’ça pour craquer pour elle. Et ce, depuis… Pff, tellement longtemps qu’j’préfère pas y penser (enfin, j’évite, depuis qu’j’ai pris conscience d’cela, cessant d’vivre dans l’déni l’plus complet pour m’plonger dans un demi-déni !). Puis bon, elle aussi doit m'voir - véritablement - comme un grand frère d'cœur. On a été élevé ainsi, après tout, tout l'monde nous a encouragé en c'sens. Même si, maintenant, 'fin, depuis peu, elle a un véritable grand frère, qu'a prévu d'venir lui rendre visite dans quelques semaines. C'donc par pure gentillesse qu'elle agit ainsi envers moi, tout simplement. J'me martèle cela, dans ma p'tite tête, d'toutes mes forces, pour tenter d'pas repenser un peu trop au rêve qui m'a troublé la nuit dernière, et qui s'est réimposé à mon esprit précédemment. En même temps, comment faire autrement en une telle situation, j'vous l'demande, mes pauvres amis ! C’en entendant comme une p’tite voix dans ma tête qu’j’prends conscience que j’déraille, et qu’mon débat intérieur, concernant Gaëlle, semble être sans fin. Car si la voix d’la raison parvient à s’faire entendre, y’a aussi une autre voix qui m’susurre qu’même avec la meilleure volonté du monde, Gaëlle n’sera jamais une simple amie à mes yeux. Oh, mes deux voix intérieures : j’vous emmerde. Cordialement ! « Ca change pas ! », est tout c’que j’me contente d’rétorquer, pointant ainsi du doigt qu’il n’est pas rare qu’ma voisine rende service aux miens pour m’transmettre diverses p’tites choses. Mon sourire s’élargit, alors qu’j’parviens enfin à m’détendre – véritablement. J’ai décidé d’écouter la voix d’ma raison, et d’cloisonner l’autre très loin. Ca m’aide d’la voir m’tendre c’que ma famille lui a confié pour moi. J’tire pas mal d’volontés en posant ma main sur un carnet, à la couverture pourpre. C’carnet n’appartient pas qu’à moi, il est aussi à Riley. Ca date de depuis qu’j’suis malade. Il a commencé à s’mettre en tête d’me faire quelques dessins, sur c’carnet qu’il a fait acheter à nos parents, pour nous deux. Carnet qu’il m’transmet quand ses dessins sont « visibles », selon lui, aptes à m’rendre le sourire. Carnet qu’j’ai pris l’habitude d’gribouiller à mon tour, pour le lui rendre. Carnet qu’est devenu, au fil du temps, le réceptacle d’un jeu entre nous : le cadavre exquis, version dessin. Et, plus récemment, le jeu a évolué : à présent, on s’écrit une liste de mots, sans rapports les uns avec les autres, afin qu’l’autre les intègre dans l’dessin qu’il devra réaliser. L’occasion pour moi d’m’entraîner à dessiner des choses dont j’n’ai pas l’habitude, ou dont j’n’aurais pas eu l’idée d’dessiner. L’occasion pour lui d’s’entraîner à dessiner, tout simplement, mais aussi d’découvrir d’nouveaux mots (qu’il doit chercher dans l’dico, la feignasse !). L’fait d’voir c’carnet m’ramène sur Terre, pour de bon, contribuant à étouffer la p’tite voix d’la déraison. « Dis, Raph.. T'as mangé aujourd'hui ? », m’interroge-t-elle. J’détourne l’regard du carnet pour l’poser sur Gaëlle. Merci d’pas souligner l’fait qu’j’avais réussis à n’pas l’faire, ces dernières secondes. J’vous signale qu’j’étais occupé à regarder c’qu’elle m’filait…. Et on m’croit, j’vous en prie ! C’n’était en rien une tentative – lâche – d’gagner un peu d’temps pour reconnecter totalement mon cerveau ! Sachant pertinemment qu’mentir serait inefficace face à elle, j’hausse les épaules, indiquant ainsi qu’c’habituel, pour quelqu’un dans ma situation, d’n’avoir pas d’appétit. J’sais qu’ça l’inquiète – ça inquiète tout mon entourage – mais j’n’y peux vraiment rien. Pas vraiment agréable d’sentir votre estomac rejeter tout c’que vous tentez d’ingurgiter ! A la longue, on finit par n’même plus tenter d’manger : ça va plus vite, on n’passe pas par la case « Faut qu’j’aille vomir ! ». J’pousse un soupir en sentant l’une de ses mains s’poser sur l’une des miennes (pile celle qui s’trouve toujours sur l’carnet, d’ailleurs…). Non pas qu’ce contact m’dérange, mais plutôt parce qu’j’sais c’qu’elle pense et craint. Ca l’fait à tout l’monde, à toutes les personnes qui viennent me voir et réalisent qu’mon estomac est toujours chiant. Puis bon, j’suis pas con, j’l’ai bien vu, sa boîte à gâteaux. J’la connais, Gaëlle, j’sais qu’celle-ci contient des pâtisseries qu’elle a fait exprès pour moi, et qu’elle va tenter d’m’en faire manger. Mon cœur a tambouriné tellement fort, lorsqu’elle a posé ses mains sur mes joues, qu’il parait presque « normal » à présent, avec sa main sur la mienne. « Si tu dévores au moins un cookie en entier, t'auras une surprise. ». J’secoue la tête, sans perdre mon sourire, amusé par son p’tit jeu. J’sais pas c’qu’elle a en tête, mais bon… « T’sais vraiment plus quoi inventer pour m’faire bouffer hein ! », qu’j’constate alors, cessant secouer la tête. J’ouvre alors sa boîte, libérant au passage ma main (pas d’ma faute, c’était la plus proche d’la boîte !). « T’sais qu’j’mange pas tout seul, par contre ! », qu’j’ajoute, en extirpant un cookie pour moi (veillant à n’pas en prendre un au chocolat blanc !), et une tablette d’chocolat pour elle. J’évoque en effet un « deal » qu’j’ai mis au point avec quiconque tente de m’faire manger un truc (et encore, j’n’accepte cela qu’une fois par jour, quand j’suis OK !), à savoir : si j’mange, la personne en face mange aussi. C’ainsi qu’j’lui tends l’chocolat, et qu’j’contemple mon cookie, un p’tit sourire – attendri – au coin des lèvres. J’devrais même plus être étonné d’voir qu’elle s’démène d’la sorte, aussi bien pour m’faire manger, qu’pour m’préparer des p’tites douceurs qui m’plairont forcément (et qui n’contiennent, de ce fait, pas d’chocolat, bien qu’elle, elle soit accro à cette friandise !). En dépit d’cela, j’suis toujours ahuri d’voir les efforts qu’elle fait. Qu’ce soit pour m’faire bouffer, ou pour m’distraire : ça n'cesse de m'réchauffer l'cœur. C’d’un soupir qu’j’tente d’virer l’plaisir qu’m’fait ressentir ses efforts, mais aussi l’fait qu’si j’accepte, c’surtout parce qu’c’elle qui m’force à manger, qu’la victoire n’aurait pas été accordé aussi rapidement à quelqu’un d’autre. « J’espère qu’ta surprise en vaut la peine ! ». Et là, j’fais mon fanfaron. Alors qu’j’croque dans l’gâteau, j’en attrape un autre (toujours aux fruits rouges). Et c’lentement, et dans l’silence (faut qu’j’tente d’dompter mon estomac casse-pieds !), qu’j’déguste l’cookie. Et qu’j’le finis, parvenant miraculeusement à intercaler un p'tit mot à Gaëlle pour lui signifier qu'on son cookie est bon (plus d'la gentillesse qu'd'la sincérité, étant donné qu'mon goût pâtit grandement d'ma maladie : ainsi donc, on peut m'donner n'importe quoi, j'sens pas vraiment les goûts de c'que j'mange !). J’parviens  d'ailleurs à croquer une bouchée d’l’autre. Puis mes sourcils s’froncent, alors qu’j’pose l’gâteau à peine entamé sur mon lit. « Ca mérite une méga surprise : un cookie et une bouchée d’un autre ! », qu’j’parviens à dire, quelques secondes après, l’temps pour moi d’m’assurer d’la fiabilité d’mon estomac. Mon ton est enfantin, un brin provocateur, même. Et ça s’répercute à mon regard, qui brille d’une malice sans nom, pire qu’un môme auquel ses parents viennent d’annoncer qu’ils vont bientôt aller à Disney.

Gaëlle a voulu jouer, mon esprit d’compétiteur en a rajouté une couche, et maintenant, j’attends sa surprise. Bien loin d’m’imaginer qu’ça en sera une vraiment stupéfiante ! Bien loin d'envisager qu'nos vies n'seront plus jamais les mêmes, suite à cela, et qu'ni l'un ni l'autre, nous n'regretterons c'qui suivra. Bien loin d'penser qu'le rêve deviendra enfin réalité, même si par instants, il s'teintera d' cauchemars, obscurcissant la beauté d'notre histoire. Histoire qui va, sous vos yeux, officiellement démarrer, dans toute sa splendeur, avec, au lointain, les tragédies qui en découleront... C'ça, d'tomber amoureux d'une nana qui nous est pourtant interdite... Mais, vous savez c'qu'on dit : L'cœur a ses raisons qu'l'cœur ignore ! On en est l'illustration parfaite, et on n'cessera d'l'être !

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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Re: (Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Mer 21 Sep - 0:17 )

There is a first time for everything.
The first kiss is the passionate one; it’s the one filled by desire and attraction and all that. But the second one is rational; you get time to think about it, worry and over analyze. Most women prefer that first kiss, but I’m partial to the second one because it’s about something more. This could be so much more. So much more than a casual kiss, and a quick caress beneath the sheets. This really could be the beginning of something, something that’s takes us both somewhere, that translates both of us. Changes us. And we can only do it together.
Raëlle
Avant qu'on ne se sépare, Riley et moi, il fallait bien comprendre que cela devenait de plus en plus difficile, pour moi, d'être en compagnie des Edgecombe. Surtout de Raphaël. J'avais l'impression de devoir me tenir à un rôle qu'on attendait de moi qui, au final, n'était sans doute pas de mon propre choix. Comme je l'ai dit, à force d'entendre des Gaëlle et Riley à longueur de temps, c'était devenu presque normal d'y donner un sens. Je ne peux pas dire que je ne l'aimais pas. Je l'aimais. Comme une jeune fille de mon âge peut aimer son premier -aussi jeune qu'elle- copain. Mais, cette idylle orchestrée par les grands commençait à s'accompagner de bien nombreuses fausses notes et ce couple qu'on formait a fini par imploser. Ce n'était plus forcément son visage qui me venait en tête lorsque je fermais les yeux sous les coups de mon père pour chercher du courage et finir par relever la tête. Ce n'était pas lui, non plus, qui s’immisçait dans mes rêves les plus fous et étranges, alors que je rêvais d'un futur entre mariage et famille nombreuse. Ca, au final, j'en ai toujours rêvé. Je l'avoue sans le moindre soucis. Et ce, malgré l'image chaotique que m'a mis mon père au sujet de la vie de famille telle qu'il semble la voir depuis des années maintenant. Le fait qu'il enchaîne les bouteilles les unes après les autres lorsqu'il est à la maison n'arrange rien. Il est toujours bien plus dangereux dans ces moments-là. Bien évidemment, je ne compte pas reproduire le même schéma que lui, mais alors de loin pas. Les Edgecombe forment ce modèle qui force au respect. Avec mon père, si je devais résumer les choses, cela ne tiendrait qu'en un seul et unique mot : violence. Jamais il n'a la moindre parole rassurante ou encourageante à mon égard. Non. Même mes bons bulletins n'y changent rien. Il n'a aucune fierté envers moi. La seule chose pour laquelle il prend plaisir, c'est lorsque mes yeux se chargent de larmes silencieuses. Là, il sourit. Presque fier de moi ou de sa folie, je n'en sais rien. Malheureusement pour mon père, je ne l'ai jamais imploré d'arrêter ce calvaire qu'il m'inflige presque régulièrement. Les rares fois où il se décide à croiser mon regard, je me démène pour qu'il ne laisse rien passer. Aucune trace de douleur ou de tristesse. Pas même de l'incompréhension ou une maigre lueur d'injustice. C'est ce qu'il attend de toute façon et je n'ai pas la moindre envie de lui accorder ce plaisir. J'en ai parfaitement conscience. Il est comme un charognard qui attend que je courbe le dos pour y planter ses griffes. Et puis même, si je me mettais soudainement à le supplier d'arrêter ses coups dont l'intensité ne cesse de se décupler à mesure des années, il ne s'arrêtera pas pour autant. Il n'en fait qu'à sa tête. Mes supplications n'y changeraient rien. Personne ne peut l'en empêcher et personne ne peut m'aider. Personne. A part peut-être son propre filleul.. Oui, celui-là même que je m'apprête à retrouver dans sa chambre d’hôpital et qui est l'un des éléments m'ayant mené à reconsidérer ma petite histoire avec Riley il y a quelques mois déjà. Cependant, je n'attends pas de lui qu'il se dresse entre mon père et moi puisque c'est un risque à ce qu'il s'en prenne à l'Edgecombe dans la foulée. Et ça, il en est hors de question. Jamais je ne lui ferai prendre le moindre risque face à mon père tant je sais de quoi il peut être capable. Raphaël est toujours là pour moi. Il l'a même toujours été. A me défendre lorsque je me retrouve mal entourée, à me tirer de mauvaises situations ou même à, tout simplement, prendre soin de moi. Puis même, je ne sais pas comment il fait, mais il arrive à me sourire sourire même dans des journées bien sombres avec une étrange facilité. Il est bien l'un des rares -si ce n'est le seul- à réussir un tel exploit. J'ai hâte de le voir. Rien que pour m'assurer qu'il va bien, si je peux dire ainsi. Ou du moins, sans que son état ne se soit dégradé depuis ma dernière visite. J'ai toujours une petite appréhension en poussant cette grande porte et aujourd'hui, elle semble être beaucoup plus forte encore. Je crois vraiment que je tiens à lui. Vraiment. Bien plus que je ne le devrai. Parce que oui, c'est bien le visage de Raphaël qui se tient face à moi lorsque je subis les coups de mon père, m'aidant dans la douleur. C'est lui, aussi, qui apparaît dans ces quelques rêves qui me sont permis de faire, lorsque je réussis à trouver un sommeil quelque peu serein. Autant dire que ce n'est de loin pas toujours le cas. Il me suffit pourtant, lorsque Morphée semble m'avoir oublié, de m'imaginer être blottie entre ses bras pour finir par m'endormir. Cela ne fait pas bien longtemps que j'en ai réellement et pleinement conscience. Voilà pourquoi je me retrouve devant cette porte bien plus hésitante que d'habitude..

Accueillie par son sourire, je me détends presque instantanément. Il est là. Pas dans une forme olympique, mais qu'importe. Je m'y attendais. Il se bat. Rien que pour ça, il a toute mon admiration. Elle doit se lire aisément dans ce regard que je lui adresse alors, même si je ne tarde pas à rejoindre ma place attitrée pour m'y réchauffer un peu. Là, on ne tarde pas à reprendre ces bonnes vieilles habitudes dès lors qu'on se trouve dans la même pièce. Tout simplement, on délire. Comme toujours. C'est habituel entre nous qu'il soit ici, chez moi, chez lui ou même ailleurs. On en tire une certaine force qui consolide toujours un peu plus cette relation étrange qui nous lie. Pas de simples voisins, pas de simples amis. Mais pas des meilleurs amis non plus. Inutile de me dire qu'on nage entre deux eaux, je ne le sais pas encore. Ce n'est certes plus qu'une question de minutes, maintenant. Enfin, je saurai ce qu'on est réellement l'un pour l'autre. Pour le moment, cependant, je reste perchée sur ce rebord de fenêtre au-dessus de ce radiateur qui me réchauffe petit à petit. Il évoque alors un potentiel voyage en Alaska, l'un de ces délires qui nous amènera à envisager notre voyage de Noces dans ces contrées sauvages et froides quelques années plus tard. Comme quoi, les meilleures conneries restent malgré le temps qui passe. « T’vas aller aussi loin pour ta 1ère excursion ? » Pourquoi pas ? Est-ce que je vais trop lui manquer si je m'éloigne autant de lui ? Que c'est beau de rêver, n'est-ce pas ? Alors que je le regarde, je sens mes joues rosir doucement, face à ce vœux qui me semble pourtant complètement déplacé. Pourquoi est-ce que je lui manquerai, sincèrement ? Je ne suis qu'une gamine à ses yeux. Une petite chose fragile qui se fait malmenée par son père sans pouvoir se défendre et qui, surtout, a fréquenté son plus jeune frère pendant un petit moment quand même. Au moins il a ce sourire qui en cale un semblable sur mon visage. J'aime le voir sourire, plus encore lorsque la source même de cette expression tirant ses traits est issue de nos nombreux délires. Evidemment, je suis loin de partir à la poursuite du yéti. Le froid de cet hiver londonien me suffit amplement. Surtout que pour le moment, je n'ai pas encore cette flamme qui réchauffera mon p'tit cœur près de moi. Bientôt. Mes yeux dérivent sur ses lèvres alors que je me délecte de le voir aussi amusé. C'est comme ça que j'ai envie de le voir, chaque jour. Aussi souriant et loin d'être couvert de ces marques de bagarres qu'on lui connait si bien. Le fait qu'il soit à l’hôpital l'empêche de jouer de ses poings. Ca me rassure même si je ne m'en fais pas réellement pour lui. Disons que je sais très bien de quoi il est capable. Du coup, c'est plutôt ceux d'en face pour qui il faudrait s'inquiéter. Mais tout de même.. Sa foutue tumeur le rend tout de même bien plus faible. Il faut être fou pour ne pas le remarquer. S'il peut s'économiser sans fracasser des gens, ça ne me déplaît de loin pas. « T’vas finir en p’tit glaçon : t’es déjà gelée rien qu’en Angleterre… » Me voilà à glousser doucement, alors que mes mains se posent de par et d'autre de moi, sur ce rebord sur lequel j'ai élu domicile, mes bras s'y appuyant alors que ma tête se baisse légèrement. Un peu gênée, sans doute, la Gaëlle. Il sait que j'ai tendance à prendre froid rapidement, à m'enrouler dans une couverture dès que possible pour être bien au chaud. Ce n'est pas une gêne à proprement parler, juste un petit trouble bien timide au simple rappel de ses mains qui, elles, je le sais, sont rarement aussi froides que les miennes. Les souvenirs de ces quelques contacts, peau contre peau me reviennent presqu'instantanément en tête. Entêtants et enivrants à la fois. Pourtant, de loin pas suffisants. « Il faut bien une première à tout, il parait. » Une réponse qui laisse entendre bien plus de sens caché que je ne le recherche. Simplement parce que je n'imagine même pas qu'une telle chose puisse se faire une place dans ma p'tite tête de blonde un poil têtue. Mais là, je fais bien entendu référence à cette découverte du monde que je désire entreprendre. Pas à ce désir devenu presque obsessionnel ces derniers jours et qui me pousse à me rapprocher de lui. Quitte à me faire envoyer bouler méchamment.. J'en ai sans doute besoin, pour me l'enlever de la tête. Est-ce que ça arrive à beaucoup de monde de ressentir quelque chose de bien plus fort pour le frère de son -ancien- copain ? Cela m'effraie un peu. « Une bonne grosse doudoune, des gants, un gros bonnet bien épais. Et ça devrait aller. Non ? » que je lui demande alors, relevant doucement la tête pour croiser son regard. Il est tellement.. différent des autres. Je ne dis pas ça à cause de sa maladie. Comme je l'ai déjà expliqué juste avant, je ne change pas ma façon d'être avec lui simplement parce qu'il est malade. Disons que je m'applique à ne pas laisser mon inquiétude à son sujet s'imposer, ne serait-ce que par un regard. Hélas, cela m'est impossible. Il est évident qu'il doit réussir à y lire, par moments, cette peur que je ressens pour lui. Sans doute est-ce humain après tout. Même si j'en doute. Il n'y a pas que ça. Ce n'est tout simplement pas possible, d'être aussi malmenée par ses émotions pour n'importe qui. Sauf que Raphaël n'est pas ce n'importe qui. Et aujourd'hui bien plus qu'hier encore, c'est quelque chose que je me prends en pleine face. J'en suis à détourner mon regard, tout en me mordillant la lèvre alors que mes jambes se mettent en mouvement contre ce chauffage en-dessous de moi. « Puis j’préfère partir en quête de Nessie, navré ! » J'en soupire doucement, sachant très bien qu'il aurait dû y aller l'année passée avec sa classe. Merci Tumy.. Me penchant légèrement en avant pour me décoller un peu de cette fenêtre bien trop froide pour mon dos à présent réchauffé, un léger éclat de malice traverse cependant mon regard alors qu'il s'encre à nouveau à l'endroit où il préfère être.. sur lui. « Si tu me suis dans cette poursuite au yéti, on fera un crochet pour aller voir Nessie. » C'est ce qui s'appelle un bon deal, pas vrai ? Comme ça, il verra Nessie et moi, ce foutu yéti. Tout le monde sera content. Et il sera avec moi dans cette folie. Oui, c'est surtout ça en fait, qui me plait dans cette idée. Après, cette proposition qui parait n'être qu'un délire pourrait, pourquoi pas, se produire un beau jour. Qui sait ? Cela nous donnerait une bonne raison de quitter, un peu, notre village natal. Loin de toutes ces langues de vipères et de ces rumeurs qu'elles s'amusent à lancer comme si de rien était. Elles restent insupportables, même si je tente de fermer les yeux lorsque je me retrouve face à elles. Une chose est sûre en tout cas, le fait d'avoir grandie depuis toujours au milieu des Edgecombe m'apporte une certaine force de caractère qui en étonne, bien souvient, plus d'une. Têtue et avoir une parole qui peut, lorsqu'il le faut, devenir cinglante, je suis élevée à bonne école pour ne pas me laisser avoir dans leurs jeux démoniaques. D'autant plus qu'à l'école, je ne fais pas partie des gens les plus populaires qu'il soit, mais pas non plus de ceux qui restent dans leur coin. Une cible toute choisie pour certaines de ces filles, qui parlent de choses qu'elles ne connaissent même pas. Pour elles, je suis une fille à papa qui a tout ce qu'elle désire d'un claquement de doigt. Comme elles se trompent.. Mais je m'en fous. Simplement parce que la façon dont elles me voient m'importe peu. Elles ne sont pas dans mon cercle d'amis proches, alors à quoi bon leur accorder la moindre importance ? De toute façon, dès lors que l'on habite dans ce petit village où tout le monde se connait, on fait soit partie de ceux qui critiquent ou de ceux qui se font critiqués. Et comme ce n'est de loin pas dans ma nature de colporter des rumeurs insignifiantes et qui blessent certaines personnes, cela ne me dérange pas de faire partie des critiqués. Moi, au moins, je peux me regarder dans le miroir de ma chambre sans avoir à détourner le regard de mon reflet. Et cette force de caractère, je l'observe depuis toujours grâce à Raphaël. Pour moi, même si certains le prennent pour un véritable connard, il a le mérite d'être franc. De dire les choses telles qu'il les voit, telles qu'il les ressent. Il est entier. Il est lui. C'est l'une des choses que j'aime le plus chez cet Edgecombe. Puis, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais il semble m'accorder cette attention que je me tue à chercher dans son regard. J'ai l'impression qu'en plus de m'écouter, il me comprend d'un simple regard, d'un simple sourire. Ca fait longtemps que c'est comme ça. Ca fait même très longtemps qu'on arrive presque à dialoguer dans le silence le plus total. Seuls nos regards, nos sourires et nos gestes trouvent un sens aux yeux de l'autre. De personne d'autre. Il n'est pas rare, non plus, que l'on termine la phrase de l'autre. Si j'étais un peu plus à l'écoute de ce que je ressens face à lui, je saurais. Après tout, il n'y a pas besoin de se poser mille et unes questions lorsqu'on rencontre son âme soeur. Un terme quelque peu étrange sortant de la bouche d'une fille de mon âge. Mais, l'amour, le vrai, ne connait pas cette limite. Une petite voix pourrait aisément me dire qu'il est la bonne personne. Et là, une sorte de courant électrique me parcourt des pieds à la tête alors que je l'observe quelques petites secondes en silence. Et même si, dans les années qui suivront, on n'aura pas toujours la même vision sur certaines choses, certains détails, on regardera dans la même direction. Deux âmes sœurs ne partagent pas toujours la même idée, la même opinion sur certains sujets. Mais, le monde est regardé avec les mêmes yeux. Et ça, c'est nous. On affrontera bien des choses chacun de notre côté, mais on se battra contre le monde, soudés comme jamais. Et en parlant des Edgecombe, il est aussi à noter qu'ils sont assez impatients dans leur genre. « Carrément ! » Chose confirmée par celui présent non loin de moi, m'arrachant ainsi un nouveau sourire alors que mes mains se posent sur mes cuisses.

Toujours perchée un peu en hauteur -merci de ne pas laisser entendre que c'est juste pour me sentir un peu plus grande-, j'annonce ainsi le programme de cet après-midi, avec une Sharon qui est partie pour un bon moment. Elle n'hésite jamais à me laisser avec Raphaël et ça, c'est quand même super classe de sa part. Après tout, elle pourrait m'obliger à sillonner ses magasins préférés alors que je déteste ça. Pourtant, ma tante ne le fait pas. Je la soupçonne, d'ailleurs, de me cacher certaines choses.. Mais qu'importe. L'essentiel étant que je sois face à lui. « Oulà, on est mal barrés alors ! » L'entendre me dire une telle chose, de cette façon-là dessine un sourire aux coins de mes lèvres. Un sourire certainement sensiblement intimidée. Après tout, on a quand même une petite différence d'âge, malheureusement. Et disons que je n'ai pas vraiment envie qu'il se pense être une sorte de Gaëlle sitter. Je suis ici de ma propre envie, et jamais je ne regrette le moindre moment passé avec lui. J'hausse alors les épaules avant de jeter un bref regard vers mon sac. « Comme tu dis. Bientôt, elle va me laisser en vacances ici. Pauvre de toi. » que je lance avec un soupçon d'humour dans la voix -même si, étrangement, l'idée est très loin de me déplaire dans le fond-. Cette pensée-là m'oblige à fermer les yeux et à secouer la tête de gauche à droite pour l'envoyer très loin de moi. Finalement, je ne tarde pas à quitter la chaleur du chauffage pour profiter d'une autre, bien plus corporelle en me tenant ainsi, près de Raphaël. Pour être encore un peu plus proche de lui, j'en suis à me caler contre son lit alors que mes mains se posent sur ses joues. Je ne sais pas vraiment interpréter ce que mes mains ressentent. Ses joues paraissent un peu plus froides que d'habitude. Est-ce que c'est un effet de son traitement ? Sans doute. Ou peut-être est-ce les miennes qui se sont réchauffées plus que je ne le pensais ? En tout cas, ce geste que j'ai pour lui met à mal quelques barrières qu'il me reste. Je sens que, bientôt, cette force qui m'attire toujours plus à lui va être inébranlable et instopable. Je ne fais même pas attention à son regard des plus surpris, ni à son apnée soudaine. Tout simplement parce que je ne suis pas réellement dans un meilleur état que lui. Ca promet, pas vrai ?. A contre-coeur, je les retire de là pour le questionner sur leur prétendu réchauffement. Là, par contre, j'ai bien remarqué son silence à ce sujet même si je suis encore très loin de l'interpréter convenablement. « Ca devrait faire l’affaire ! » Une réponse simple, qui m'arrache un petit rire alors que je lève les yeux vers le plafond. A croire qu'un oui est une chose trop difficile à arracher à cet Edgecombe. Il est toujours dans la p'tite nuance qui va bien. Après, alors que je m'installe près de lui, je ne suis pas sans ignorer ce changement d'ambiance. Un peu comme si j'avais été prise sur le fait en dépassant une limite qui était instaurée jusque là et que lui comme moi, on respectait. Et les limites, aujourd'hui, vont bientôt toutes tomber pour laisser place à cette histoire, à nôtre histoire. Pas aussi blanche et parfaite que peut l'être un conte de fée -merci à l'incendie, puis à mon amnésie ainsi que nos petites disputes-, mais pour moi, elle l'est bien plus. Oui. Ce Raëlle est plus-que-parfait et le restera, jusqu'à ce que l'un de nous deux s'endorme pour de bon. Et là encore, le Raëlle continuera de vivre. Même lorsque l'un de nous poussera son dernier soupir, l'autre sera là. La tête et le coeur remplis de ces souvenirs. Et on finira par se retrouver. De toute façon.

Mais avant de parler de la fin lorsqu'on sera vieux à s'amuser en faisant des courses de déambulateurs en petites tenues de p'tits vieux, il y a énormément à dire sur nous. Et cette journée de l'année 2004 marque réellement nos débuts. Délaissant mes chaussures, je m'installe plus près de lui. Je lui jette un coup d'oeil à la volée, le regardant ainsi s'étirer. Simple geste qui fait frémir mes lèvres. Finalement, il se redresse pour se mettre en tailleur non loin de moi. Nouveau frisson. Je profite d'avoir une tonne de choses à lui transmettre pour me permettre de détourner mon regard de lui, le lançant sans grand ménagement au fin fond de mon grand sac. Connaissant très bien Raphaël, je devine facilement qu'une -gentille- connerie lui brûle les lèvres, en pensant que mon sac est trop grand pour ma petite taille. Bonus s'il pense que je peux rentrer dedans. Il n'a même pas besoin de formuler ces mots, je les entends d'ici. Ce qui m'amuse, forcément malgré ce trouble qui devient de plus en plus palpable. « Ca change pas ! » Sans relever la tête, seuls mes yeux bougent pour croiser les siens, dans une réplique parfaite d'un t'abuses silencieux. Après, les Edgecombe savent que je vais rendre visite à Raphaël dès que je le peux. Voilà pourquoi ils n'hésitent jamais à me prendre comme intermédiaire, une chose qui est loin de me déranger. D'autant plus que cela m'accorde presque l'impression de leur être utile comme eux le sont dans mon quotidien, m'arrachant ainsi à cette impression d'être indésirable aux yeux de mon père. Et oui, déjà, ma petite vie gravite autour de cette famille. Même si les choses sont légèrement tendues entre Riley et moi -alors qu'on était tous les deux conscients qu'il valait mieux mettre un terme à notre petite et jolie histoire-, il n'était pas comme d'habitude lorsqu'il m'a donné ce fameux carnet à dessins pour que je l'apporte à son frère. Il n'a pas cessé d'attirer mon regard qui lui, le fuyait. Et il fuit ce carnet, alors qu'il est entre les mains de Raphaël. « Je me demande quels mots il a pu te donner cette fois-ci. » Et oui, une Gaëlle reste une espèce bien curieuse, peu importe l'endroit où elle se trouve. Inutile de lui dire que je parle de son jeune frère, l'un comme l'autre se sont déjà bien amusés à me montrer leur délire. Un carnet bien symbolique entre les deux, dont la simple couverture me fait légèrement buguer. Finalement, ses traits qui paraissent tout de même bien fatigués par tout ce qu'il doit endurer finissent par m'inquiéter un peu. Je n'hésite pas à lui demander s'il a mangé quelque chose aujourd'hui. Bien entendu, je sais que ce n'est pas facile pour lui. Mais, vraiment pas. Pourtant, il faut qu'il mange. J'en suis à l'observer, plissant légèrement mes paupières pour tenter de décrypter des choses qu'il ne me dirait pas. Il garde, d'ailleurs, le silence. Préférant ainsi simplement hausser ses épaules. Je souris. Doucement. Ma visite n'est de loin pas un moment où je me permets de lui faire la leçon, surtout que je suis si mal placée pour entreprendre une telle chose. Mais j'espère, sincèrement, qu'il acceptera au moins l'un des cookies que je lui ai préparé. Ma main se pose alors sur l'une des siennes. Sur ce fameux carnet. Pourquoi ? Très bonne question. Finalement, je suis incapable d'y répondre. Peut-être, tout simplement, parce que j'en ai juste.. envie. J'en suis à négocier avec lui, pour le faire un peu manger. « T’sais vraiment plus quoi inventer pour m’faire bouffer hein ! » Ca l'amuse, ce qui me colle un sourire d'une fierté étincelante. J'aime lorsqu'il me sourit. Il s'empare alors de cette boîte à gâteaux, sous mon regard des plus bienveillants et intéressés. A mon tour, d'hausser légèrement les épaules, portant mon regard vers ce cookie dont il s'empare. « T’sais qu’j’mange pas tout seul, par contre ! » Me voilà à pouffer de rire. Ca, je le sais très bien. Et, malheureusement pour ma ligne et mon aversion pour le sport, je suis une grande gourmande. C'est donc loin de me déranger. Prenant cette tablette de chocolat qu'il me tend, mon cerveau se met subitement au travail pour trouver une foutue autre surprise. Il va l'engloutir ce cookie, et je vais être comme une débile à ne plus savoir quoi faire ni quoi lui offrir comme surprise. Alors que je m'occupe de l'emballage de cette tablette, j'évite soigneusement de le regarder. Juste parce que je sens, déjà, que mon p'tit cœur s'emballe. « Et toi, t'sais que ça ne me dérange pas. » Je me risque à le regarder, très brièvement. Ce sourire qu'il arbore augmente un peu plus encore ce rythme cardiaque qui commence, doucement, à ressembler à celui que j'ai durant les cours de sport à l'école, alors que je ne suis pas du tout endurante. Et là, je ne fais pourtant rien. Je suis simplement assise, à manger du chocolat. A côté de lui. Quelle idée j'ai donc bien eu, de lui parler de surprise ! Quel mur est le plus dur dans cette pièce, que je me cogne la tête contre à plusieurs reprises ? Il soupire, alors que je commence à attaquer cette petite barre de chocolat. « J’espère qu’ta surprise en vaut la peine ! » Oups. Me mordant la lèvre, j'en suis à détourner mon regard. Est-ce qu'elle vaut la peine ? J'en ai aucune idée. Ca me fait peur, maintenant. Alors que je jette un nouveau coup d'oeil sur ce cookie qu'il mange petit à petit. Tendue comme jamais, j'en suis à esquisser un léger sourire en l'entendant me dire que ce cookie est bon. Un simple commentaire qui devrait me faire plaisir. Et pourtant, là, je suis prise d'une panique qui me prend. De la pure folie. Voilà ce que je m'apprête à faire. J'en tremble presque. Préférant garder le silence, je le regarde plutôt entamé un autre cookie. Un effort plus qu'admirable qui me rend si fière de lui. Manger, c'est devenu une réelle épreuve pour lui. Et là, il la réussit. J'en souris. Pourtant, je n'en mène pas large du tout. J'ai tellement peur qu'il me rejette.. « Ca mérite une méga surprise : un cookie et une bouchée d’un autre ! » Son regard malicieux appel le mien, qui vient s'y planter directement. Je dépose alors le reste de cette tablette derrière moi, mes joues s'étant très certainement teintées d'un rose bien soutenu. Elles me brûlent tellement. Il n'y a pas de solution de repli ? Non, sérieusement ? Bon.. Après tout, ce n'est pas comme si ça devenait un rêve récurent. Mais, en fait si. Mon pauvre p'tit coeur tambourine avec une telle intensité que j'ai l'impression qu'il lance de véritables coups de canons les uns après les autres. Prenant une petite inspiration à peine plus marquée que d'habitude, je lui dis d'une traite. « Ferme tes yeux. Tu ne dois pas la voir, sinon ce n'est plus une surprise. » D'un petit signe de tête, j'appuie mes paroles pour le convaincre de fermer ses yeux. Et là.. Et là, je ne sais même plus quoi penser. J'ai envie de lui prouver qu'il peut compter sur moi. Sans doute bien plus que jusqu'à présent. Parce que je l'aime. J'ai besoin de lui faire comprendre que quoiqu'il se passe, je suis là pour lui. Qu'il compte pour moi, certainement bien plus que n'importe qui. Mon p'tit cœur, qui rate plusieurs battements consécutifs se dit que c'est le moment. Celui que j'attends depuis, finalement, déjà bien trop longtemps. Je sais pourtant que si je tarde trop, je ne vais pas y arriver et me dégonfler. Me mordant toujours la lèvre, bien plus fort que jusqu'alors, je me rapproche de lui. Laissant s'envoler cette distance entre nous, jusqu'à ce que mes lèvres finissent enfin par trouver les siennes. Et là.. Que dire à part que ce baiser est quelque chose de spécial pour moi. En déposant mes lèvres sur les siennes, je ne savais pas comment il allait réagir. Le premier baiser. La grande surprise. J'en ferme les yeux, alors même que l'une de mes mains remonte jusqu'à sa joue pour s'y poser. N'allez pas croire, cependant, qu'il dure si longtemps que cela. C'est un échange timide, par lequel je tente de lui prouver à quel point je tiens à lui et que sa maladie ne me fait pas peur. Un état de bonheur, un soulagement face à ces choses que je refoule depuis si longtemps maintenant. Mais une crainte, qui s'immisce dans ma tête d'une manière bien brutale. Relâchant ses lèvres, les yeux toujours clos, il ne me faut que quelques secondes pour me rendre compte de ce que j'ai fait. Ils se rouvrent subitement, une lueur sans doute apeurée se laisse apercevoir alors que je redoute plus que jamais sa réaction. « J'suis désolée.. » que je marmonne maladroitement et précipitamment. Est-ce qu'il va me foutre dehors ? Ne plus jamais vouloir me voir ni même me parler ? C'est le cœur toujours fou battant que je finis par me reculer, m'attendant au pire. J'en suis presque à fuir son lit, me doutant que je n'ai plus ma place près de lui. Que ces barrières que j'ai abattu n'auraient jamais dû l'être. Et pourtant. Pourtant.. Enfin, je me sens vivante et heureuse. Enfin, je me sens complète.

© Starseed


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Re: (Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything. ✻ ( Lun 24 Oct - 19:02 )

Raëlle
J'suis un homme ordinaire, aux idées ordinaires, et j'ai mené une existence ordinaire. Aucun monument n'sera élevé à ma mémoire, et mon nom sera vite oublié. Mais j'ai aimé un être d'tout mon cœur, d'toute mon âme. Et, pour moi, cela suffit à remplir une vie. Les esprits romanesques considéreront cet amour comme une magnifique histoire, les cyniques comme une tragédie. Pour moi, c'est un peu des deux. Mais qu'importe, au bout du compte, l'regard qu'on choisit d'y porter : il n'change rien au fait qu'cet amour a été au centre de ma vie, qu'il a guidé chacun d'mes pas. J'n'ai pas à m'plaindre d'la route et des endroits où il m'a entraîné. Dans d'autres domaines, peut-être ai-je suffisamment d'griefs pour emplir l'chapiteau d'un cirque, mais en amour l'chemin qu'j'ai choisi a toujours été l'bon. Jamais j'n'ai souhaité en prendre un autre. (Citation remaniée de Nicolas Sparks – The Notebook).


Les visites d’Gaëlle sont toujours celles qu’j’attends avec l’plus d’impatience. Indubitablement avec plus d’hâte qu’j’n’attends celles d’Gabriel, alors même qu’j’adore passer du temps avec lui. Faut dire qu’Gab comme la blonde sont parmi les rares personnes d’mon entourage à s’comporter avec moi comme avant qu’j’ne sois malade. Même mes frères et sœurs, et mes parents, n’parviennent pas toujours à ça, pour n’pas dire quasiment jamais, en c’qui concernent mes parents. Pour mes frères et sœurs, disons qu’les jumelles et Riley n’arrivent pas toujours à comprendre c’que ça peut impliquer (bien qu’ça soit un peu moins vrai en c’qui concerne mon frangin qu’mes frangines !), et les plus vieux, bah, soit ils flippent un peu trop et prennent beaucoup trop d’pincettes avec moi, soit ils m’donnent l’impression d’voir en moi qu’le Raph malade. J’les blâme pas, aucun d’eux, j’me mets à leur place, et j’sais pas trop comment j’aurai réagi. J’aurai sans doute fait pire qu’eux, en refusant carrément de voir la vérité en face, avec, à la clé, la possibilité qu’la Mort vienne tôt ou tard réclamer son dû. J’ai déjà eu du mal à accepter la maladie d’ma mère, alors un truc pouvant s’finir par un enterrement, là, j’pense qu’ça aurait été un peu trop complexe pour moi. Paradoxalement, j’pense qu’Tumy m’a, dans une certaine mesure, apaisé. Du moins, elle m’a permis d’voir les choses sous un angle différent. A relativiser certaines choses. Même s’il faut l’avouer, j’n’en ai pas perdu pour autant mon caractère merdique, qui s’embrase pour un rien. Suffit d’voir la tronche d’certains d’mes camarades d’classe, qu’ont souvent la sale idée d’se foutre d’ma famille, d’ma mère, ou, pire à mes yeux, dire des conneries au sujet d’Gaëlle. Bref, tout ça pour dire qu’y’a peu d’personnes qui parviennent à s’comporter avec moi comme elles l’faisaient auparavant. Qui passent pas leur temps à m’demander comment j’vais, comment s’passe mon traitement, si j’ai assez manger, si j’ai bien dormi, si j’ai pas perdu trop d’poids, si j’suis pas trop fatigué, si…., si…., si…. Certes, il arrive à Gab comme à Gaëlle d’laisser filtrer quelques questions d’ce genre, ou quelques regards inquiets. Mais bien moins souvent qu’les autres. Sans oublier qu’ils n’passent pas leur temps à dire qu’j’peux pas faire ci ou ça, juste sous prétexte qu’j’suis malade et donc obligatoirement affaibli. Et ça, mine de rien, c’bien. Avec eux, j’me sens moi, pas l’Raph malade, juste Raph. Toute la nuance est là. Même si j’me suis bien plus moi quand Gaëlle est dans les parages, mais ça, faudrait qu’ça cesse, franchement, c’pas sain comme situation, j’en ai foutrement conscience… Quand j’pourrais aller en fac, ça cessera, on s’verra nettement moins, j’y veillerai. C’la meilleure des choses à faire. J’le sais. Alors pourquoi ça m’fait un mal de chien, une telle perspective ? Bien plus qu’la pire des chimio, ou qu’la pire des douleurs envoyées par ma tumeur ? Un léger soupir m’échappe, alors qu’mon regard s’repose sur ma jeune voisine, et que j’me demande si j’arriverais vraiment à supporter l’fait d’plus la voir. Ni régulièrement comme on l’fait maintenant, ni même un peu. Car si j’pars – ‘fin, quand j’partirais, plutôt – j’vais tâcher d’pas revenir avant un p’tit moment. Pas en dehors des vacances, du moins. M’faudra au moins ça, j’crois, pour parvenir à rompre un peu l’fil qui m’relie à c’te blonde, et qui refuse de s’effiler, quand bien même j’ai la conscience aigüe qu’il le faudra vraiment… Bien loin d’mes préoccupations, notre conversation s’poursuit, avec une détente qu’j’suis loin d’ressentir. Mais j’suis doué pour feindre c’genre d’choses, j’ai d’l’entraînement, depuis des années passées à s’prendre plein d’remarques désobligeantes dans la gueule, et à les encaisser, comme si de rien n’était. Ca aide à s’construire un masque. Toujours utile d’grandir parmi les cons, ça vous rend plus fort. Bon, l’point négatif, c’que j’mettrais cela à contribution contre Gaëlle, dans d’longues années, suite à l’accident d’voiture qu’on aura… Pour l’heure, j’m’en sers juste pour camoufler l’fil d’mes pensées, et paraître détendu alors qu’nous nous amusons d’un prétendu voyage qu’elle pourrait bien préparer, pour les froids paysages d’Alaska. Rien qu’en l’entendant glousser, un p’tit sourire étire mes lèvres, un brin d’fierté s’flanquant sur ces dernières. Ouaip, j’avoue, j’suis content d’moi, d’parvenir ainsi à l’amuser, même si j’raconte que d’la merde pour ça. Rien qu’pour pouvoir entendre son rire finir par emplir la pièce, j’pourrais continuer à dire tout et n’importe quoi, des heures durant. « Il faut bien une première à tout, il parait. », fait savoir la blondinette, c’qui m’arrache un p’tit rire moqueur, alors qu’j’suis en train d’l’imaginer déambuler en Alaska, pour aussitôt s’transformer en glaçon d’poche. « Une bonne grosse doudoune, des gants, un gros bonnet bien épais. Et ça devrait aller. Non ? », renchérit-elle. Là, j’secoue la tête vigoureusement, avant d’lui faire prendre conscience d’un détail important : « Même avec tout ça, en triple couche, t’finiras en glaçon cryogénisé ! », dis-je, sans m’moquer d’elle l’moins du monde. C’qu’j’la connais plutôt bien, la p’tite blonde, même en plein été (‘fin, dans un été anglais hein, donc, pas la grande chaleur non plus !), elle trouve l’moyen (m’demandez pas comment !), d’avoir les mains gelées ! J’déconne pas, vous l’avez pas encore vu aller emmerder les gens avec un sourire en coin, s’amusant à leur coller les mains sur l’dos, les bras ou les jambes, avec comme excuse d’leur apporter un peu d’fraîcheur ! C’que c’est fourbe, ces p’tites bêtes-là, on dirait pas comme ça ! Puis bon, d’toute façon, l’Alaska, c’trop loin, j’préfère qu’elle parte en excursion moins loin. Genre, pour aller chercher Nessie, c’une bonne idée ça, et j’tarde pas à le lui en faire part ! « Si tu me suis dans cette poursuite au yéti, on fera un crochet pour aller voir Nessie. », propose-t-elle soudainement, ce qui m’fait réfléchir quelques secondes, comme l’attestent mes yeux plissés, sous l’effet d’la concentration. Tout d’un coup, j’secoue vigoureusement la tête, à la négative. Parce que son plan craint, comme j’le lui fais savoir un peu après : « Non ! Quitte à faire une traque à quelques légendes, autant l’faire bien et faire l’tour du monde, ça sert à rien sinon ! » N’oubliez pas qu’j’suis un Edgecombe, et que de ce fait, l’exagération est dans ma nature ! Et puis, comme on dit que des conneries, autant voir les choses en grand, moi j’dis ! Pourquoi s’priver, d’toute façon ? Parce qu’dans la réalité, on n’a pas les moyens d’se payer une telle chose ? Certainement pas : si on devait rester dans l’domaine du raisonnable, même pour délirer, autant arrêter d’vivre hein ! Puis bon, dans l’monde des conneries, on peut tout faire. Et moi, y’a qu’une chose qui m’fasse vraiment envie : pouvoir rester l’plus de temps possible auprès d’Gaëlle. Alors ouais, j’avoue qu’dans un registre plus sérieux, si j’devais venir à faire l’tour du monde un jour – c’qui pourrait être cool – ça m’dérangerait pas du tout qu’ça soit avec elle ! Qu’ça soit pour faire la chasse à divers mythes (c’qui serait un chouette thème de voyage, faut l’admettre !), qu’juste pour voyager. M’enfin, faut quand même revenir sur terre : ça n’pourra jamais s’faire. Parce qu’on n’aura jamais les moyens d’effectuer un tel périple, mais aussi et surtout parce qu’on n’pourra clairement pas être plus qu’des amis. Mais j’m’en plains pas, c’déjà pas mal. Disons qu’ça pourrait être pire, elle pourrait clairement pas m’supporter… Comme beaucoup d’autres personnes le font. S’bornant à n’voir qu’la surface, en c’qui m’concerne. Et cette surface contient également l’impatience des Edgecombe, qui nous amuse, en c’moment précis.

Mais y’a pas qu’mon côté chieur ou impatient, qu’on remarque aisément, en m’parlant. Y’a aussi mon aspect plus taquin, avec un humour un peu pourri, que Gaëlle connaît sans doute un peu trop bien, car j’avoue qu’j’lui sors souvent un paquet d’conneries. Mais, à ma décharge, elle répond un peu trop bien à tout c’que j’peux bien lui dire ! Avec bien plus d’facilité qu’Gab ou même Erin, même si j’préfère pas vraiment réfléchir à tout ça. « Comme tu dis. Bientôt, elle va me laisser en vacances ici. Pauvre de toi. », s’amuse Gaëlle, après qu’j’ai feins d’me plaindre d’savoir qu’Sharon l’avait laissée ici pour un p’tit moment encore. J’en pense pas un mot, bien entendu, même si j’le dis pas. Mais nul besoin d’le dire, j’estime qu’elle m’connaît assez pour savoir qu’si vraiment, sa présence m’dérangeait, j’n’hésiterais pas à le lui faire savoir ! Elle m’a suffisamment vu envoyer bouler des gens pour savoir qu’je prends pas d’pincettes pour l’faire, si j’estime qu’il est temps d’remettre les choses au clair ! Même si, étrangement, j’ai jamais utilisé c’talent contre elle, n’l’ayant jamais voulu. J’l’ai pourtant parfois repoussé, quand j’avais besoin d’souffler un peu, même si ça n’a jamais été fait d’manière trop sèche. J’suis d’toute manière incapable d’être trop sec avec elle. ’fin, pour l’moment, ça changera, d’ici à d’nombreuses années : un cœur brisé, ça vous change un homme ! J’pousse un long soupir en levant les yeux au ciel, avant de dire, quand mon soupir prend fin, d’une voix blasée : « J’ai besoin d’tunes, j’espère qu’c’est bien payé, sinon, j’refuse ! ». Mes lèvres s’étirent en un sourire malicieux, montrant qu’j’n’en pense pas un traître mot. J’n’aime que trop passer du temps avec elle. Sans doute bien trop. Beaucoup trop pour qu’ça n’soit innocent. Indéniablement trop pour qu’ça n’soit aussi sain qu’ne devrait l’être une relation telle qu’la nôtre, qui nous a vu grandir presque simultanément. Sérieux, elle pourrait être ma sœur, tant elle passe du temps chez moi, avec les miens. J’devrais pas la voir comme j’l’a vois depuis plusieurs  mois (même si ça fait plusieurs années en fait, mais j’n’en ai pris conscience qu’récemment !). Y’a vraiment un truc qui déraille chez moi Faudrait p’têtre qu’j’en parle à ma psy, la mère de Vick. P’têtre qu’elle m’sortira tout un discours, philosophiquement soporifique, pour m’expliquer rationnellement qu’non, j’suis pas amoureux d’Gaëlle, mais juste très attaché à elle, parce que j’la connais depuis toujours, et qu’j’suis au courant d’son histoire. D’toute son histoire, relativement merdique, et qu’ça doit remuer un truc en moi. Mon instinct protecteur, qui n’cesse d’l’énerver, la psy, parce qu’il m’pousse bien souvent à jouer des poings pour virer les connards qui tournent autour d’ma famille. Selon elle, j’me prends parfois pour un super-héros, pour compenser l’fait d’pas avoir pu aider ma mère à gérer sa maladie, et d’avoir l’sentiment d’être un tel fardeau pour les miens. Car j’ai conscience qu’Tumy leur impose des sacrifices, au quotidien, et financiers, aussi. Bref, tout un speech d’ce genre, et la psy finirait par m’faire comprendre qu’c’pas d’l’amour, mais juste une nouvelle preuve qu’j’déraille. J’en doute pas. Alors pourquoi j’arrive pas à être vraiment convaincu ? Encore moins quand Gaëlle pose ses mains sur mes joues, comme elle vient d’le faire. Pour avoir planté d’la sorte, ça veut bien dire quelque chose. Nan ? Qu’c’pas anodin, ça ? Même si ça n’devrait pas être possible, qu’ça n’aurait jamais dû s’produire, un tel attachement. Pourquoi j’suis pas comme mes autres frangins, à n’voir en elle qu’une voisine, une p’tite sœur de cœur ? (Bien entendu, j’inclus pas Riley dans l’tas, mais lui, il a son âge, c’moins malsain qu’moi !). J’devrais n’voir en elle qu’une gosse. Mais j’sais qu’elle est bien plus mature qu’les autres mômes d’son âge, et parfois même qu’certaines nanas du mien ! J’devrais n’voir en elle qu’une voisine avec qui j’ai pratiquement été élevé. Et non vouloir aussi fortement pouvoir la présenter comme étant ma p’tite amie. J’devrais n’penser à elle qu’occasionnellement. Et non pas avoir son image qui brûle mes rétines à chaque fois qu’j’ferme les yeux ou qu’j’me perds dans mes pensées. J’devrais la considérer comme n’importe laquelle d’mes amies. Et non pas m’sentir aussi troublé qu’ça dès qu’elle pose ses mains sur moi. Ouais, faut vraiment qu’j’me soigne, j’le sais….

J'parviens à revenir à moi par la suite, quand bien même elle s’installe sur mon lit pour déballer son foutoir sac. Au sujet duquel j’me prive pas d’la vanner, d’ailleurs, c’qui m’vaut un p’tit regard faussement outré. Regard qui m’arrache un p’tit rire. J’devrais sans doute m’sentir un peu coupable, d’agir comme ça avec elle. En un flirt non assumé et camouflé sous des conneries, habituelles entre nous. J’devrais. J’peux pas. J’ai tenté d’éviter d’telles habitudes avec elle. Ca n’a pas duré longtemps. Ca n’semblait juste pas normal, pas nous. C’tellement plus cohérent, plus facile, quand on s’taquine d’la sorte. « Je me demande quels mots il a pu te donner cette fois-ci. », s’demande-t-elle, au sujet du carnet qu’j’partage avec Riley. C’qui m’fait revenir à elle moi. J’me mordille les lèvres, en essayant d’me rentrer dans l’crâne qu’c’foutrement pas normal, d’aimer autant l’fait qu’elle sache autant d’choses sur mon frangin, sur moi, et sur d’telles p’tites manies qui peuvent exister, entre moi, mes frangins ou même mes potes. Clairement, faut l’dire : Gaëlle sait quasi tout d’moi. La plupart, c’des choses qu’elle a appris sur l’terrain, si j’peux dire, en apprenant à m’connaître. L’reste, c’est venu au détour d’quelques conversations. Et y’a aussi une partie qu’elle a sans doute découvert, par le biais d’Riley, vu qu’mon frangin et moi, on est quand même relativement proches. Raison d’plus pour qu’j’parvienne à rester éloigné d’Gaëlle : Elle est chasse gardé, pour Riley ! « On verra ! », m’contenté-je de dire, sans prendre pour autant la peine d’ouvrir ledit carnet. Pas envie, pour l’instant, d’voir l’ombre d’Riley planter entre nous. Plus qu’elle n’le fait d’habitude, du moins. Sans surprise, la conversation s’attarde sur la bouffe. Un truc auquel j’n’échappe jamais, peu importe qui vient m’rendre visite. C’qui m’gonfle, et cela, Gaëlle le sait, car pour m’faire manger un peu, elle m’parle d’une surprise, qui n’viendra que si j’réussi à manger. Elle m’connaît bien, et sait comment m’faire réagir, c’le moins qu’on puisse dire ! Toutefois, j’lui fais savoir qu’il lui faudra m’accompagner dans ce p’tit goûter. C’qui n’est pas étonnant. Tout comme il n’est pas surprenant d’l’entendre m’répondre : « Et toi, t'sais que ça ne me dérange pas. », auquel j’glisse un p’tit : « Gourmande ! », amusé. Faut bien la charrier, avant d’me plier à son p’tit jeu, tout d’même ! P’tit jeu qu’j’mets tout en œuvre pour remporter, intrigué par la récompense promise. Réclamant même une surprise digne de c’nom, vu qu’j’ai réussi à manger un peu plus que c’qu’elle demandait ! « Ferme tes yeux. Tu ne dois pas la voir, sinon ce n'est plus une surprise. » J’veille à marquer un soupir bien sonore, pour signifier mon désaccord, mais en voyant son air sérieux, j’me plie à cette demande. Fortement intrigué, quand même, de c’qu’elle peut bien avoir à m’offrir. J’espère qu’elle s’est pas ruinée pour moi, quand même, ça m’embêterait fortement ! Parce que bon, j’la vois pas m’offrir des trucs à manger, même si elle s’débrouille pas mal à c’niveau-là : elle sait qu’mon appétit n’rendra pas honneur à c’qu’elle peut bien préparer. Ca peut être un truc qu’elle a fait elle-même, mais j’en doute : elle n’est pas vraiment manuelle. Donc… Qu’est-ce que ça peut être ? De nouveau, ma patience s’manifeste, via mes mains qui tapotent contre mon lit pour l’une, et contre l’un d’mes genoux pour l’autre. J’sens, via l’déplacement du poids sur l’lit, qu’elle s’rapproche d’moi. Mes sourcils s’froncent, alors qu’j’me fais la réflexion qu’elle n’s’est pas levée du lit, donc, n’a rien été cherché, et n’a pas fouillé dans son sac (du moins, j’ai rien entendu !). Ca m’intrigue d’autant plus. Jusqu’à c’que mon cerveau s’éteigne. Mais genre carrément quoi. Plus rien n’fonctionne, pas même l’générateur d’secours. Lui aussi s’est mis en grève. C’la mort cérébrale. Et plus rien n’a d’sens, à vrai dire. Plus rien hormis ses lèvres sur les miennes puis sa main sur ma joue. J’ai même pas l’temps d’réagir (fichu cerveau), qu’elle s’éloigne déjà. Mes yeux parviennent enfin à s’ouvrir, enfin, à s’écarquiller plutôt sous la surprise, qu’elle laisse échapper un : « J'suis désolée.. », d’une p’tite voix, alors qu’j’la vois s’reculer, comme si mon contact la brûlait.

Dès lors, tout s’passe vite. Trop vite, sans doute. Sous l’coup d’l’impulsion, très certainement. Avec un cerveau toujours déconnecté, c’clair et net. Avec un cœur qui bat comme un crétin, c’indéniable. Avec encore l’goût d’ses lèvres sur les miennes et l’envie d’y goûter à nouveau, j’peux pas dire l’contraire. « T’excuse pas ! », lui murmuré-je en m’approchant d’elle à mon tour avant d’écraser mes lèvres sur les siennes, l’attirant un peu plus vers moi, d’une main posée derrière son crâne, et d’l’autre allant s’poser sur son dos. C’nouveau baiser n’dure guère plus longtemps qu’le précédent, juste le temps d’un battement d’cœur, le temps d’une douce folie. C'doux, rempli d'mots non prononcés, d'tout ces non-dits qu'ont pollués ma vie ces derniers temps. C'un peu naïf aussi, mais puissant, bien plus puissant qu'n'importe quel baiser qu'j'ai pu donner jusqu'alors. « Sauf p’têtre d’m’avoir empêché d’le faire en 1er. », conclu-je, collant mon front contre le sien, refusant d’quitter cette bulle dans laquelle j’suis depuis qu’elle a osée faire c’que j’ne pouvais m’résoudre à faire moi-même. Mais la bulle éclate. Quand mon cerveau s’reconnecte. Quand mes yeux s’rouvrent et croisent son regard. Quand j’réalise c’qu’on vient d’faire. C’que je vient d’faire et d’dire. C’que ça implique. Quand dans mon crâne résonne un signal d’alarme. Horrifié, par moi-même, j’bondis hors du lit, entraînant involontairement la chute du carnet d’Riley, celui-ci s’ouvrant sur la dernière page utilisée. Mais j’n’y fais pas attention. Plus rien n’a d’sens, à vrai dire. Plus rien hormis ce qu’elle a fait, mais surtout, ce que moi j’ai fais et dit. La mâchoire crispée, lui tournant résolument l’dos, les poings serrés l’long d’mon corps, j’balance alors : « J’aurai pas dû faire ça. ». Mais, parce qu’même à mes propres oreilles, ma voix n’paraît pas convaincante, j’rajoute : « C’mal. ». Bon, là, c’guère mieux, on dirait qu’j’imite ma psy… « T’ferais mieux d’oublier c’qui s’est passé et c’que j’ai dit tout à l’heure. », voici c’que j’déclare en m’forçant à m’tourner pour lui faire face. Ma voix est résolue, mon regard l’est nettement moins. D’une d’mes mains, du bout des doigts, j’caresse d’un air distrait ma lèvre, comme pour tenter d’me convaincre qu’j’ai pas rêvé d’cette scène, pas une fois encore, qu’cette fois, ça s’est bel et bien produit. Mes yeux dérivent, comme ils l’feront régulièrement à l’avenir, vers ses lèvres, montrant trop clairement qu’non, j’regrette pas c’qui s’est passé, même s’il le faudrait, pourtant. Ma main délaisse mes lèvres pour frotter d’un air las mon visage, s’attardant sur mes yeux, à croire qu’j’tente, sans grande conviction, d’me réveiller. Puis elle finit dans mes cheveux, encore assez long pour l’instant (la chimio arrivant dans quelques semaines), pour les ébouriffer, signe d’mon malaise. Malaise plus qu’équivoque, car ce faisant, mon regard s’détache, à regret, d’elle, pour s’diriger vers ma table de chevet. Mais l’carnet, au sol, attire mon regard. « Faut qu’on pense à Riley. », précisé-je, espérant qu’ça parviendrait à mettre un terme à cette folie. Même si c’est bien la dernière chose qu’j’veuille vraiment, maintenant qu’elle m’a embrassé. Maintenant qu’j’sais qu’elle ressent pour moi c’que j’ressens pour elle. Maintenant qu’j’ai enfin pu goûter au bonheur d’l’avoir dans mes bras. Maintenant qu’j’sais qu’il n’faudra plus jamais renouveler cela, quand bien même ce fut plaisant, naturel, intense et logique. J'ai touché l'bonheur du bout des doigts, mais j'dois y renoncer, pour préserver l'une des personnes les plus importantes d'ma vie, au risque d'perdre la seule qui compte véritablement. « J'suis désolé. », qu'j'ajoute d'nouveau, redirigeant mon regard vers elle, montrant incontestablement qu'celui-ci s'dirige bien trop souvent vers elle. « C'la meilleure solution. », qu'j'ajoute, commençant à tendre ma main vers elle comme pour lui apporter un semblant d'réconfort, avant d'la détourner rapidement, prenant conscience qu'mon corps est en train d'trahir c'que mon cerveau tâche d'camoufler : l'envie inavouable d'mon coeur. Alors, pour engueuler mon coeur qui n'en fait qu'à sa tête, et reprendre l'contrôle d'mon corps, j'me mords la lèvre. Violemment. fermant les yeux pour tenter d'éviter d'laisser voir, à travers mon regard, à quel point j'aimerais qu'la situation soit tout autre, pour nous. Plutôt tristement ironique, et sombrement pathétique, d'se dire qu'la seule nana qui soit à jamais en mesure d'me faire perdre mon masque d'indifférence pour faire presque naître des larmes dans mon regard, soit aussi la seule capable d'me rendre heureux et complet comme jamais.

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I wanna kiss you, make you feel alright : I'm just so tired to share my nights. I wanna cry & I wanna love, but all my tears have been used up : on another love. If somebody hurts you, I wanna fight, but my hands been broken, one too many times. So I'll use my voice, I'll be so f*cking rude. Words they always win, but I know I'll lose. I wanna cry, I wanna learn to love, but all my tears have been used up. I wanna sing a song, that'd be just ours, but I sang 'em all to another heart. I wanna cry, I wanna fall in love but all my tears have been used up.


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(Londres, 2004) Raëlle | There is a first time for everything.

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